Caroline Labrecque a choisi de dénoncer ceux qui l’auraient agressée pendant son enfance.

Élevée en famille d'accueil: «Mes frères ont volé mon enfance»

«Ils ont volé mon enfance. Ils ont pris ma jeunesse. Ils m’ont détruite à vie. J’ai vécu dans une prison à cause d’eux»

Caroline Labrecque tenait à être présente au palais de justice de Sherbrooke, mercredi, pour assister à la comparution de ceux qui sont accusés d’avoir commis divers gestes à caractère sexuel à son endroit pendant son enfance.

Les frères Jean-Guy et René Bolduc de Sherbrooke auraient commis des gestes sexuels répétés à l’endroit d’une enfant qui était accueillie sous leur toit en famille d’accueil dans les années 70 et 80.

«C’est clair que j’étais leur objet sexuel», affirme la plaignante qui se souvient en détail de plusieurs des agressions dont elle aurait été victime.

Jean-Guy et René Bolduc ont été accusés devant la juge Hélène Fabi, de la Cour du Québec, d’attentat à la pudeur, de grossière indécence entre 1972 et 1983 pour Jean-Guy Bolduc, puis entre 1975 et 1983 pour René Bolduc. Un chef d’agression sexuelle, rendu recevable en raison des modifications au Code criminel, est porté pour l’année 1983.

«La première fois, j’avais 4 ans et Jean-Guy Bolduc en avait 29. Je m’en souviens très bien. Je me faisais garder par lui. Sa femme n’a jamais été au courant. J’étais couchée sur le divan et il a mis sa main avait dans mes culottes», se souvient Mme Labrecque.

Placée en famille d’accueil à cinq mois chez les parents des frères Bolduc, elle affirme avoir été abusée par les deux frères pendant une dizaine d’années.

«C’était l’équivalent de mes frères. Jean-Guy a abusé de moi chez mes parents, chez lui, dans la roulotte ou sur le divan avec la télévision allumée. La dernière fois, il jouait aux cartes. Il est monté me taponner. J’avais 14 ou 15 ans. C’est encore clair dans ma tête. Mon père, ma mère et sa femme étaient en bas et il a eu le culot de me faire ça. René abusait de moi dans le sous-sol ou quand mes parents n’étaient pas là. Il a même abusé de moi quand il venait de se marier», affirme Caroline Labrecque.


«  Tu te sens coupable de tout ça. Tu as peur. Tu es traumatisée de tout. J’avais tellement de bons parents. Je ne voulais pas leur faire de peine.  »
Caroline Labrecque
Jean-Guy Bolduc a été formellement accusé de gestes à caractère sexuel.

C’est au décès de son père adoptif qu’elle a décidé de porter plainte au Service de police de Sherbrooke.

«Tu te sens coupable de tout ça. Tu as peur. Tu es traumatisée de tout. J’avais tellement de bons parents. Je ne voulais pas leur faire de peine. J’avais coupé les ponts avec la famille pour ne pas confronter mes agresseurs. J’ai gardé ça secret jusqu’à leur décès», explique la plaignante.

Caroline Labrecque affirme que toute sa vie a été teintée par ces agressions sexuelles qu’elle allègue avoir subies.

«Le processus judiciaire m’aide à la guérison. Ma vie n’est pas facile. Ces abus ont toujours eu un effet nocif sur ma vie. J’ai souvent le mal de vivre. Je faisais des cauchemars. Je me donne maintenant le droit de leur montrer que ce qu’ils ont fait. J’ai le goût de me faire respecter», signale la plaignante.

Seul Jean-Guy Bolduc, maintenant âge de 76 ans, était présent au palais de justice de Sherbrooke pour sa comparution.

Croiser celui qui aurait abusé d’elle pendant une dizaine d’années a été tout un choc pour la plaignante.

«Je pensais m’évanouir quand je l’ai vu. Il me dégoûte», affirme la plaignante.

Les dossiers des frères Bolduc, défendus par Me Christian Raymond et Me Michèle Lamarre-Leroux, ont été reportés au 3 juillet prochain.

C’est Me Laïla Belgharras qui représente le ministère public dans cette affaire.

«S’il y en a qui peuvent se reconnaître, je les encourage à dénoncer. Il y a une lueur au bout de tout ça; peu importe ça fait combien de temps», affirme Caroline Labrecque.