Williams Heath et Bianka Lizotte

Deux vies chamboulées à Magog

« Quand je me suis rendue à la maison, ça a adonné que l’enquêteur entrait avec moi. Il m’a pris par les bras et m’a dit “ Isabelle, tu ne mets plus les pieds ici ” », a témoigné avec une voix tremblotante Isabelle Fréchette, la propriétaire du logement qu’ont détruit Bianka Lizotte et Williams Heath en y abandonnant 9 chiens.

Les deux jeunes Magogois subissaient leur procès pour ces événements de février 2018, jeudi au palais de justice de Sherbrooke, mais aussi pour les bris de probation de Heath et pour les vols et fraudes que Lizotte a commis auprès de son ancien employeur.

« J’ai dit : “ ma maison est finie ”. Je n’ai jamais vu ça, quelque chose comme ça. L’odeur... » a partagé devant le juge Conrad Chapdelaine celle dont la propriété a subi des dommages qui avoisinent les 60 000 $.

L’enquêteur, qui souhaitait s’entretenir avec Mme Fréchette au sujet des vols et des fraudes commis par Lizotte, avait donné rendez-vous à la propriétaire au logement des accusés.

« Il y avait des excréments partout, a-t-elle continué. En nous promenant, il nous est venu une odeur, on s’est dit “ ça, c’est une odeur de mort”. » C’est à ce moment précis qu’ils auraient fait la macabre découverte de deux cadavres de chien enfermés dans un congélateur hors tension.

Céramique en morceaux, conditions insalubres, pile d’ordures dans le garage; le travail à faire était énorme pour remettre la demeure en état.

Par chance, les assurances ont pu couvrir la majeure partie des travaux nécessaires, a souligné la témoin.

Ce n’est qu’après environ un mois d’occupation et un premier versement de loyer incomplet que le couple formé par Heath et Lizotte aurait ainsi déserté l’endroit en laissant une meute de chiens saccager les lieux.

Il a dû encaisser ses REER

La voix du propriétaire du dépanneur Pie X, qui a subi les vols et fraudes à répétition de Lizotte entre mai et décembre 2017, a également résonné en salle de cour lors des représentations sur sentence de jeudi.

« J’ai travaillé cette année-là pour rien, et j’ai même reculé, a confié Éric Murray. J’ai passé près, pendant un mois, de fermer le commerce. Il y avait les créanciers, les fournisseurs, la banque. Ça cognait à ma porte de tous côtés. J’ai retiré 33 000 $ de mes REER, que j’ai ramassés toute ma vie, pour remettre le commerce sur pied. Même avec ça, je continuais de prendre l’eau. »


«  Je n’ai jamais vu ça, quelque chose comme ça. L’odeur...  »
Isabelle Fréchette

Celui qui n’a que son dépanneur comme source de revenus avait même rencontré ses employés, dont Bianka Lizotte, pour leur partager ses inquiétudes et leur demander d’ouvrir l’œil.

« Elle se montrait très empathique. [...] Elle me racontait qu’elle avait des problèmes d’argent, qu’elle avait de la difficulté à faire ses paiements. Mais tout ça, ce n’était qu’une mise en scène. »

Même si, lors de sa déclaration, Lizotte avait estimé ses vols et ses fraudes à environ 32 000 $, M. Murray et la défense ont convenu d’établir le montant à 20 000 $.

Avec la portion d’argent qu’elle a dérobé à même la caisse, elle aurait notamment acheté deux chevaux à sa sœur et un à une amie. « Je suis comme ça, c’est mon problème », a partagé Lizotte.

« Pas de remords »

« Je n’ai pas entendu de remords profonds et sincères aujourd’hui », a lancé en plaidoirie la procureure de la Couronne Me Émilie Baril-Côté. Celle-ci faisait référence aux témoignages livrés par les accusés, qui ne comportaient à son avis ni excuses ni tentatives de réparation des torts causés.

« Ce que j’ai entendu, c’est : “ on n’est pas fiers, ce n’était pas une bonne année ”. Et ce, autant de la part de M. Heath que de Mme Lizotte », a-t-elle poursuivi avant de demander des peines de détention ferme de 18 mois pour Bianka Lizotte et de 2 ans moins un jour pour Williams Heath.

L’avocat de la défense, Me Jean-Marc Bénard, a pour sa part insisté sur le sens des responsabilités et la maturité acquis par les deux accusés, qui occupent tous deux un emploi et qui demeurent aujourd’hui chez les parents de l’accusée. Il a de son côté suggéré des peines à purger en collectivité.

Le juge Chapdelaine rendra sa décision sur cette affaire le 30 août.