Danny McConnell : « La Ville de Sherbrooke est une terre d’accueil pour des problématiques en santé mentale. C’est un problème de santé et non de sécurité publique. »

La détresse grimpe à Sherbrooke

Les problèmes de santé mentale occupent une place importante des interventions du Service de police de Sherbrooke (SPS). Dans le rapport annuel 2016 du SPS présenté mardi au conseil municipal, on note une augmentation de 3,3 % des interventions policières sur le territoire sherbrookois et une augmentation du nombre de situations présentant une personne avec l’état mental perturbé.

« C’est au moins cinq à sept interventions par jour pour des personnes à l’état mental perturbé », lance d’emblée le directeur du SPS, Danny McConnell. À titre d’exemple, l’équipe mobile d’interventions psychosociales (EMIP), justement mise sur pied en 2016, a connu une augmentation de ses interventions de 46 % en trois ans. L’équipe disposait en 2016 d’un intervenant deux soirs par semaine et vise à atteindre cinq soirs avec le temps.

« Ce sont des situations qui nécessitent énormément de temps, parfois deux heures, parce que l’EMIP cherche à déjudiciariser les individus concernés et à donner des soins en les redirigeant vers des services appropriés. »

Parmi les statistiques dévoilées mardi, le nombre de fugues et disparitions est passé de 481 à 646. Les interventions pour personnes décédées s’élevaient à 123, dont une cinquantaine pour des suicides. Parallèlement, on enregistrait 883 tentatives de suicide, 80 de plus qu’en 2015. « Ce n’est pas un chiffre qui va en décroissant. »

La situation, jugée préoccupante, amène les élus à s’interroger.

« Ça me perturbe, le nombre de suicides », a lancé le conseiller Claude Charron.

« Votre rapport met en lumière la détresse humaine dans la communauté. La question que je me pose c’est si on peut faire quelque chose comme ville. Est-ce que c’est pire qu’ailleurs à Sherbrooke? », a interrogé Annie Godbout.

« Il n’y a pas de remèdes pour nous à part répondre le plus adéquatement possible, répond Danny McConnell. La Ville de Sherbrooke est une terre d’accueil pour des problématiques en santé mentale. C’est un problème de santé et non de sécurité publique. Je ferais un parallèle avec les accidents sur la route où les budgets sont octroyés, notamment à la SAAQ, mais il y a beaucoup plus de suicides que d’accidents mortels à Sherbrooke. Il y a beaucoup plus de suicides que d’accidents avec blessés à Sherbrooke. C’est un commentaire très personnel, je ne parle pas au nom de mon organisation, mais c’est un parallèle important à faire. Il faut voir ce que la Santé publique peut faire. »

Marc Denault en a profité pour souligner que la campagne électorale provinciale qui s’amorcera bientôt constituera une bonne occasion de faire valoir les besoins de la Ville de Sherbrooke auprès des candidats.

Légalisation du cannabis

Le maire Steve Lussier s’est pour sa part inquiété des impacts de la légalisation du cannabis sur les problèmes de santé mentale et sur le nombre d’interventions policières.

« Sommes-nous prêts à intervenir? Pour la légalisation dans son ensemble, il y a encore du travail à faire, mais pour la sécurité routière, nous sommes prêts. La plupart de nos policiers ont la formation pour détecter dans les mouvements les usagers de la route qui ont consommé », répond M. McConnell.

Parmi les autres statistiques, le nombre d’appels reçus au 9-1-1 en 2016 était de 133 862. Les interventions pour conduite avec les facultés affaiblies sont passées de 273 à 424.

On note aussi en 2016 une augmentation des crimes contre la personne (724) et une diminution des crimes contre la propriété (538). On a enregistré 44 accidents avec blessés de moins (382), mais une augmentation considérable du nombre de constats pour le respect des passages pour piétons, soit 709 contre 389 en 2015.

En tout, 23 accidents ont impliqué un cycliste, mais un seul de ces cyclistes a été blessé gravement. Ce sont 45 piétons qui ont été blessés, soit sept de plus que l’année précédente.