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Décès d'une fillette à Granby: Après le drame, les solutions sont attendues
De nombreuses personnes sont venues déposés poupées et peluches devant la demeure de la fillette de sept ans morte de façon tragique à Granby, mercredi.

Cri du coeur d’une intervenante de la DPJ dans la foulée du drame de Granby

«Je pense qu’il faut adresser son indignation aux bonnes personnes. Que ceux au pouvoir entendent. Que les tribunaux entendent. Nos services sociaux sont en manque flagrant de ressources.»

Ces mots sont ceux d’une intervenante de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), qui a publié un long statut mercredi à la suite du décès tragique à Granby d’une fillette de sept ans retrouvée ligotée dans la maison familiale. L’enfant était connue de la DPJ depuis son tout jeune âge. 

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«L’histoire de la petite fillette de Granby est atroce. […] Je vois des gens s’insurger, avec raison, mais sans connaître ce dont ils parlent. Le but de ce texte est d’expliquer une réalité méconnue», commence So Fie, qui nous a demandé de taire sa véritable identité.

L’intervenante explique que pour avoir le temps de bien accompagner les familles, elle devrait tout au plus avoir une douzaine de cas à sa charge. 

«La réalité, c’est qu’on en a 18, 20, 22, et parfois même 25. Calculez : 25 enfants, 50 parents. Que l’on doit tous voir régulièrement. Sachez que notre travail d’intervention ne constitue qu’environ 40 % de nos tâches réelles, puisque nous avons des suivis à rédiger, des rapports, des auditions au tribunal à préparer, des consultations cliniques [à faire] afin de mieux orienter nos interventions et ainsi mieux répondre aux besoins des enfants, bref, le temps manque», expose l’intervenante, qui assure que les intervenants de la DPJ font «leur gros possible pour que nos enfants se portent bien».

Elle rappelle que la DPJ ne décide pas seule du placement ou du retour d’un enfant avec ses parents, qu’il y a «des juges qui font ce travail». «Parfois, des décisions sont prises et cela nous heurte, mais notre travail est de mettre de côté ces sentiments et de continuer d’accompagner ces familles, du mieux que nous pouvons», insiste-t-elle.

«Dans la situation de cette enfant, personne ne sait encore ce qui s’est passé. […] Il se peut qu’il y ait eu un manquement, c’est une possibilité», écrit encore l’intervenante, tout en soulignant que «ce manquement repose sur les épaules de plusieurs personnes».

«Je ne veux excuser personne, mais je souhaite que la population comprenne notre réalité. Qu’elle comprenne que si l’on pouvait décrocher la lune pour chacun de ces enfants, on le ferait. Le problème est beaucoup plus large que ça. Il y a des gens qui insultent des collègues présentement […], des gens qui appellent et engorgent les lignes […]. Vous n’appelez pas les bonnes personnes, et vous coupez présentement des enfants du temps précieux des intervenants», termine So Fie.

Agir en amont

La présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Carolle Dubé, dénonce elle aussi le manque de ressources dans le réseau de la santé et des services sociaux. 

«Quand on réduit les ressources dans les écoles, quand on réduit les services dans les CLSC, quand on coupe dans la prévention, dans la première ligne, dans ce qui nous permettrait de détecter les problèmes plus tôt et d’intervenir plus rapidement, on se retrouve avec ce qu’on voit aujourd’hui : une explosion du nombre de signalements à la DPJ et d’enfants qui sont pris en charge par la mission centre jeunesse de la DPJ, alors que cette mission-là ne devrait être que l’étape ultime», expose Mme Dubé en entrevue au Soleil.

Résultat : la pression sur les intervenants des centres jeunesse est «énorme». «On a des intervenants qui sortent de ce milieu-là parce que la charge est intenable. On se retrouve donc avec des gens qui ont moins d’expérience pour traiter des situations de plus en plus lourdes et complexes. On manque de personnel, on a des postes qui ne sont pas remplacés...» dénonce la présidente de l’APTS, qui trouve «dommage qu’on attende des drames comme celui de Granby pour parler de ça». 

«On a actuellement au Québec beaucoup d’enfants qui sont dans une situation tout à fait inacceptable, qui ne sont pas dans les bonnes ressources, qui n’ont pas de soutien, de suivi, parce que nos gens n’ont pas les ressources pour bien s’en occuper», déplore Mme Dubé.

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