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Les faits se sont produits vers 4h30, dans la nuit du 17 au 18 novembre 2019, à l'hôpital de Hull.
Les faits se sont produits vers 4h30, dans la nuit du 17 au 18 novembre 2019, à l'hôpital de Hull.

Le rapport de la patiente agressée à l'hôpital était incomplet

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Les Coops de l'information
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Quelque chose clochait déjà dans les heures suivant l’agression sexuelle d’une patiente par un infirmier auxiliaire de l’hôpital de Hull, en novembre 2019. Alors que ce dernier affirmait avoir voulu aider son équipe en procédant à un examen manuel auprès de la femme en douleurs, rien de tel n’a été écrit dans le rapport du quart de travail de l’employé, aujourd’hui devant la justice.

Mercredi, les Coops de l’information rapportaient l’histoire d’une femme de 42 ans qui a dû poursuivre son séjour à l’hôpital, sans soutien psychologique, après avoir dénoncé son agression par un infirmier auxiliaire.

Le juge Richard Meredith a souligné, la semaine dernière, que la direction du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) n’a pas appelé la police et «n’a porté aucune attention» au protocole qui exige que le Centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALAS) soit immédiatement contacté.

C’est la victime et son père qui ont finalement alerté la police une semaine après les faits, alors que la direction du CISSSO avait géré le dossier comme une affaire de ressources humaines.

Reconnu coupable d’agression sexuelle le 13 juillet dernier, Martial Yanon a expliqué lors de son procès qu’il avait voulu aider son équipe en effectuant un examen au rectum et à l’aine de la patiente, qui éprouvait d’intenses douleurs à cette région.

Or, son statut d’auxiliaire ne permettait pas à cet employé cumulant 17 ans d’expérience d’effectuer de telles palpations. La victime a dit avoir été touchée au vagin et au rectum tout en entendant des commentaires à teneur sexuelle.

Rien au rapport

Les faits se sont produits vers 4h30, dans la nuit du 17 au 18 novembre 2019. Lors de la relève de la nouvelle équipe, vers 7h30, rien au dossier de la patiente n’indiquait que l’infirmier auxiliaire avait fait le prétendu examen, trois heures plus tôt.

L’accusé a lui-même confirmé lors du procès qu’il n’avait pas écrit avoir palpé la patiente.

«Vous ne l’avez pas noté?», a demandé le juge.

«Non», a répondu l’accusé, qui a ajouté avoir malgré tout écrit d’autres notes avant de poursuivre son quart de travail.

L’infirmière auxiliaire qui a pris la relève a été appelée à témoigner au procès. Elle a expliqué au juge que la patiente confuse voulait lui parler en début de journée. La femme alitée a voulu s’assurer qu’elle «n’avait pas rêvé» lorsqu’elle a vu un homme entrer dans sa chambre pour effectuer le prétendu examen. L’infirmière auxiliaire arrivée en relève lui a confirmé que M. Yanon avait effectivement pu accéder à sa chambre à cette période de la journée.

«Madame disait que l’homme avait parlé de son ‘beau vagin’, a-t-elle expliqué. Au début de nos quarts de travail (vers 7h30), on a les rapports avec les données pertinentes. [...] Je l’ai lu après que madame ait porté plainte, juste pour voir si c’était mentionné (la vérification rectale), puis pour voir si c’était bien cela.»

Le magistrat s’est assuré de préciser cette partie de l’histoire. «Est-ce que ça confirmait qu’il y avait eu toucher rectal de sa part ?»

«À ma mémoire, je n’en ai pas vu», a répondu la témoin.

Le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais n’a pas voulu commenter le dossier à la suite de la publication de notre reportage, mercredi.

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, n’était pas disponible en raison des vacances estivales.

Le CALAS n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.