La procureure aux poursuites criminelles Me Marie-Line Ducharme.
La procureure aux poursuites criminelles Me Marie-Line Ducharme.

Le séjour de Montembeault en prison sera très long

Culpabilité, prise de médicaments, idées noires, séjour en psychiatrie et difficultés scolaires pour certaines victimes, familles déchirées et liens de confiance brisés entre des adolescentes et leurs parents pour d’autres, les conséquences des crimes sexuels du prédateur Pascal Montembeault sur 103 victimes sont multiples.

L’individu de 40 ans de Trois-Rivières passera encore une longue période derrière les barreaux.

Lors des observations sur la peine qui se sont déroulées, vendredi, au palais de justice de Sherbrooke, devant la juge Claire Desgens de la Cour du Québec, les avocats ont plaidé des peines globales oscillant entre neuf ans et demi et dix-sept ans pour l’individu de 40 ans.

L’accusé a aussi et surtout entendu le récit des importantes répercussions de ses gestes sur certaines victimes qu’il a faites partout au Québec et même en France.

« Un écran est un réel contact avec l’humain. L’ordinateur pour les jeunes, c’est le prolongement de leur personne. Quand on viole l’espace virtuel, on viole leur personne », a soulevé la juge Claire Desgens de la Cour du Québec.

L’avocat de la défense Me Guy Plourde.

Si l’on retranche le temps que Montembeault purge depuis son arrestation en août 2017, c’est une peine de cinq ans à compter de ce jour qu’a proposée l’avocat de la défense Me Guy Plourde. La peine suggérée par la procureure aux poursuites criminelles Me Marie-Line Ducharme prévoit que l’accusé passe encore douze ans et demi en prison.

La juge a rendu inopérante la disposition du Code criminel selon laquelle une détention minimale de 105 ans devait être imposée étant donné les peines consécutives d’au moins une année pour chacune des victimes, qui dépassent la centaine.

Elle imposera la peine le 8 septembre prochain.

L’individu de 40 ans est passé des crimes derrière son écran à un crime en personne avec une adolescente de Sherbrooke sur laquelle il a commis des attouchements sexuels en août 2017. Il a été arrêté à la suite de ce crime.

Cette victime de 17 ans, qui en avait 14 à l’époque, a lu une lettre au tribunal dans laquelle elle a décrit en pleurs sa descente aux enfers après l’agression.

« Je ne me sentais plus moi-même. J’ai eu peur de me faire traiter comme une fautive », signale la victime de Montembeault.

Elle a été soignée en pédopsychiatrie ainsi que pour des troubles alimentaires. L’adolescente a dû prendre une multitude de médicaments à la suite de l’agression subie dans un parc de Sherbrooke.

« Je suis partie de très loin », a mentionné la victime.

Elle signale que cette agression a eu de grandes conséquences sur sa famille. La mère de la victime a dit qu’ils étaient des victimes collatérales du crime.

« On ne peut pas dire qu’il a volé son adolescence, le terme n’est pas assez fort. Il a tué l’adolescence de ma fille », a signalé la mère de cette victime par la voix de la procureure aux poursuites criminelles.

La victime a aussi parlé de chacune des petites victoires qu’elle accomplit depuis cette agression, dont celle de terminer ses études secondaires et d’en entreprendre au Cégep.

« L’impact des gestes dont tu as été victime est énorme. J’ai entendu les éléments que tu as portés à mon attention. Ce sont des éléments qui continuent de nous troubler et qui auront du poids dans la peine que je vais imposer à Pascal Montembeault », a signalé la juge Desgens en saluant le courage de la victime.

Cybercrimes

Leurre informatique, avoir rendu accessible du matériel sexuellement explicite, incitation à des contacts sexuels, production et possession de pornographie juvénile, la liste des 163 accusations qu’il a avouées en juillet 2019 est longue.

Pascal Montembeault utilisait le pseudonyme de Marc-André Cormier pour aborder ses victimes potentielles sur les médias sociaux.

Il utilisait les sites Ados rencontres, Facebook et Skype pour faire du leurre informatique. Sans faire de menaces, il exerçait une certaine pression psychologique sur les adolescentes.

L’une des victimes a tenu à témoigner au tribunal des conséquences de ces cybercrimes.

« J’avais 14 ans lorsque c’est arrivé. Cette affaire est ressortie alors que j’avais 16 ans. Ma vie a été chamboulée. J’ai perdu la confiance de mes parents. J’avais honte d’être tombée dans le piège. Je ne me sentais pas comme la victime, mais comme la fautive. J’espère que cet homme ne pourra plus jamais détruire de vie » a souligné l’adolescente.

La mère de cette victime a aussi témoigné des conséquences de ce cybercrime sur le lien de confiance qui a été brisé entre des parents attentifs et leur fille.

Une victime a déposé un dessin en décrivant l’agresseur comme une fleur à quatre pétales et elle aussi comme une fleur, mais avec trois pétales tombés.

« Par un dessin, cette victime a très bien décrit ce qu’elle a vécu », a signalé la juge Desgens.

Pascal Montembeault.

« Je veux payer pour ce que j’ai fait »

Pascal Montembeault affirme que sa responsabilité est totale et entière dans les crimes qu’il a reconnus.

Lors de son témoignage devant le tribunal, vendredi au palais de justice de Sherbrooke, le prédateur sexuel a mentionné que les victimes ne sont aucunement responsables des crimes qu’il a commis.

« Les victimes n’ont rien à porter. Ce n’est pas facile de se rendre compte qu’on a fait autant de mal que ça. Je veux payer pour ce que j’ai fait. La prison et la sentence sont la partie facile. C’est à moi de vivre avec ça après », a témoigné Montembeault qui s’est dit prêt à suivre tous les programmes thérapeutiques en détention.

Montembeault a déjà entrepris un suivi et des ateliers au Centre de détention de Sorel en attendant sa peine.

L’individu avait été mis hors d’état de nuire après son arrestation à la suite de la sordide affaire d’agression sexuelle commise sur une adolescente de 14 ans dans un parc de Sherbrooke.

Depuis ses aveux pour ce crime, il a collaboré avec les autorités policières en avouant les crimes à l’endroit de 102 autres adolescentes. La durée de l’enquête a eu un impact sur la durée des procédures judiciaires.

« Je me sens comme un trou de cul. Ce n’est pas la sentence qui me fait peur, mais d’entendre le monde (...) Je ne voyais pas le mal parce qu’il n’y avait pas de personne physique derrière l’écran. Quand on prend conscience de ce qui arrive, on se sent mal, mais ce n’est rien par rapport aux victimes. Je suis conscient du mal que j’ai créé. Avec ces témoignages, je le suis encore plus », a mentionné Montembeault qui a affirmé avoir été victime de gestes à caractère sexuel dans son enfance.

Il a réitéré à la fin de son témoignage que les victimes ne devaient pas se mettre de responsabilité sur les épaules.

« Je suis sincèrement désolé envers les victimes, leurs familles et toutes les personnes touchées. Je n’attends pas leur pardon. C’est un cadeau qu’ils vont se faire à eux et pas à moi. Moi je ne me pardonnerai pas. Ma vraie sentence est de m’en vouloir et de vivre avec ça le reste de ma vie », a mentionné l’individu de 40 ans.