Entrer aux États-Unis par la frontière canadienne est une stratégie de plus en plus utilsée par des ressortissants mexicains depuis la mise en place de mesures de resserrement de la sécurité à la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

La prison pour avoir organisé l’entrée de personnes aux É-U

Pour avoir agi comme conducteur pour amener des ressortissants mexicains à traverser illégalement la frontière du Canada vers les États-Unis, Humberto Garcia-Gomez a été condamné à cinq mois de prison.

Au début juin, l’individu de 37 ans a été accusé de complot pour avoir organisé l’entrée illégale de personnes aux États-Unis au palais de justice de Sherbrooke.

Lire aussi: Un ressortissant mexicain renonce à sa remise en liberté

Un Mexicain condamné pour complot à la frontière

La juge Claire Desgens de la Cour du Québec a retranché, vendredi, la détention provisoire avant d’imposer la peine de détention. À sa sortie de prison, l’accusé sera expulsé du Canada.

Garcia-Gomez a été arrêté dans le stationnement d’un commerce de Stanstead le 11 juin dernier par un enquêteur de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Il a confirmé avoir conduit six de ses compatriotes mexicains vers les routes non gardées de Stanstead.

C’est un dénommé Gambio Montes Fernandez qui menait le groupe vers les États-Unis. Garcia-Gomez, défendu par Me Alexandre Fleurent de l’aide juridique, a confirmé avoir reçu 600 $ de la part de l’un des membres du groupe pour les conduire de Toronto vers Stanstead.

« C’est une offense très sérieuse lorsqu’il s’agit de la loi de l’immigration surtout dans un contexte où le Canada est une terre d’accueil de plusieurs immigrants. Nos relations avec les États-Unis font en sorte que notre longue frontière doit être un endroit sécuritaire et surveillé. Dans ce contexte, le geste commis n’est pas banal. C’est une infraction considérée très sérieuse », a indiqué la juge Desgens en imposant la peine.

L’accusé ne possède aucun antécédent judiciaire tant au Canada qu’au Mexique. Il est père de six enfants et travaille au Mexique. 

« Je regrette le geste que j’ai commis. Ça ne fait pas de sens d’être ici. Mon travail m’attend au Mexique et ma femme est enceinte d’un autre enfant », a indiqué Humberto Garcia-Gomez.

C’est l’appel d’un citoyen, qui avait observé le véhicule de location immatriculé en Ontario flâner à Stanstead, qui a permis de procéder à l’arrestation de Garcia-Gomez.

Vers 4 h, les six personnes ont traversé la frontière illégalement pour entrer aux États-Unis. Ils ont été arrêtés par la patrouille des frontières américaines. Le groupe était arrivé au Canada par l’aéroport Pearson de Toronto le 8 juin.

Ils ont loué des véhicules avant de se rendre à Stanstead pour tenter de rejoindre les États-Unis.

« Le tribunal prend en considération le rôle de monsieur Garcia-Gomez qui n’est pas celui de leader, mais celui d’une partie du complot. Mais dans ce genre d’infraction, chaque maillon de la chaîne est important dans le résultat recherché. La détention s’avère nécessaire pour créer une dissuasion pour toute personne tentée de commettre une telle infraction », affirme la juge Desgens.

Cette stratégie est de plus en plus utilisée par les ressortissants mexicains pour joindre les États-Unis depuis la mise en place de mesures de resserrement de la sécurité à la frontière mexicaine.

Tendance

Une dépêche de l’Associated Press publiée cette semaine confirmait cette tendance.

Selon AP, les personnes qui traversent la frontière entre le Québec et le Vermont versent aux passeurs jusqu’à 4000 dollars US, habituellement payables lorsqu’elles atteignent leur destination américaine, indiquent des responsables et des documents judiciaires américains.

Alors que le nombre d’arrestations à la frontière avec le Canada est minime comparativement à celles qui ont lieu à la frontière sud, les passeurs sont tout aussi sophistiqués. Selon les autorités américaines, l’augmentation du nombre de passages clandestins à la frontière nord découle de la relative facilité avec laquelle certains ressortissants étrangers peuvent entrer au Canada, qui n’exige plus de visas pour les Mexicains. 

Dans le secteur de la patrouille frontalière qui couvre 480 kilomètres de frontière avec New York, le Vermont et le New Hampshire, les agents américains ont appréhendé 324 personnes arrivées clandestinement du Canada depuis le 1er octobre 2017, comparativement à 165 pour l’ensemble de l’année 2017. Le mois dernier, les agents ont interpellé 85 migrants clandestins dans les trois États, contre 17 en juin 2017 et 19 en juin 2016.

Depuis octobre 2017, il y a eu au moins 267 personnes interpellées le long de la frontière canadienne avec le Vermont seulement, comparativement à 132 pour l’ensemble de 2017, selon des statistiques compilées par les procureurs fédéraux du Vermont. 

- Avec Associated Press