Me Marie-Line Ducharme

De 7 à 14 ans de prison pour Michée Roy

Au lendemain du décès de son fils, Michée Roy avait mis l'emphase sur la rapidité avec laquelle sa conjointe devait disposer de la dépouille lorsqu'il a appris son décès en juin 2015.
Michée Roy
L'enfant de 69 jours avait été victime, le 1er janvier 2015, du syndrome du bébé secoué, maintenant appelé traumatisme crânien non accidentel (TCNA) par le corps médical. En le secouant violemment, Michée Roy avait ainsi provoqué le décès de son fils Kylen Roy le 7 juin 2015.
« Appelle ma mère, elle connaît quelqu'un pour le faire brûler au plus crisse », a relaté le chef d'unité au Centre de détention de Sherbrooke relativement aux paroles prononcées par Michée Roy.
Le père de l'enfant aurait « larmoyé » lorsqu'il a appris le décès.
Trouvé coupable d'homicide involontaire coupable de son bébé, Michée Roy a subi les observations sur la peine, mercredi, au palais de justice de Sherbrooke.
La poursuite demande une peine de 12 à 14 ans de prison, alors que la défense souhaite que l'accusé soit condamné à sept années de prison.
En mars dernier, Michée Roy a été reconnu coupable de la trame factuelle ayant mené au décès de son enfant.
La procureure aux poursuites criminelles Me Marie-Line Ducharme réclame une peine importante.
« C'est un crime excessivement grave en raison du résultat (...) Michée Roy ne s'est jamais fait entendre. Le seul facteur atténuant est qu'il a fait appel au 9-1-1», a soulevé Me Ducharme.
Elle a insisté sur le jeune âge de la victime, la perte de contrôle injustifiée de Michée Roy et sur le fait qu'il se préoccupe des conséquences que peut avoir le geste sur lui et non sur son enfant, donc de sa tendance à se victimiser.
En défense, Me Félix-Antoine Doyon a insisté sur le fait que le geste ayant mené au décès de l'enfant n'était pas prémédité.
« Oui, Michée Roy a fait preuve de violence antérieurement, mais il n'avait jamais fait preuve de violence envers un enfant. Selon la preuve circonstancielle, l'enfant n'a pas été maltraité avant l'événement. Le geste s'apparente à un enfant secoué, mais c'est un geste isolé dans le temps. Il n'y a pas de signe qu'il a été maltraité avant», plaide Me Doyon.
Ce dernier reconnaît que le geste était très grave et que l'enfant a été secoué violemment.
« Dans le cas de Michée Roy, indépendamment de son profil, ce n'est pas quelqu'un qui a volontairement utilisé la violence sachant qu'il pourrait causer la mort », estime l'avocat de la défense.
L'accusé possède de nombreux antécédents judiciaires. Il a été condamné à 59 reprises depuis 1998. Sa première condamnation remonte au lendemain de son anniversaire de 18 ans.
La juge Desgens a pris la cause en délibéré. Elle compte rendre sa décision le 25 septembre prochain.
Non-respect des autorités
En preuve sur la peine, la poursuite a voulu démontrer le non-respect des autorités carcérales et le caractère violent de Michée Roy.
La conseillère en milieu carcéral qui est responsable de l'évolution de l'accusé a déposé les rapports de manquement de Michée Roy depuis son incarcération en février 2015 où il est détenu en protection au Centre de détention de Sherbrooke.
La cote de sécurité de Michée Roy est élevée en raison des nombreux rapports disciplinaires déposés au fil du temps.
Sur les 22 manquements disciplinaires reconnus au dossier de Michée Roy, 13 sont relatifs à la violence.
Ses rencontres entreprises avec l'organisme Le Seuil en matière de violence ont été arrêtées parce que les intervenants considéraient qu'elles ne changeaient rien dans son comportement violent à l'égard du personnel carcéral et des autres personnes incarcérées. Son suivi ne changeait rien non plus en matière de violence conjugale, alors qu'il se positionne en victime.
« Michée Roy a été impliqué dans plusieurs événements où il a fait usage de violence. C'est un homme qui défie l'autorité et qui refuse d'obtempérer aux demandes du personnel. Lorsqu'il est pris sur le fait, il minimise ou nie les faits reprochés. Dans son interaction avec les codétenus, il a été impliqué dans des gestes de menaces, d'intimidation et de violence physique et verbale envers les pairs », résume la conseillère en milieu carcéral du Centre de détention de Sherbrooke appelé à la barre.
Une agente des services correctionnels au Centre de détention de Sherbrooke a recueilli une déclaration de Michée Roy qui allait à l'encontre de ses valeurs.
« Il a mentionné que pour lui les enfants de zéro à quatre ans étaient des personnes égoïstes qui ne demandaient qu'à boire et manger et qu'il n'y voyait aucun intérêt. Il sait que ce n'était pas correct, mais il m'a dit que c'est ce qu'il ressentait », a témoigné l'agente des services correctionnels.
Les demandes pour Michée Roy pour aller voir son fils à l'hôpital ou assister à ses funérailles ont été refusées par les autorités carcérales.
Le grand-père de la petite victime, Pierre Paquin, craint l'accusé et déplore que le drame ait brisé sa famille.
Une enfance difficile marquée par la violence
Michée Roy a vécu une enfance extrêmement difficile.
Une proche parente qui a été appelée à la barre lors des observations sur la peine a expliqué que le terme «enfant battu» pour décrire Michée Roy était un qualificatif faible.
«Il a été «vargé». Il a subi de la violence tant physique que psychologique (...) Son père a déjà défoncé un mur avec sa tête», a expliqué le témoin.
Elle estime que les excès d'agressivité de Michée Roy pourraient être des conséquences d'un grave accident qu'il a subi dans le passé.
«Il s'est servi de la violence dans sa vie même si je suis contre ça. Mais ça ne veut pas dire que c'est une mauvaise personne», a souligné ce membre de la famille de Michée Roy.
Son avocat Me Félix-Antoine Doyon a mentionné que son client avait demandé de suivre une thérapie pour traiter ses problèmes de violence.
Ni Michée Roy ni sa conjointe, qui a assisté à toutes les procédures judiciaires, n'ont témoigné lors des observations sur la peine, même si trois témoins avaient été annoncés au départ par la défense.
Famille de la mère
L'oncle et le grand-père de Kylen Roy, l'enfant victime dans cette triste affaire, André et Pierre Paquin ont déposé des lettres au tribunal pour décrire les conséquences du crime.
Ils gardent une crainte envers Michée Roy.
«Nous ne savons pas ce qu'il va pouvoir nous faire à sa sortie de prison», a expliqué Pierre Paquin.
«Je crains pour ma sécurité et celle de ma famille. J'ai vraiment peur. Je souhaite qu'une interdiction de contact soit émise à vie», indique André Paquin.
Des accusations de menaces ont été portées contre Michée Roy, mais il n'a pas été trouvé coupable.
Pierre Paquin déplore que l'homicide involontaire coupable de l'enfant ait brisé sa famille notamment parce que sa fille, la conjointe de Michée Roy, a choisi son camp envers l'accusé.
«Ma fille m'a crié des insultes au palais de justice. Elle a complètement coupé les liens, ce qui me fait très mal», soutient Pierre Paquin.