L’avocat de la défense Me Marc-André Champagne de l’aide juridique et l’accusée Patricia Garneau.
L’avocat de la défense Me Marc-André Champagne de l’aide juridique et l’accusée Patricia Garneau.

Elle fraude son employeur pour nourrir sa famille

Prise dans un tourbillon d’emprunts pour payer les besoins de base de sa famille, Patricia Garneau de Sherbrooke a fait le mauvais choix de frauder son employeur pour tenter de se sortir la tête de l’eau.

Décision qui conduira maintenant la femme de 39 ans derrière les barreaux pour trois mois à purger de façon discontinue.

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La juge Hélène Fabi de la Cour du Québec a déterminé, mardi, que cette peine de 90 jours sera purgée à raison de deux jours par semaine. Le tribunal a ajouté 240 heures de travaux communautaires ainsi qu’un remboursement de 10 000 $ à la victime.

Patricia Garneau demandait d’être condamnée à cette peine discontinue à la suite d’une fraude de 33 380 $ envers son ancien employeur.

 « La victime faisait pleinement confiance à l’accusé. Elle a vécu du stress et de l’angoisse à la suite des gestes de l’accusée », a mentionné la juge dans sa décision.

La juge a noté la situation familiale, l’emploi, la honte et les regrets de Patricia Garneau, mais aussi la planification, la durée et le montant de la fraude, le contexte d’abus de confiance ainsi que les conséquences pour la victime.

« Ces infractions ont été commises pour se procurer des besoins de base à part une télévision pour sa mère », explique la juge Fabi.

L’accusée avait reconnu en juin 2018 les faits d’une fraude commise entre le 24 juillet 2014 et 16 août 2017 à l’endroit de son employeur Pharmaprix.

« On ne parle pas d’un crime violent ou d’une récidiviste. Madame Garneau a fait des démarches pour se réinsérer socialement. L’arrestation a permis à la famille d’avancer et de subvenir à ses besoins sans que cette criminalité soit utilisée », avait plaidé Me Marc-André Champagne de l’aide juridique.

Il demandait que Patricia Garneau puisse se rendre à la prison les lundis et mardis. 

« Il n’y a pas de luxe. Elle a utilisé l’argent pour de la nourriture et des produits d’hygiène. Il y a seulement un élément qui n’est pas de nécessité primaire », signale Me Champagne.

Patricia Garneau s’est adressée au tribunal pour s’engager à rembourser la franchise des assurances.

« J’ai fait une réclamation d’assurances avec une franchise de 10 000 $. J’ai dû établir que ce n’était pas une négligence de ma part », a expliqué la pharmacienne flouée par la fraude.

La procureure aux poursuites criminelles, Me Gabrielle Cloutier.

Poste de confiance

La procureure aux poursuites criminelles Me Gabrielle Cloutier plaidait pour une peine d’incarcération de neuf mois de prison ferme.

« L’accusée ne sait pas quand cette fraude se serait terminée si elle n’avait pas été découverte. Elle occupait un poste de confiance dans deux pharmacies », explique Me Cloutier.

Patricia Garneau avait été promue à un poste d’administratrice des systèmes au Pharmaprix de la rue King Ouest en décembre 2012.

C’est à partir de ce poste où elle avait accès aux comptes clients, aux conciliations bancaires et à la fonction de faire les paies et les vacances que Patricia Garneau a commis l’importante fraude.

Employée à la succursale du Carrefour de l’Estrie à une certaine époque, Patricia Garneau fabriquait de fausses factures pour détourner à son profit des sommes d’argent entre les deux pharmacies.

« C’est avec le système de factures que je commettais les gestes. Je faisais des épiceries à la pharmacie. Je faisais des fausses factures pour payer. C’est un manque d’argent qui m’a mené à ça. 

Ça commence par des petits montants puis des plus gros. Ç’a déboulé pour devenir un tourbillon. Je ne voyais pas la sortie », explique Patricia Garneau.

Dès la découverte des premières irrégularités, Patricia Garneau a été suspendue de ses fonctions. Confrontée par son employeur, elle a avoué son implication.

Le Service de police de Sherbrooke a procédé à son arrestation le 24 octobre 2017.

« Je regrette d’avoir fait du mal aux gens autour de moi. Je regrette d’avoir fait ça. J’ai hâte de payer ma dette et de passer à autre chose », indique Patricia Garneau.

L’accusée s’est trouvé un nouvel emploi dans le domaine de la restauration même avec l’épée de Damoclès de cette condamnation criminelle.

« Nous étions au courant dès l’embauche. J’ai jugé qu’on pouvait lui donner une deuxième chance. Je n’ai pas de problème avec elle. Elle a des remords de ce qu’elle a fait. Je ne pense pas qu’elle va récidiver », a expliqué son nouvel employeur.

Une probation de trois ans a été imposée à Patricia Garneau dans le cadre de la peine imposée.

« J’ai commis cette erreur une fois, je n’ai pas l’intention de recommencer », assure Patricia Garneau.