Ian Bélanger
Ian Bélanger

La poursuite insiste sur les coups portés par Ian Bélanger

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
« Je lui ai câlissé une tab... de volée. Je ne sais pas s’il est mort. »

Ces aveux qu’Ian Bélanger aurait faits à sa sœur quelques jours après le décès de Héliodore Dulac en juin 2018 à sa résidence de Milan prouvent entre autres, selon la poursuite, la culpabilité de l’accusé.

C’était jour de plaidoiries, vendredi, au procès de Ian Bélanger accusé du meurtre au deuxième degré d’Héliodore Dulac le 3 juin 2018 à Milan.

La procureure aux poursuites criminelles Me Isabelle Dorion a invité le jury au palais de justice de Sherbrooke à se pencher sur le témoignage de Kassandra Harpin, qui a été condamnée pour homicide involontaire coupable dans cette affaire.

« Vous avez entendu Kassandra Harpin dire qu’elle a vu Ian Bélanger frapper Héliodore Dulac et qu’elle ne voulait pas le regarder manger une volée », a rappelé Me Dorion.

« Ian Bélanger a dit à sa sœur qu’il a fait une gaffe; qu’il a câlissé une tabarnak de volée et qu’il ne sait pas s’il est mort. II a répété tabarnak de volée à plusieurs reprises », a ajouté Me Dorion en rappelant le témoignage de Jessie Bélanger, la sœur de l’accusé.

La poursuite est revenue sur le rapport du pathologiste Yann Dazé du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal concernant les blessures constatées sur le corps d’Héliodore Dulac.

Me Dorion a plaidé au jury que la « volée » avait causé la mort d’Héliodore Dulac.

« Le docteur Dazé est formel que le polytraumatisme contondant est la cause du décès. La mort résulte des blessures sévères. La mort est arrivée après une agonie. Oubliez la toxicomanie de la victime ou la condition physique de la victime, elles n’ont pas joué un rôle dans le décès (...) Rappelez-vous que toutes les blessures sont compatibles à des blessures à coups de pieds et coups de poing », signale Me Dorion rappelant que le sang de l’accusé a été retrouvé chez la victime.

Elle a plaidé que l’accusé a commis un acte illégal qui a causé la mort ou de causer les blessures sans se soucier que la mort s’en suive.

Intention criminelle

Sur l’intention criminelle de Ian Bélanger de tuer Héliodore Dulac, Me Isabelle Dorion a plaidé « que la question n’est de savoir si la victime voulait mourir. Ça ne justifie pas le geste. Ce qu’il faut analyser, c’est la réaction de Ian Bélanger. »

La procureure aux poursuites criminelles invite le jury à réfléchir sur la consommation d’alcool et de drogue d’Ian Bélanger lors de la rencontre précédant les évènements la fin de semaine du 1er juin 2018.

« Vous n’avez aucune idée de la quantité de drogue et d’alcool qu’il a consommée ou l’effet que ça peut avoir sur lui. Attardez-vous au comportement de l’accusé avant, pendant et après l’évènement. L’accusé cherche des armes. Rappelez-vous qu’Ian Bélanger demande de reculer le jeep. Pensez au fait qu’il a mis le corps dans le coffre et qu’il est capable de donner des directions et d’ordonner à Kassandra Harpin d’aller reporter le corps », a soulevé Me Dorion.

Elle a demandé au jury de placer la preuve entendue lors du procès dans son contexte.

« Elle est d’une logique implacable. La couronne s’est déchargée de son fardeau hors de tout raisonnable de la culpabilité d’Ian Bélanger de ce meurtre », a conclu Me Isabelle Dorion.

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Me François Gauthier

La défense invite le jury à acquitter Bélanger de meurtre au 2e degré

La défense invite le jury à acquitter Ian Bélanger du meurtre au deuxième degré d’Héliodore Dulac et de le déclarer coupable d’homicide involontaire coupable.

Au début de sa plaidoirie, vendredi, l’avocat chargé de la défense de Ian Bélanger a concédé que la preuve présentée lors du procès était suffisante pour prouver l’acte illégal et que les coups portés avaient causé le décès de l’homme de 72 ans à sa résidence de Milan en juin 2018, mais que l’accusé n’en avait pas l’intention spécifique.

L’avocat de la défense, Me François Gauthier, plaide que Ian Bélanger n’avait ni l’intention de causer la mort ni de causer des blessures sans se soucier qu’elle causerait probablement la mort d’Héliodore Dulac. 

« La preuve ne vous y amène pas », plaide Me Gauthier.

Étant donné que Ian Bélanger n’a pas présenté de défense, c’est son avocat qui avait le privilège de plaider en dernier.

Il admet que Ian Bélanger a frappé Héliodre Dulac.

« De quelle force, de quelle façon, la preuve ne vous l’amène pas (...) Il y a un élément déclencheur. Ian Bélanger frappe Héliodore Dulac pendant un moment entre une et dix minutes. Cette séquence va finir à la découverte de son cadavre. Avait-il la connaissance que les blessures étaient de nature à causer la mort? En défense, on vous invite à avoir un doute raisonnable ou à répondre non », demande Me Gauthier.

Il signale que plusieurs questions restent sans réponse à la suite du procès.

La défense soutient que pour « parvenir à régler le sort » de Ian Bélanger, les témoignages de Kassandra Harpin et de Jessie Bélanger doivent être tenus en compte.

Il a incité le jury à analyser la crédibilité et la fiabilité de leurs témoignages. 

La défense allègue que Kassandra Harpin, qui a été condamnée à 52 mois de prison dans cette affaire, est venue minimiser sa participation lors de son témoignage.

« Vous pouvez vous demander s’il y a des parts d’ombre dans son esprit qu’elle aurait un intérêt à ne pas dévoiler des informations. Cette femme faisait face à un péril qu’elle ne pourrait pas faire face à une sentence vie. Cette femme se sent liée par ce qu’elle a négocié dans le cadre de son règlement dans cette affaire », mentionne Me Gauthier.

Il a invité le jury à se pencher sur la version de Jessie Bélanger, la sœur de l’accusé, qui était en état de choc lorsque son frère lui a appris ce qui s’était passé lors de la fin de semaine du 1er juin 2018. 

« Il ne faut jamais perdre à l’esprit où elle est venue vous rapporter des paroles de l’accusé. Elle n’est pas témoin des faits directs (…) Est-ce que ce sont les paroles de Ian qu’elle rapporte ou ce sont ses impressions? » soulève Me François Gauthier. René-Charles Quirion