Éric Lamontagne quittera le pénitencier du Centre fédéral de formation à Laval pour une maison de transition au cours des prochains jours.

Éric Lamontagne confié à une maison de transition

EXCLUSIF / Vingt-et-un ans après avoir tué son père à Sainte-Catherine-de-Hatley, Éric Lamontagne quittera le pénitencier pour être confié à une maison de transition.

L’individu qui a passé près de la moitié de sa vie derrière les barreaux a obtenu, lundi, une semi-liberté par la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC).

Ému, Lamontagne a remercié les commissaires lorsqu’ils ont rendu leur décision au pénitencier du Centre fédéral de formation à Laval à laquelle La Tribune a assisté.

Après avoir bénéficié de 186 sorties avec escorte, de 21 visites dans sa famille, suivi tous les programmes liés à sa situation derrière les murs d’une prison fédérale, conservé une sobriété complète depuis 2006, suivi un parcours carcéral sans violence et présenté une stabilité dans sa condition de santé mentale, l’individu de 50 ans pourra entreprendre une autre étape de son cheminement carcéral.

Éric Lamontagne a été condamné à la détention à perpétuité pour le meurtre au deuxième degré de son père en 1998. Gaétan Lamontagne a été tué de 43 coups de couteau dans un chalet de Sainte-Catherine-de-Hatley par son fils qui se trouvait en « micropsychose », selon son avocate. 

Éric Lamontagne est détenu dans un pénitencier à sécurité minimum depuis 2012.

« Vous atteignez les objectifs qui vous avaient été fixés. Vous avez présenté des progrès mesurables et observables notamment dans la gestion de vos émotions que vous êtes en mesure de mieux gérer. Vous êtes aussi surtout capable d’identifier les facteurs lorsque ça commence à déraper. Les progrès sont là », a expliqué la commissaire de la CLCC en expliquant sa décision à Éric Lamontagne.

T-shirt noir, pantalon marine, espadrilles Nike noirs, les cheveux rasés, Éric Lamontagne a répondu aux interrogations des deux commissaires de la CLCC en faisant part de ses réussites, mais aussi de ses défis pour les convaincre de lui accorder la permission de poursuivre sa réinsertion sociale en maison de transition. 

Son avocate a expliqué qu’il pourra ainsi mettre en pratique ses acquis dans un contexte structuré et adapté à sa condition de santé mentale.

« C’est le moment opportun de vous accorder votre semi-liberté. Vous avez cependant besoin d’une structure et d’être encadré par des ressources. Il faut passer par cette étape et vous y êtes rendu. On vous invite à poursuivre votre cheminement. Bonne chance », a conclu la commissaire de la CLCC, qui considère que le risque d’accorder une semi-liberté à Éric Lamontagne est acceptable pour la société.

La CLCC lui a imposé de ne pas consommer de drogue ou d’alcool. Il doit éviter les bars, soit des endroits où il pourrait trouver ces substances. Lamontagne a l’obligation de poursuivre son suivi avec un psychiatre et de prendre sa médication. Il ne pourra pas entrer en contact avec l’une de ses sœurs qui refuse de le voir.

Lors de l’audience de libération conditionnelle, Éric Lamontagne a mentionné qu’il allait « prendre le temps qu’il faudra » pour s’acclimater à son nouveau milieu de vie à la maison de transition qui offre une possibilité de suivi adapté à sa condition de santé mentale.

Au cours des prochains mois et même des prochaines années, il souhaite faire du bénévolat, n’est pas fermé à se trouver un emploi adapté à sa situation et souhaite développer certains loisirs comme le mini-putt, le cinéma et joindre une ligue de quilles.

« J’ai fait du bénévolat lors de mes sorties. C’était gratifiant. Je me sentais apprécié », a signalé Éric Lamontagne aux commissaires.

Éric Lamontagne est admissible à une libération conditionnelle complète depuis le 22 novembre 2008. 

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Éric Lamontagne quittera le pénitencier du Centre fédéral de formation à Laval pour une maison de transition au cours des prochains jours.

« Personne ne souhaitait sa mort »

« Je reconnais que ma condamnation et ma sentence étaient justes. »

Avant de bénéficier d’une semi-liberté et d’être confié à une maison de transition par la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC), Éric Lamontagne a reconnu la distorsion de sa pensée en ce 20 novembre 1998 où il a asséné 43 coups de couteau à son père.

« J’ai beaucoup de remords à avoir enlevé la vie à mon père. C’était un homme qui aimait la vie », a mentionné Éric Lamontagne.

Il s’est excusé aux membres de sa famille et aux amis de son père.

« J’ai de l’empathie envers ma mère et mes deux sœurs qui ne souhaitaient pas sa mort. Il y a aussi tous mes oncles, tantes, neveux, nièces et les amis de mon père à qui il manque », a reconnu l’homme de 50 ans.

Au fil des ans, Éric Lamontagne a réalisé l’ampleur de la mauvaise gestion de ses émotions qui l’ont mené à commettre l’irréparable.

La consommation de drogue et d’alcool jumelée à des problèmes de santé mentale non contrôlés et à des idées suicidaires, ont entre autres poussé Éric Lamontagne à vouloir régler ce qu’il croyait être le problème de sa mère, avec qui il entretenait une relation fusionnelle, en enlevant la vie à son père.

« J’avais la pensée erronée où je croyais que mon père était un monstre responsable de mes problèmes et du sort de ma mère. J’ai pris la mauvaise décision en mettant à exécution cette mauvaise idée-là de le tuer. Dans ma tête, je n’avais plus le choix de tuer mon père pour sauver ma famille », a expliqué Éric Lamontagne devant la CLCC. 

La victime avait été attirée au sous-sol du chalet voisin de sa résidence à Sainte-Catherine-de-Hatley par une supposée panne de chauffage à l’endroit dont il avait la charge en l’absence des propriétaires. Son fils l’y attendait, un couteau à la main pour le poignarder à de multiples reprises.

« Le geste a été très violent. C’était de la colère refoulée », a indiqué Lamontagne.

Éric Lamontagne a été condamné à la prison à vie en 2001 sans possibilité de libération conditionnelle avant 14 ans après avoir été trouvé coupable de meurtre au deuxième degré. La Cour d’appel a ordonné un nouveau procès en 2006 dans son dossier. Un an plus tard, Lamontagne a plaidé coupable à un meurtre au deuxième degré avec possibilité de libération conditionnelle après dix ans. Il a tenté de faire casser le verdict en Cour d’appel puis en Cour suprême, demandes qui lui ont été refusées.

Éric Lamontagne a été suivi pendant plusieurs années par un psychologue lors de son incarcération. Depuis l’été dernier, cette psychothérapie a cessé d’un commun accord entre Lamontagne et son thérapeute étant donné son évolution positive.

« Ma santé mentale s’est améliorée de 80 pour cent depuis le début de ma sentence », estime Lamontagne.

Il assure qu’il ne veut plus toucher ni à la drogue ni à l’alcool parce que ceux-ci interfèreraient avec ses médicaments.

« Il n’est plus question que je consomme. C’est solide dans ma tête. Je suis maintenant capable de m’affirmer pour dire non et pour mettre en pratique mes outils pour gérer mon anxiété. Il n’y a pas de pilule miracle. Je ne dois pas seulement me mobiliser, mais aussi m’engager dans mon cheminement », affirme celui qui a obtenu une semi-liberté de la CLCC.