Une femme sans antécédent judiciaire de Sherbrooke a fraudé à son tour deux employeurs pour tenter d’aider un prétendu soldat américain rencontré sur les réseaux sociaux.
Une femme sans antécédent judiciaire de Sherbrooke a fraudé à son tour deux employeurs pour tenter d’aider un prétendu soldat américain rencontré sur les réseaux sociaux.

Extorquée en ligne, elle fraude ses employeurs pour tenter de s’en sortir

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Vraisemblablement victime d’un réseau international de fraudeurs, une femme sans antécédent judiciaire de Sherbrooke a fraudé à son tour deux employeurs pour tenter d’aider un prétendu soldat américain rencontré sur les réseaux sociaux.

D’origine française, Marie-Élodie Huon risque l’expulsion du pays à sa sortie de prison pour une fraude de 272 600 $.

Entre février et juin 2019, la femme de 34 ans a d’abord floué la Fédération des coopératives d’habitation de l’Estrie et six coopératives qui en sont membres.

Congédiée, elle a déniché un nouvel emploi chez Avantage Carr Estrie, qu’elle a fraudé pour plus de 118 000 $ au cours de l’automne 2019.

Elle a plaidé coupable à ces deux fraudes.

Jusqu’à son enquête sur remise en liberté en janvier 2020, la femme de 34 ans a cru à l’histoire rocambolesque dans laquelle elle s’est engouffrée pendant plusieurs mois.

Marie-Élodie Huon s’était liée d’amitié avec un individu rencontré en ligne. Après quelques semaines, il lui a dit qu’il avait été assigné par l’armée à une mission en Syrie. Blessé au combat, il lui a demandé une première somme d’argent en cryptomonnaie Bitcoins afin qu’il puisse être rapatrié chez lui aux États-Unis.

La somme acheminée aurait ensuite été interceptée par le commandant dudit soldat, qui s’est fait arrêter à la frontière des Philippines pour trafic d’armes.

La résidente permanente canadienne aurait alors été menacée par les prétendues autorités des Philippines d’y être extradée pour complicité, étant donné que le prétendu commandant avait affirmé qu’elle était complice. Elle a alors transféré une autre somme comme amende, toujours en Bitcoins.

Le stratagème frauduleux s’est poursuivi alors que son ami soldat lui a dit qu’elle serait finalement remboursée en argent. Mais cette somme a été bloquée cette fois au Royaume-Uni. Marie-Élodie Huon a encore une fois acheminé de l’argent pour régler la situation.

Technicienne comptable à la Fédération des coopératives d’habitation de l’Estrie, Marie-Élodie Huon a pigé dans les comptes pour tenter d’assouvir les demandes de ceux qu’elle voulait aider, mais aussi pour rester en sécurité dans sa terre d’accueil. 

Des avances de fonds, des virements bancaires, de faux chèques et même des transferts en cryptomonnaie ont été effectués.

Congédiée et accusée de cette fraude, elle a été embauchée chez Avantage Carr Estrie. Elle a recommencé son stratagème frauduleux pour tenter de garder la tête hors de l’eau dans cette affaire d’extorsion en ligne. 

« On parle de 26 transactions faites chez les deux employeurs sur une période de plusieurs mois. Elle en a commis certaines après avoir été arrêtée une première fois. Si l’on croit sa version, elle a été victime d’un tel stratagème. Il est vrai qu’au début l’argent a été envoyé. Par la suite, les montants étaient envoyés pour sa propre sécurité, soit son bénéfice personnel. C’est impossible de déterminer où cet argent-là est rendu et à quoi il a servi », a expliqué au tribunal la procureure aux poursuites criminelles, Me Véronique Gingras-Gauthier, qui demande une peine de trois ans, moins la détention provisoire.

L’avocate de la défense Me Nathalie Roy rappelle que Marie-Élodie Huon a elle-même été victime d’un stratagème frauduleux. Les courriels de ces échanges avec ces « amis » qui lui ont coûté sa liberté ont été déposés au tribunal.

« Le crime a été commis dans un contexte particulier. Elle exprime des remords et des regrets profonds. Elle n’a pas bénéficié des fraudes. Elle a fait des démarches auprès de la police de Laval et de Sherbrooke pour dénoncer ses fraudeurs », mentionne l’avocate de la défense, Me Nathalie Roy.

Elle demande au tribunal que l’accusée purge encore six mois moins un jour de prison pour une détention équivalente à 18 mois en tenant compte de la détention provisoire. L’accusée est détenue depuis le 15 janvier 2020.

« Les conditions de détention ont été difficiles en raison de son état physique et la pandémie de la COVID-19. Son état physique s’est dégradé au fil de sa détention étant donné qu’elle n’a pas pu faire ses exercices », indique Me Roy qui rappelle que l’accusée souffre d’une paralysie cérébrale.

La juge Hélène Fabi de la Cour du Québec imposera la peine le 29 octobre prochain.