Le Conseil d’éthique de l’industrie québécoise des boissons alcooliques dénonce des promotions faites dans des bars pour inciter la clientèle à la consommation excessive.

Consommation alcoolique : le Conseil d’éthique dénonce la P’tite Grenouille

Le Conseil d’éthique de l’industrie québécoise des boissons alcooliques a reçu 20 plaintes en 2017, dont une vise un établissement licencié situé à Sherbrooke.

Il a en effet été reproché à la P’tite Grenouille de promouvoir la consommation excessive déguisée en responsabilité sociale. Sous le prétexte de lutter contre la conduite avec facultés affaiblies, la P’tite Grenouille du centre-ville de Sherbrooke a fait installer des alcootests à la sortie de l’établissement en invitant ses clients à « péter » plus haut chaque soir.

Selon Claude Béland, président du Conseil d’éthique, les promotions croisées pour contourner allègrement le prix minimum de la bière semblent désormais être la norme. « Des producteurs, Four Loko et FckdUp en tête, ont rivalisé d’imagination pour se situer à la frange de la législation. Des bars poussent l’indécence jusqu’à déguiser des événements de promotion de la consommation excessive en gestes de responsabilité sociale tandis que l’État demeure totalement indifférent à cette situation scandaleuse », note l’organisme dans un communiqué de presse.

« En onze ans d’existence, il y a certes eu d’immenses progrès, mais nous observons plus que jamais aussi des reculs que l’on peut assurément attribuer en bonne partie à l’État québécois dont l’indifférence, le laxisme et le manque de sensibilité aux problèmes liés à l’alcool permettent toutes les dérives et justifient l’injustifiable. Il est déplorable que le premier responsable de notre vie collective néglige à ce point de faire le minimum que l’on puisse en attendre; faire respecter l’esprit comme la lettre de ses lois, à défaut de faire adopter celles dont le besoin est criant », a déclaré Me Béland.  

En 2017, le Conseil d’éthique a traité 20 plaintes provenant de 28 personnes et organismes, une augmentation significative par rapport à 2015, alors que 11 plaintes provenant de 13 personnes et organismes avaient été étudiées.

« Deux aspects peuvent expliquer cette augmentation marquée du nombre de plaintes. Le premier est que, plus que jamais, certains intervenants se plaisent à jouer avec la législation en vigueur et à la contourner, ce qui est une mauvaise nouvelle. Le deuxième est que la population est plus sensible aux comportements non éthiques, ce qui est une bonne nouvelle », a commenté Me Béland.  

Le Conseil d’éthique de l’industrie québécoise des boissons alcooliques a rendu public lundi son onzième rapport annuel sur les pratiques des membres de l’industrie en matière de communication, de commercialisation et de promotion de l’alcool. Il y indique que 2017 aura été celle de tous les excès.

Malgré tout, la lumière apparaît au bout du tunnel et plusieurs signes permettent d’espérer une amélioration pour l’avenir.

Des initiatives positives commencent à voir le jour. Le Conseil salue deux d’entre elles qui ont été portées à son attention et y voit des signes des plus encourageants. Le Conseil cite la microbrasserie le Siboire qui, alors qu’elle avait été blâmée en 2010 pour avoir encouragé la consommation excessive, fait désormais la promotion de la consommation modérée et responsable.

Il souligne également les efforts de la chaîne d’épicerie Metro qui, si elle recourt comme ses concurrents aux promotions croisées pour contourner le prix minimum de la bière, n’en a pas moins décidé de son propre chef de ne plus vendre la Four Loko et la FckdUp, deux produits vivement dénoncés par le Conseil.  

« Ces initiatives sont porteuses d’espoir. Elles ne sont pas les seules et il y a assurément un peu partout des citoyens et des organisations qui prennent conscience de la nécessité de remettre l’éthique au cœur de notre vie collective », souligne l’organisme.