Depuis la frappe du 15 avril 2009, le bunker de la rue Wellington Sud à Sherbrooke est inhabité. Sa confiscation comme produit de la criminalité fera l’objet d’un débat en Cour d’appel en juin.

Dix ans après l'opération SharQc : Sherbrooke reste un chapitre inactif

Dix ans après l’opération SharQc qui paralysait l’organisation des Hells Angels à travers le Québec, le chapitre de Sherbrooke serait toujours inactif.

Selon la Sûreté du Québec, seulement trois membres en règle du chapitre mis en place en 1984 ont repris leurs activités alors que les statuts et règlements de l’organisation criminelle exigent un minimum de six membres actifs pour maintenir un chapitre.

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« Certains anciens membres de Sherbrooke sont actifs dans d’autres chapitres et des membres d’ailleurs contrôlent la vente de stupéfiants en Estrie. Même si des membres en règle ont été vus avec les couleurs du chapitre de Sherbrooke, il n’est pas réactivé », signale l’inspecteur-chef Guy Lapointe de la Sûreté du Québec.

Michel « Ti-Buck » Vallières, Christian « Fess » Ménard et Guy « Malin » Rodrigue sont les seuls membres en règle qui appartiennent au chapitre « fantôme » de Sherbrooke selon les autorités policières.

Le 15 avril 2009, l’escouade régionale mixte frappait à plusieurs endroits en Estrie et partout au Québec pour procéder à l’arrestation de 156 personnes.

À Sherbrooke, ce sont 38 individus reliés aux Hells Angels, dont tous les membres en règle et retraités, qui étaient visés par le mandat d’arrestation.

Un total de 31 individus avaient été accusés de complot pour trafic de stupéfiants, 31 de gangstérisme et 29 de complot pour meurtre et meurtres dans la région.

Le bunker en cour d’appel

La tête de mort ailée, logo des Hells Angels, était déboulonnée du tristement célèbre repaire aux toits rouges de Lennoxville.

Depuis ce temps, des arbres sont tombés sur les clôtures du bâtiment inhabité dont les taxes municipales impayées atteignent maintenant près de 50 000 $.

Une décennie plus tard, le sort du bunker du 1575 de la rue Wellington Sud n’est pas encore scellé. Sa confiscation comme produit de la criminalité fera l’objet d’un débat devant la Cour d’appel du Québec en juin prochain.

Guy Lapointe

La libération des accusations de meurtre des derniers accusés, dont plusieurs membres en règle du chapitre de Sherbrooke, en plein procès, a été ordonnée en 2015 en raison des délais déraisonnables.

Depuis ce temps, la Sûreté du Québec et ses nombreux partenaires des corps de police municipaux ont revu leur stratégie de lutte au crime organisé.

« La lutte au crime organisé demeure la priorité parce que l’on attribue aux Hells Angels presque 100 pour cent du trafic de cocaïne et de méthamphétamine au Québec », signale l’inspecteur-chef Lapointe.

La lutte au crime organisé se décline en trois axes, soit l’Escouade nationale de répression contre le crime organisé (ENERCO) qui s’attaque aux têtes dirigeantes, les Escouades régionales mixtes (ERM) qui enquêtent sur les clubs supporters responsables des divers territoires de distribution puis les réseaux plus locaux.

« Nous avons revu la façon dont les enquêtes sont faites. Les perquisitions sont séparées des arrestations. Lorsqu’elles sont faites, le dossier est prêt à procéder devant le tribunal. Dans le cadre du projet Objection mené l’an dernier par exemple, tous les accusés ont plaidé coupables sauf un », mentionne l’inspecteur-chef Guy Lapointe de la Sûreté du Québec.

Il explique que la SQ tente maintenant de compartimenter les projets d’enquête pour éviter la répétition de mégaprocès.

Si la plupart des corps de police municipaux sont actifs au sein de cette nouvelle structure, le Service de police de Sherbrooke a choisi de se retirer.

« Chaque corps de police est libre de se joindre à cette escouade. Nous respectons leur décision. Cependant, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’échanges d’informations avec les policiers de Sherbrooke ou que nous ne frappons pas dans cette ville », signale Guy Lapointe.

Prenant comme exemple le projet Orque qui s’est déroulé la semaine dernière où ce sont des membres en règle de Trois-Rivières qui étaient à la tête du trafic à Saint-Jean-sur-Richelieu et en Outaouais, le lieutenant Lapointe signale que les différents chapitres n’ont pas nécessairement de territoires définis en fonction des frontières des villes, des régions ou même des provinces.

« Les Hells Angels n’ont pas de limites territoriales et les frontières ne sont pas des obstacles. Ils tentent de prendre le contrôle du trafic dans les provinces atlantiques et même en Ontario », mentionne l’inspecteur-chef Lapointe de la Sûreté du Québec.

Dans le cadre du projet Ponce qui s’était déroulé en Estrie le 4 avril dernier, l’ERM-Estrie avait frappé à une adresse de Sherbrooke pour un réseau actif jusqu’en Beauce.