L’inventeur du PlexCoin Dominic Lacroix au palais de justice de Québec, le 3 mai dernier, où il fait face (de nouveau) à une accusation d’outrage au tribunal.

Des millions $ toujours cachés par l’inventeur du PlexCoin?

Dominic Lacroix a déjà été l’inventeur d’une nouvelle cryptomonnaie, le PlexCoin, si populaire que des milliers d’investisseurs lui en auraient acheté pour 15 millions $. Aujourd’hui? «On mange des cannes de conserve.» À moins qu’une partie du magot ne soit encore cachée, soupçonne l’Autorité des marchés financiers (AMF)…

Triturant un trombone, Dominic Lacroix a l’air de vouloir être n’importe où plutôt que dans une morne salle d’audience du palais de justice de Québec, à faire face — de nouveau — à une accusation d’outrage au tribunal.

À ses côtés, son avocate Me Sarah Desabrais — qu’il n’a plus les moyens de payer, dit-il — plaide avec vigueur. «Non, M. le juge, mon client n’était pas en mesure de faire une reddition de comptes. Oui, M. le juge, mon client vous dit qu’il n’a plus de cryptomonnaies en sa possession.»

Tous les biens de Dominic Lacroix, de sa conjointe Sabrina Paradis-Royer et de leurs compagnies font l’objet d’ordonnance de blocage depuis l’été 2017. L’AMF dit vouloir ainsi protéger les investisseurs.

La Security and Exchange Commission (SEC) américaine poursuit déjà Lacroix pour une fraude qu’elle évalue à 15 millions $. La SEC accuse Lacroix d’avoir vendu une nouvelle forme de cryptomonnaie, le PlexCoin, en promettant des rendements fabuleux à environ 90 000 investisseurs, américains notamment.

L’Autorité des marchés financiers a déjà annoncé devant la Cour supérieure du Québec qu’elle déposerait elle aussi des accusations pénales au cours des prochains mois contre celui qui n’a jamais eu les permis pour vendre des valeurs mobilières.

En attendant, un administrateur provisoire, la firme Raymond Chabot, a été nommé, en juillet dernier, pour gérer les possessions réelles et virtuelles de Dominic Lacroix.

Le 5 juillet 2018, vers 22h, le comptable Emmanuel Phaneuf débarque avec son équipe à la chic demeure (valeur de 1,5 million $ au rôle d’évaluation) que Lacroix s’est fait construire, rue des Manitobains dans le quartier Montagne-des-Roches, à Charlesbourg. Les policiers de Québec les assistent, avec les gyrophares allumés sur leur auto-patrouille.

Lorsque l’administrateur provisoire ordonne à Lacroix de transférer tous les Bitcoins et autre monnaie virtuelle en sa possession, ce dernier refuse. Ce n’est que le lendemain, après avoir été menacé d’outrage au tribunal et d’emprisonnement, que Lacroix fera le transfert de 3,7 millions $.

L’administrateur provisoire va saisir 26 équipements informatiques de Dominic Lacroix.

Les appareils ont été confiés à Carl Dubé, un expert informatique en juricomptabilité.

Dix mois plus tard, aucune analyse de leur contenu n’a encore été faite, a indiqué l’expert au tribunal. Plusieurs disques durs sont encryptés.

Mots de passe effacés

L’été dernier, Lacroix avait été en mesure d’inscrire un mot de passe pour faire le transfert de Bitcoins afin de se conformer aux ordres de la cour. Ce n’est plus possible, a-t-il avoué au début mai.

Lorsque Dominic Lacroix a voulu lancer le projet PlexCoin, il a opté pour la sécurité informatique maximale, dit-il.

Il a décidé d’installer des mots de passe de 15 caractères sur chacun de sa vingtaine d’ordinateurs, tablettes et téléphones portables. Des mots de passe impossibles à retenir.

À chaque fois qu’il voulait accéder à un appareil électronique, il devait donc utiliser un logiciel pour retracer le mot de passe. Lacroix s’est gardé un seul mot de passe simple pour accéder à son cloud et à son logiciel de mot de passe.

Lacroix témoigne qu’une semaine après la saisie des ordinateurs par l’administrateur provisoire, il a effacé tous ses mots de passe.

À ces mots, les avocates de l’Autorité des marchés financiers écarquillent les yeux. 

Le juge Daniel Dumais fronce les sourcils. «La journée avant la saisie, vous aviez accès à tous vos mots de passe et une semaine après, vous avez avalé la clef?» demande le juge Dumais.

Dominic Lacroix confirme gravement. «Je ne voulais pas effacer les données, je voulais seulement suivre ma procédure pour protéger les contenus.»

Vos ordinateurs étaient saisis par la justice, insiste le juge. «Je n’avais pas confiance», rétorque Lacroix.

Sans ses mots de passe, Lacroix se dit incapable de donner à quiconque l’accès au contenu de ses ordinateurs.

Mais de toute façon, ajoute-t-il, il n’a aucune trace dans ses dossiers des transactions avec les milliers de gens qui ont acheté sa cryptomonnaie et il ne peut dire combien de «sous» numériques il a pu posséder.

Encore une fois, le juge Dumais, un ancien avocat en droit commercial, l’interrompt. «Vous me dites que vous brassez des millions et quand vous faites une transaction, ça s’efface? demande le juge. Eh ben. C’est une comptabilité particulière pour un hommes d’affaires...»

L’avocate de Lacroix arrive à la rescousse. «L’objectif de la cryptomonnaie est justement de ne pas laisser de traces, de mettre l’argent à l’abri des différentes autorités fiscales et gouvernementales, rappelle Me Sarah Desabrais. Demander une reddition de comptes à M. Lacroix est illusoire.»

Encore 11,5 millions $?

Mathieu Dufresne et son frère Yan avaient été embauchés par Dominic Lacroix pour installer les planchers de céramique dans sa nouvelle demeure. Un contrat de 200 000 $. Contrairement à plusieurs fournisseurs, eux ont été payés par Lacroix, affirment-ils.

Mathieu Dufresne a dit au tribunal être convaincu que Lacroix n’a pas transféré toute sa cryptomonnaie, comme la cour le lui ordonnait.

Sa «preuve»? Un texto que Lacroix aurait envoyé le 10 septembre 2018 — après les ordonnances de transférer la cryptomonnaie — à un autre entrepreneur de Sherbrooke.

Un «Master DL» écrivait alors qu’on lui avait pris 2,5 millions $, «mais qu’il avait encore 11,5 millions $».

Dominic Lacroix nie être l’auteur de cette communication. «J’aurais pu lui faire accroire que j’avais de l’argent, suppose-t-il. Si j’ai dit ça, ce n’est pas vrai.»

Le juge Dumais a pris ce «texto» sous réserve et décidera de la fiabilité à lui accorder.

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«SÉQUESTRÉ» CHEZ LUI... AVEC DE LA NEIGE

Certains créanciers de Dominic Lacroix commencent à perdre patience. Le 14 mars dernier, un entrepreneur ayant travaillé à la luxueuse demeure de la rue des Manitobains se présente sur place avec deux fiers-à-bras. Le trio fait tomber de la neige du toit pour bloquer toutes les sorties de la résidence. Au bout d’un certain temps, l’entrepreneur entre, selon Lacroix, lui fait des menaces de mort. Le Service de police de la Ville de Québec confirme que des policiers se sont rendus chez le créateur de PlexCoin ce jour-là pour recueillir sa plainte. Selon Dominic Lacroix, aucune accusation n’a été portée. Les trois hommes ont dû signer un engagement de ne plus l’importuner. 

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DES ÉQUIPEMENTS DE MINAGE PAYÉS AVEC L'ARGENT DES PLEXCOIN

L’enquête de l’administrateur provisoire l’a mené jusqu’à un atelier mécanique du boulevard Hamel. Les comptables ont dû grimper dans une échelle pour accéder au local où Dominic Lacroix avait installé des ordinateurs pour le minage.

Avec ses compagnies en faillite et ses biens saisis, comment Dominic Lacroix faisait-il pour maintenir son train de vie fastueux? L’administrateur provisoire pense avoir trouvé la réponse en découvrant les nouveaux sites de minage de cryptomonnaie opérés jusqu’à récemment par l’homme d’affaires déchu.

En février, Dominic Lacroix a témoigné devant le tribunal que, pour gagner sa vie, il minait du Zcash, une cryptomonnaie encore plus confidentielle que le Bitcoin.

Le comptable Emmanuel Phaneuf et l’équipe de l’administrateur provisoire ont continué leur enquête pour savoir comment Lacroix a pu se payer l’équipement informatique nécessaire au minage.

Dans son rapport, M. Phaneuf affirme que Lacroix a utilisé l’argent des investisseurs du projet PlexCoin pour acheter, dit-il, 600 000 $ d’équipement nécessaire au minage.

Le comptable en arrive à cette conclusion après avoir suivi le chemin des cryptomonnaies contrôlées par Lacroix jusqu’au site Web de Bitmain, une entreprise qui vend des équipements de minage.

Emmanuel Phaneuf estime que Lacroix a transféré des Ethereums (une autre cryptomonnaie) en Bitcoins pour obtenir de l’équipement de minage après l’ordonnance qui lui interdisait d’avoir toute cryptomonnaie. 

En haut d’une échelle

L’enquête de l’administrateur provisoire l’a mené jusqu’à un atelier mécanique du boulevard Hamel. Les comptables ont dû grimper dans une échelle pour accéder au local où Lacroix avait installé des ordinateurs pour le minage. Ce local était loué par Akator, une entreprise au nom de Sabrina Paradis-Royer, la conjointe de Lacroix.

Un électricien confie à l’administrateur provisoire que Lacroix l’a payé 100 000 $ pour les installations électriques des sites de minage. Il aiguille les comptables vers un deuxième site de minage, dans une entreprise de paysagement.

Sur place, l’administrateur provisoire voit des «activités de minage très bien organisées», témoigne Emmanuel Phaneuf. 

Dominic Lacroix a témoigné que tout l’équipement de minage avait été saisi par les propriétaires des bâtiments, car il n’avait pu payer son loyer ou sa facture d’électricité, notamment après une forte chute du cours de certaines cryptomonnaie.

Il affirme n’avoir fait aucun «bas de laine» virtuel. «Le Zcash que je minais, je le vendais automatiquement», dit-il, en précisant avoir cessé de miner à la mi-décembre 2018.

Il a depuis remis aux concessionnaires ses trois véhicules Mercedes, Tesla et T-Rex.  

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EN UN MOT

Minage de cryptomonnaie: «Dans sa forme la plus abstraite, le fait de miner une cryptomonnaie consiste à fournir un service au réseau de ladite monnaie en échange d’une récompense pécuniaire. Dans le cas le plus simple, le service rendu consiste à vérifier la validité d’un ensemble de transactions. Chaque fois qu’un ensemble de transactions est validé, il constitue un bloc. Si ce bloc remplit certains critères spécifiques à la chaîne de blocs de la cryptomonnaie, il est alors ajouté au sommet de la chaîne et le “mineur” qui a constitué ce bloc est récompensé pour son travail.»

Source: Wikipédia, encyclopédie libre