L’avocat de la défense Me Alexandre Fleurent de l’aide juridique

La prostitution comme tremplin... vers un salon de coiffure

Condoms dans plusieurs pièces, perruques, talons hauts, lingerie sexy, matelas gonflable... la scène d’un logement de la rue College dans l’arrondissement de Lennoxville traduisait exactement ce qu’il était : un repère pour la prostitution.

C’est à cet endroit qu’une jeune femme de 19 ans vendait des services sexuels depuis avril dernier dans l’objectif d’ouvrir un salon de coiffure avec son amoureux.

Cet « amoureux » subissait son enquête sur remise en liberté, jeudi, devant le juge Érick Vanchestein de la Cour du Québec au palais de justice de Sherbrooke.

Mahad Jama est accusé de divers crimes liés à l’exploitation sexuelle.

Il est accusé d’avoir amené une personne à offrir des services sexuels moyennant rétribution, d’avoir fait de la publicité pour offrir des services sexuels moyennant rétribution, d’extorsion et d’intimidation entre le 28 avril et le 2 juin 2018 à Sherbrooke, Montréal et Laval.

C’est le 2 juin dernier que le conte de fées a pris fin.

Mahad Jama contacte le Service de police de Sherbrooke parce que sa conjointe tenait des propos suicidaires.

Au fil des conversations avec les intervenants, la femme se confie.

« Elle mentionne qu’elle fait de l’argent sale, qu’elle l’aime et ferait tout pour lui. Elle dit qu’il lui a demandé de renier sa famille », mentionne la procureure aux poursuites criminelles Me Laurence Bélanger.

La plaignante fait alors une déclaration assermentée aux policiers sur ce qu’elle vit depuis quelques semaines.

La procureure aux poursuites criminelles, Me Laurence Bélanger, s’oppose à la remise en liberté de Mahad Jama, qui est accusé de proxénétisme.

C’est sur le site de rencontre Badoo qu’elle fait la connaissance de Mahad Jama. Trois jours plus tard, elle quitte le domicile familial pour vivre avec lui.

« Elle n’a donné aucune nouvelle à ses parents en un mois et demi. Ils se rendent à Montréal chez un ami de l’accusé où elle fait la connaissance d’une escorte. Elle lui dit que c’est la façon de devenir riche », mentionne Me Bélanger dans son résumé des faits.

Mahad Jama aurait tout organisé. Il prend des photos, choisit le nom d’escorte, publie chaque matin de nouvelles photos, fixe les prix, clavarde avec les clients et fixe les rendez-vous.

« Il est au courant des moindres faits et gestes, parce que c’est lui qui communique avec les clients. Il garde le contrôle du téléphone », signale Me Bélanger.

Les deux premiers clients sont rencontrés à Laval, puis elle passe cinq jours dans un hôtel de Montréal avant d’offrir ses services à Sherbrooke où cinq à six clients la visitent chaque jour.

« Il lui demandait de recruter d’autres femmes en se faisant passer pour sa sœur. Il draguait des filles pour les convaincre de se joindre à eux. Elle se liait d’amitié afin de les faire travailler. Elle devait faire du recrutement sur Badoo », révèle la procureure aux poursuites criminelles, qui mentionne qu’il n’y a pas de violence physique, mais un contrôle par les paroles.

L’individu de 30 ans offrait les services sexuels de la plaignante notamment sur le site « Annonces intimes ». L’entente était un partage de 50-50 sur les profits. C’est Mahad Jama qui gardait l’argent.

La poursuite mentionne que l’accusé aux nombreux antécédents judiciaires a déjà été associé à des gangs de rue dans l’ouest de Montréal.

« J’ai fait beaucoup de mauvais choix dans ma vie. J’ai pris ma vie en main en 2012. J’ai alors commencé à vivre ma vie. Je vais respecter toutes les conditions », a expliqué l’accusé, qui souhaite déposer 2000 $ en garantie de remise en liberté.

La poursuite s’oppose à la remise en liberté de l’accusé, car elle doute de sa présence au tribunal, pour assurer la sécurité de la plaignante et pour ne pas miner la confiance du public envers l’administration de la justice.

Me Alexandre Fleurent de l’aide juridique estime qu’il peut y avoir un débat sur le fait qu’il l’ait amené à se prostituer et d’en avoir fait la publicité.

Le juge a pris la cause en délibéré en rendra sa décision vendredi au palais de justice de Sherbrooke.