Yves Charest a plaidé coupable d'avoir pratiqué illégalement la médecine sur une agente double mandatée par le Collège des médecins.

Le Collège réclame une amende de 50 000 $ au naturopathe Yves Charest

Le Collège des médecins du Québec demande à la cour pénale à ce que le naturopathe Yves Charest soit condamné à 50 000 $ d'amende pour pratique illégale de la médecine.
Lors des représentations sur sentence qui se sont tenues vendredi au palais de justice de Sherbrooke, l'avocate du Collège des médecins, Me Joanie Poirier, a demandé à la juge de paix magistrat Annie Vanasse d'imposer au naturopathe une amende de 5000 $ sur chacun des 10 chefs d'accusation pour lesquels il s'est reconnu coupable en décembre dernier.
Le naturopathe connaîtra sa sentence le 5 juillet prochain.
Les gestes reprochés à Yves Charest ont été posés en 2014 sur une agente double du Collège des médecins.
L'enquêteur du Collège, Jean-Louis Granger, a indiqué à la Cour vendredi qu'il avait ouvert une enquête en 2014 sur Yves Charest après avoir reçu une plainte du docteur Paul Bessette. Ce dernier s'inquiétait qu'une de ses patientes, Patricia Niles, atteinte d'un cancer depuis 2010, faisait l'objet de traitements de la part du naturopathe, malgré l'état avancé de sa maladie. Mme Niles est décédée en 2014 des suites du cancer.
L'enquêteur Granger a indiqué avoir alors mandaté une de ses collègues afin qu'elle agisse comme une fausse patiente auprès du naturopathe. Lors des quatre rencontres qu'elle a eues avec Yves Charest, l'agente double a été soumise à un appareil électronique, appelé SCIO, capable, semble-t-il, de diagnostiquer et traiter tous les problèmes de santé.
Selon l'enquêteur Granger, on retrouve ce type d'appareil dans plusieurs bureaux de naturopathes à travers le Québec. L'an dernier, a-t-il dit, le Collège des médecins a reçu 130 plaintes de pratiques illégales de la médecine.
Même si l'amende minimale pour une première infraction se situe à 1500 $, la procureure du Collège, Me Poirier, a demandé au tribunal de tenir compte de la tendance observée par les tribunaux qui imposent maintenant des amendes plus élevées afin de dissuader la récidive et afin de protéger le public contre la pratique illégale de la médecine. Me Poirier a déposé près d'une dizaine de jugements dont les amendes varient entre 2000 $ et 8000 $ par chef d'accusation.
En défense, Me Jean Dury a amorcé sa plaidoirie en disant au tribunal que son client n'a jamais empêché l'agente double de consulter son médecin et qu'en aucun cas la vie de celle-ci n'a été menacée. Pour ces raisons, Me Dury a soumis à la Cour que celle-ci devrait s'en tenir à l'amende minimale prévue de 1500 $ par chef d'accusation, pour un total de 15 000 $.
Présent au tribunal, Yves Charest a assisté impassible aux représentations sur sa sentence.
Famille présente
Bien que la poursuite intentée contre Yves Charest n'implique pas directement Patricia Niles, la soeur de celle-ci, Cécile Niles, a tenu à assister à l'ensemble des représentations sur sentence qui se sont tenues pendant toute la matinée.
En entrevue avec les médias, Mme Niles a indiqué que sa soeur recevait des traitements toutes les semaines auprès d'Yves Charest avant d'être finalement admise à l'hôpital.
« Un moment donné, quand j'ai vu que ma soeur dépérissait terriblement, j'ai appelé M. Charest pour lui dire que j'étais inquiète. Il m'a dit : "Ne vous inquiétez pas, tout est sous contrôle..." », a relaté Mme Niles en invitant le public à faire preuve de vigilance lorsqu'il s'agit de recourir à des traitements n'ayant fait l'objet d'aucun suivi scientifique.