La distraction imputable à la consultation d’un téléphone a causé 1324 accidents mortels ou avec blessés au Québec entre 2011 et 2016.

Le cellulaire au volant tue en région

L’utilisation d’un téléphone cellulaire au volant cause davantage d’accidents en ville qu’en région. Mais c’est sur les routes provinciales, à grande vitesse, que les morts et les blessés graves sont rapportés très majoritairement.

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) a compilé le nombre d’accidents avec victimes attribuables au cellulaire à partir des données de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), lesquelles proviennent des rapports d’accident rédigés par les policiers.

Les résultats ont été livrés le 7 novembre aux députés membres de la commission parlementaire des transports et de l’environnement, qui se penche sur cette problématique. 

On y apprend que la distraction imputable à la consultation d’un téléphone a causé 1324 accidents mortels ou avec blessés au Québec entre 2011 et 2016. De ce nombre, 710 accidents (52 %) sont survenus sur le réseau municipal, toutes villes confondues, et 614 (45 %) sur le réseau du ministère des Transports, qui inclut les autoroutes et les routes numérotées. Les 3 % restants ont été répertoriés sur des chemins gérés par d’autres ministères, des sociétés d’État ou des privés. 

Les conséquences sont généralement moins graves en ville qu’en périphérie et en région. Le réseau supérieur récolte en effet 79,3 % des accidents mortels et 62,8 % des accidents avec blessés graves. 

«On déduit que 90 % des accidents proviennent en ligne droite sur une surface plane. C’est-à-dire que les accidents mortels, dangereux avec blessés graves, ce ne sont pas forcément les accidents en ville, ce sont quand les gens qui sont sur une ligne droite, qui s’ennuient et qui ont du temps, prennent leur téléphone», expliquait récemment Stéphane Martinez, directeur des politiques de sécurité du MTQ. 

Ce dernier a donné l’exemple de la route 132 en Gaspésie, qui a connu son lot d’accidents. Mais c’est la même chose le long du Saguenay, sur la 148 en Outaouais ou la 117 dans les Laurentides, selon la carte déposée. 

Bandes rugueuses

Pour diminuer les accidents causés par l’utilisation d’un cellulaire, le ministère compte notamment sur les bandes rugueuses qui sont gravées dans l’asphalte le long des autoroutes et des routes sous sa juridiction et même de plus en plus entre les voies. Les bandes rugueuses sont reconnues pour diminuer de 20 à 30 % les sorties de route, rapporte le MTQ. 

 «La bande rugueuse au début, c’était pour les gens qui s’endorment, maintenant c’est pour les gens qui textent ou qui téléphonent. Donc, on a trouvé là un intérêt double», a constaté M. Martinez. 

En 2015, Québec a aussi créé huit haltes texto, aménagées à même des haltes routières, afin de permettre aux automobilistes de prendre et envoyer des messages gratuitement et surtout sans danger. Environ 73 000 utilisateurs en ont profité depuis. «C’est sûr que ça fait bizarre de dire aux gens “arrêtez-vous pour texter”, mais ça marche. C’est toujours 73 000 personnes qui n’ont pas texté en conduisant», a souligné le représentant du MTQ devant les élus.

La semaine prochaine, le gouvernement du Québec doit présenter une nouvelle version du Code de la sécurité routière. Selon les informations coulées ces derniers jours, les amendes pour l’utilisation du cellulaire au volant seront multipliées par trois pour atteindre au moins 300 $, le double en cas de récidive. Le nombre de points d’inaptitude pour ce type d’infraction serait maintenu à quatre, ce qui est déjà très sévère. 

Le ministère des Transports a aussi annoncé qu’il ajouterait des bandes rugueuses dès cette année sur la route 138 à la hauteur de Saint-Tite-des-Caps, après deux accidents survenus coup sur coup dans une zone où une douzaine d’accidents mortels sont survenus depuis 2003.