Pascal Gagnon lors de son interrogatoire vidéo au lendemain du meurtre.
Pascal Gagnon lors de son interrogatoire vidéo au lendemain du meurtre.

Gagnon ne peut expliquer le meurtre qu’il avoue avoir commis

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
S’il n’a pas nié avoir commis le meurtre de son ancien partenaire d’affaires Érick Lavoie, Pascal Gagnon a eu peine à expliquer pourquoi et comment il l’avait commis.

L’individu de 52 ans subit au palais de justice de Sherbrooke son procès pour le meurtre au premier degré d’Érick Lavoie le 4 décembre 2017 sur la rue Bordeaux à Sherbrooke.

« Je me rappelle d’être parti de là. Pis l’autre flash, je suis arrivé à la maison. Pris après l’arrestation, pis icitte (…) C’est vague, pis je sais que j’ai faite ça. C’est comme si tu te promènes dans la brume, des p’tits flashs », a raconté Pascal Gagnon lors de son interrogatoire mené par les enquêteurs des crimes contre la personne de la Sûreté du Québec.

Au deuxième jour du procès, mardi, la procureure aux poursuites criminelles Me Geneviève Crépeau a déposé en preuve l’interrogatoire vidéo de Pascal Gagnon réalisée à la suite de son arrestation, le lendemain du meurtre.

L’enquêteur de la SQ a indiqué qu’il savait que Gagnon avait tué Éric Lavoie, mais que l’interrogatoire avait comme objectif de comprendre ce qui c’était passé.

Gagnon mentionne qu’il avait des « flashs » des événements tragiques. 

« C’est pas correct là, y’a quelque chose de vraiment pas correct là. J’ai tiré d’sus pis » a expliqué Gagnon.

L’accusé a mentionné à l’enquêteur qu’il n’avait aucune idée pourquoi il s’était rendu sur la rue Bordeaux le 4 décembre 2017.

Il confirme que c’est avec un pistolet Smith Wilson. 22 avec un chargeur dans le coffre à gants qu’il avait commis le meurtre.

« C’est vraiment comme une espèce de tunnel (...) Je ne peux pas dire que c’est une décision. Ça s’est fait puis that’s it là », signale Gagnon à deux moments distincts lors de l’interrogatoire vidéo.

Il avoue se rappeler avoir débarré son arme, mais pas de l’avoir chargé. Pascal Gagnon ne se rappelle pas où il s’est garé devant le domicile d’Érick Lavoie pas plus des vêtements qu’il portait, s’ils s’étaient battus ou si des paroles ont été prononcées.

« Je ne m’en rappelle vraiment pas. C’te boute là, je ne m’en rappelle pas. On n’a beau me poser la question de vingt façons là, mais je ne peux pas inventer non plus », indique l’accusé.

Il témoigne que c’est en revenant de la région de Granby qu’il a fait un détour par le domicile de Pascal Gagnon.

Ce n’est qu’en revenant chez lui dans le secteur de Brompton qu’il a réalisé ce qu’il avait fait.

« J’ai ouvert la porte. J’dis à France (NDLR : la conjointe de l’accusé), ouin, j’suis con. J’ai dit y s’est passé de quoi et je pense que je vais appeler le 9-1-1. J’ai dit, j’ai tiré sur Érick », a signalé Pascal Gagnon.

La procureure aux poursuites criminelles Me Geneviève Crépeau

Il ne peut préciser à l’enquêteur depuis combien de temps il pensait à cette finalité. 

« C’était fait pis je voulais expliquer exactement ce qui était arrivé », précise Gagnon en parlant de l’appel 9-1-1.

Pascal Gagnon a indiqué ne pas savoir combien de coups de feu il avait tirés, mais qu’il se souvenait du son.

« Probablement que vous le savez. Mais moi, je ne le sais pas. Pas sûr que ça me tente de le savoir », indique l’accusé.

En interrogatoire, il a exprimé certains remords.

Il mentionne qu’il « aurait sûrement reviré d’bord » si la conjointe et les enfants de la victime avaient ouvert la porte du domicile. 

« Je me sens extrêmement cheap. C’n’est pas moé esti. C’est ça qui est le pire. J’n’aurais jamais pensé faire ça », soutient Pascal Gagnon au lendemain du meurtre avant de confirmer qu’il avait certains regrets envers la famille de la victime.

Guerre et maladie

Pascal Gagnon a mentionné qu’il avait participé à la Guerre du Golfe en 1990 puis celle en Yougoslavie en 1993. 

Il faisait partie d’une unité qui vérifiait des bateaux.

Il a passé dix ans dans les Forces armées canadiennes qu’il a quittées en 1996.

L’accusé a mentionné à l’enquêteur que son médecin suspectait un choc traumatique. Il lui avait suggéré de consulter un psychologue.

Pascal Gagnon signale qu’il avait vu des gens se faire tuer, mais qu’il en avait blessé. 

« On avait un supérieur, pis on écoutait ce qui disait », signale Gagnon.

Il mentionne être revenu des Forces armées « un peu plus enragé, un peu plus choqué pour rien. Le coude léger ».

Il a parlé de sa carrière pour en venir à son association avec Érick Lavoie pour un montant de 37 000 $.

« Ç’a duré à peu près six ans. Lorsque j’ai commencé à être malade, on a eu un petit différent. Quand c’est venu le temps de vendre mes parts, j’ai eu 2800 $ pour » a expliqué Gagnon en disant que la part qu’il a reçue ne correspondait à ce que ça valait.

C’est Me Marc-André Champagne de l’aide juridique qui assure la défense de l’accusé.

L’avocat de la défense Me Marc-André Champagne de l’aide juridique

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Gagnon a admis n’avoir jamais eu le cancer 

Même s’il a affirmé aux enquêteurs des crimes contre la personne et à des proches qu’il avait un cancer du poumon, Pascal Gagnon a admis en début de son procès pour meurtre qu’il n’a jamais eu de cancer.

La neuvième des 29 admissions signées de sa main stipule : « que l’accusé n’a jamais eu le cancer ».

Lors de l’interrogatoire vidéo présenté en preuve, mardi à son procès, l’accusé a parlé de sa maladie qui a commencé avec une tumeur sur un poumon. 

Il a mentionné que ça ne lui tentait plus de se battre contre la maladie.

« Ça ne me tente pu. En fait, il n’y a plus grand-chose qui me tente », a indiqué Pascal Gagnon en interrogatoire.

Appelé à la barre, le cousin de Pascal Gagnon, David-André Mercier, était l’un de ceux qui croyaient que l’accusé combattait un cancer des poumons.

Ce dernier a été élevé avec Gagnon, puis en 2016 il a habité chez celui qu’il considérait comme son frère.

« Je sais qu’il s’est senti floué par monsieur Lavoie. Il ne pouvait plus travailler parce qu’il avait un cancer du poumon (…)  Il a dit que la journée où ça n’irait pas bien pour lui, s’il était pour mourir, il emmènerait Érick avec lui », indique M. Mercier.

David-André Mercier affirme que le dernier message qu’il a reçu de Pascal Gagnon avant le meurtre était qu’il lui restait de trois à six mois à vivre.

Il n’a cependant alors pas fait de lien avec un possible danger pour Érick Lavoie.

Cependant, David-André Mercier a immédiatement pensé à Gagnon comme suspect dans le meurtre de son ancien partenaire d’affaires parce que l’accusé l’avait déjà exprimé dans des moments où ils s’enivraient à l’alcool ensemble.

« J’ai pensé à mon frère tout de suite lorsque j’ai entendu qu’il s’agissait d’un partenaire d’affaires. Je sais qu’il avait de la frustration envers lui. Ce n’est pas pour rien que j’ai pensé à lui quand j’ai entendu cette histoire (…) Quand il ne filait pas bien, il en parlait », explique M. Mercier qui affirme ne pas avoir pris au sérieux cette menace de Pascal Gagnon envers Érick Lavoie.

David-André Mercier signale que Pascal Gagnon gardait constamment l’arme qui a servi au crime dans son véhicule.

Mélanie Lizotte, la conjointe de la victime Érick Lavoie, asssite au procès de Pascal Gagnon.

Lors de son interrogatoire aux enquêteurs de la Sûreté du Québec, Pascal Gagnon a mentionné que c’était une « niaiserie » d’avoir fabriqué une cible avec le visage d’Érick Lavoie au centre.

« Fait une couple d’années, pis j’y avais même montré en plus. Un moment donné, y m’a passé un trip pis j’ai fait ça. Ça trainait là, c’est tout », assure Pascal Gagnon.

En fin d’interrogatoire, il a nié son intention de se rendre tuer Érick Lavoie.

« Non, non, pantoute », a indiqué Pascal Gagnon.

La tante de Pascal Gagnon, Chantal Mercier, n’avait pas eu de contact depuis six mois avec l’accusé au moment du crime en décembre 2017.

« Il m’a dit qu’il avait le cancer, qu’il avait arrêté de travailler et que son associé l’avait floué », a mentionné Mme Mercier qui précise qu’il n’avait jamais été question que Gagnon se rende dormir chez elle contrairement à ce que l’accusé a affirmé aux enquêteurs des crimes majeurs de la SQ.

Le relevé des tours cellulaires déposé au juge Gaétan Dumas de la Cour supérieure dans les admissions révèle que Gagnon a passé la soirée à se promener à Windsor vers 18 h 20, à Saint-Alphonse-de-Granby vers 21 h 45 et que son signal cellulaire a été capté par la tour sur la rue du Fer-Droit à Sherbrooke vers 23 h 40. Il a aussi utilisé sa carte bancaire à 17 h 3 sur la rue du Curé-Larocque à Sherbrooke, sur le boulevard Bourque à Sherbrooke à 19 h 42 ainsi que dans un dépanneur de Saint-François-Xavier-de-Brompton à 20 h 33.  René-Charles Quirion

Le témoin David-André Mercier