La perquisition a eu lieu mercredi matin au pavillon Émile-Noël de l'hôpital Hotel-Dieu du CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

Le SPS fait une perquisition en psychiatrie

Le Service de police de Sherbrooke (SPS) a effectué une perquisition de drogue dans le département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke mercredi avant-midi. Cette opération policière a été rendue nécessaire après que plusieurs événements inquiétants se soient déroulés dans le département au cours des dernières semaines.

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Par exemple, des employés de la psychiatrie se sont fait crever leurs pneus dans le stationnement de l’hôpital et plusieurs d’entre eux ont reçu des menaces de mort. Il y avait aussi des soupçons de consommation et de revente de drogue au sein du département.

De mémoire, tant au CIUSSS de l’Estrie-CHUS qu’au SPS, c’est la première fois qu’une perquisition d’une telle ampleur est organisée en milieu hospitalier à Sherbrooke. « Ça fait plus de 30 ans que je travaille en psychiatrie, et c’est la première fois que je vois ça. C’est une mesure d’exception », souligne le Dr Jean-François Trudel, psychiatre et chef du département de psychiatrie à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

« C’est une enquête de plusieurs semaines qui a mené à la perquisition de mercredi matin », indique Martin Carrier, porte-parole du Service de police de Sherbrooke.

Une dizaine de policiers du service des enquêtes ont procédé à la fouille avec un maître-chien de la Sûreté du Québec, un chien spécialisé dans la détection des drogues.

« Toutes les techniques d’enquête ont été utilisées dans ce dossier. Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a pleinement collaboré. Une perquisition dans un milieu hospitalier doit être menée dans les règles de l’art, non seulement sur le plan juridique, mais aussi pour ne pas causer de problèmes à cause de notre présence », ajoute Martin Carrier.

Un suspect de 27 ans été arrêté pour bris de conditions dans le cadre de cette opération. L’enquête demeure ouverte et il pourrait y avoir des suites au cours des prochains jours ou des prochaines semaines. D’autres accusations pourraient notamment être portées.

« Plusieurs événements sont survenus durant le mois de novembre, notamment des gestes de vandalisme sur des véhicules, des menaces verbales et des soupçons de consommation et de vente de drogue à l’intérieur du département », indique Stéphanie Lemoine, directrice des programmes en santé mentale et dépendance au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Tous ces événements ont quand même poussé la direction de l’hôpital à demander l’aide du Service de police de Sherbrooke pour mener une enquête et pour avoir de l’aide pour assurer la sécurité des employés.

« Il y aura une analyse des événements qui sont survenus, mais on n’a pas d’hypothèse à ce moment-ci. On ne dirait même pas à ce stade-ci que les événements sont reliés entre eux. C’est une hypothèse qui n’est pas confirmée », ajoute Mme Lemoine.

Un profond climat d’insécurité s’était installé chez les employés du département de psychiatrie au cours des dernières semaines (voir autre texte).

« Nous avons mis plusieurs mesures en place rapidement, comme l’ajout d’agents de sécurité, des raccompagnements aux véhicules ont été effectués, nous avons aussi augmenté la surveillance dans le stationnement et à l’extérieur de l’hôpital », précise Mme Lemoine.

Le SPS a aussi fait son bout de chemin en augmentant de façon importante ses patrouilles autour de l’hôpital et en conseillant la direction sur les meilleures démarches à faire pour assurer la sécurité de tout le monde.

Martin Carrier du SPS croit que cette opération policière exceptionnelle aura un effet répressif sur ceux qui auraient l’idée de vendre de la drogue à proximité de l’hôpital ou encore aux patients qui auraient l’idée d’en vendre à l’intérieur des murs à d’autres patients.

Dr Jean-François Trudel

« Pas une prison »

Les fouilles dans les chambres des patients par le personnel médical ne sont pas permises par la loi si le patient n’est pas d’accord.

« Il y a la notion de respect de l’autonomie des gens. Même si les gens sont en milieu hospitalier, on ne peut pas décider comme ça de faire une fouille de leurs effets personnels ou même une fouille corporelle. Ce sont des choses que les policiers ont le droit de faire dans des conditions bien précises. Ça ne fait pas partie de la routine en milieu clinique. Nous, nous sommes un milieu de soins », précise Dr Trudel.

Or c’est bien connu que des gens peuvent consommer de la drogue pendant leur hospitalisation, tant en psychiatrie qu’ailleurs dans l’hôpital. « On ne peut pas penser qu’il n’y a pas de drogue nulle part. On ne met pas de lunettes roses. Quelques comprimés, c’est facile à dissimuler, mais on serait fou de penser que ça n’arrive pas », indique le psychiatre.

« Ce n’est évidemment pas souhaitable, ça peut nuire au rétablissement des gens. Ça peut provoquer la recrudescence des symptômes », indique-t-il.

Or la majorité des patients en psychiatrie ont des droits de sortie à l’extérieur des murs de l’hôpital. « Les droits de sortie sont relativement encadrés. Il faut savoir qu’une petite proportion des gens sont hospitalisés sur une base involontaire, que c’est imposé par le système légal. Mais la très grande majorité des hospitalisations sont sur une base volontaire. Quelqu’un qui ne va pas bien peut se présenter à l’urgence et, si elle est d’accord, on peut l’hospitalier si c’est indiqué. Mais le jour où la personne ne veut plus être là, elle peut décider de quitter l’hôpital. Ce n’est pas une prison », indique-t-il.