Le directeur de la protection de la jeunesse en Estrie et directeur provincial, Denis Nadeau, a présenté le bilan annuel régional de la DPJ.

Hausse des signalements à la DPJ

La direction de la protection de la jeunesse en Estrie (DPJ) a enregistré une hausse significative des signalements au cours de la dernière année.
Dans le cadre de son bilan annuel, la DPJ en Estrie indique avoir traité 4473 signalements.
Dans le cadre de son bilan annuel, la DPJ en Estrie indique avoir traité 4473 signalements. De ce nombre, 1615 ont été retenus, dont 384 qui concernent des adolescents. Le taux de rétention des signalements s'établit à 36,1 pour cent en Estrie.
Ce sont justement les réalités reliées à l'adolescence qui ont retenu l'attention du DPJ cette année.
Près du quart des signalements retenus, soit 23,8 pour cent, concernent ce groupe d'âge des 13-17 ans. Les données concernant les adolescents en Estrie rejoignent celles de l'ensemble du Québec où 24 pour cent touchent ce groupe d'âge.
« L'adolescence est une étape marquante de la vie faite de doutes, de transformations et de quête identitaire. C'est une période complexe sur le plan physique et psychologique », précise le directeur de la protection de la jeunesse en Estrie (DPJ), Denis Nadeau.
Troubles de comportement sérieux
Un total de 116 signalements retenus chez les adolescents concernent un trouble de comportement sérieux.
« Comme DPJ, nous sommes en contact avec les adolescents qui rencontrent les plus grandes difficultés (...) Il est urgent de se préoccuper de la place qu'on leur fait et qu'on leur donne. Nous voulons porter le message, qu'il est essentiel que les intervenants qui les côtoient s'interrogent sur le regard qu'ils portent sur eux pour les aider et les protéger. Il faut soutenir avec le plus d'humanité les plus vulnérables d'entre eux. Prendre soin des jeunes, c'est investir dans notre richesse collective », estime le DPJ en Estrie.
Denis Nadeau rappelle que les jeunes qui sont aidés par la protection de la jeunesse sont une minorité, soit 1615 signalements retenus sur plus de 87 000 jeunes en Estrie.
Le directeur de la protection de la jeunesse en Estrie justifie cette hausse de près de 60 pour cent notamment avec l'ajout dans le territoire estrien des MRC de la Haute-Yamaska et de la Pommeraie, soit les secteurs de Granby et de Cowansville.
« Un travail de sensibilisation à l'obligation de signaler a été fait dans la population. La valeur d'une protection collective de notre jeunesse est de plus en plus comprise dans notre société », explique Denis Nadeau.
Il reste cependant du travail à accomplir à ce chapitre. Les signalements de la communauté représentent 13 pour cent de ceux effectués en Estrie, soit au dernier rang après les employés des différents organismes (34 %), le milieu familial (20,7 %), le milieu policier (17,8 %) et le milieu scolaire (14,5 %).
« Sur le plan des services de première ligne, il y a une nécessité à mieux se concerter. Les situations s'aggravent, s'alourdissent. La toxicomanie et les problèmes de santé mentale complexifient les situations. Certaines problématiques de toxicomanie ou de santé mentale sont peut-être plus ancrées. Nous entendions moins parler des problèmes de santé mentale chez les jeunes il y a quelques années. Les situations sont de plus en plus complexes », constate M. Nadeau.
La négligence
La négligence demeure la problématique la plus signalée sur les 1615 évaluations avec 435. L'abus physique a connu une augmentation avec 316 signalements. Le risque sérieux de négligence, les mauvais traitements psychologiques, les troubles de comportement et les abus sexuels sont les autres problèmes les plus probants.
Dans plus de la moitié des situations prises en charge par la DPJ en 2016-2017, le suivi a été fait dans le milieu familial. Le recours aux familles d'accueil a été nécessaire dans 37,8 pour cent des cas.
« Nous sommes encore en période de recrutement pour les familles d'accueil. Les signalements et le taux de rétention augmentent, donc nous avons besoin de plus de milieux. Nous avons besoin de milieux de plus en plus spécifiques, car nous avons des jeunes avec des besoins particuliers », mentionne le DPJ.
LSJPA
Concernant la Loi sur le système de justice pénale pour adolescents (LSJPA), ce sont 679 jeunes qui ont été pris en charge, dont 543 garçons.
« Au niveau de la loi sur la protection de la jeunesse, nous traitons les problèmes de comportement sérieux, alors qu'au niveau de la LSJPA, c'est la loi sur les jeunes contrevenants, comme c'était appelé dans le passé, où il faut que les jeunes aient commis des délits. Oui, il y a une certaine clientèle commune, mais ce n'est pas une majorité. On constate une baisse de la criminalité sur le plan de la LSJPA », assure Denis Nadeau.
Sanctions extrajudiciaires
Sur les 280 dossiers orientés par le Centre jeunesse de l'Estrie, 194 adolescents ont bénéficié de sanctions extrajudiciaires, alors que 45 jeunes ont été référés au procureur aux poursuites criminelles et pénales.
« On parle davantage d'erreurs de parcours. Le programme de déjudiciarisation représente la grande majorité des dossiers. La proportion de réussite s'élève à 65,7 pour cent des cas », indique M. Nadeau.
Du personnel dévoué, mais fatigué
C'est un personnel « dédié », mais « fatigué » qui est chargé d'offrir les services aux enfants et aux familles toujours de plus en plus nombreuses qui sont aidés par la direction de la protection de la jeunesse en Estrie.
« Nous avons de la difficulté à remplacer notre personnel lorsqu'il prend un moment de repos ou d'absence. Nous avons un personnel qui est fatigué. Ils donnent leur âme au travail qu'ils font. Ce sont des gens passionnés », estime le directeur de la protection de la jeunesse en Estrie (DPJ), Denis Nadeau.
Le DPJ estime que le problème rencontré n'est pas budgétaire, mais plutôt de dénicher le personnel pour combler les postes.
« Nous faisons face à un gros roulement de personnel. Il y a des situations lourdes. Nous donnons des services de deuxième ligne où nous travaillons en autorité avec des jeunes vulnérables et des familles qui rencontrent des problématiques. Ce n'est pas un secteur qui est très attrayant. L'embauche est difficile », soutient Denis Nadeau.
Ce dernier explique que certains professionnels comme les travailleurs sociaux peuvent travailler dans des contextes où la clientèle est plus volontaire comme en CSSS ou à l'hôpital.
« Je dis souvent que l'on est fait ou l'on n'est pas fait pour travailler en deuxième ligne comme c'est le cas en protection de la jeunesse. Nous vivons avec la souffrance des gens au quotidien », rappelle le directeur de la protection de la jeunesse
Mieux coordonner
Le DPJ estime que le réseau de la santé et des services sociaux se doit d'être créatif et doit analyser les façons de mieux coordonner les services de proximité et en première ligne.
« Le but ultime en Estrie serait de réussir à travailler en prévention avant que les enfants se rendent dans les services de protection de la jeunesse. Comme DPJ, je souhaite que les enfants reçoivent les services dont ils ont besoin en temps opportun. Nous devons prévenir. Maintenant que nous sommes un CIUSSS, on veut développer une trajectoire de services pour répondre davantage aux besoins des 0-18 ans. L'objectif est de mieux s'arrimer à travailler ensemble pour trouver des solutions », assure M. Nadeau.