Les noms de neufs pères distincts, tous des présumés agresseurs sexuels, apparaissent dans une nouvelle demande de recours collectif visant le Collège Servites.

Collège Servite : le nombre de religieux soupçonnés grimpe

Le nombre de victimes et d’agresseurs allégués a rapidement grimpé depuis le dépôt de la demande d’action collective visant la congrégation des Servites de Marie, il y a trois semaines environ. Les nouvelles dénonciations ont amené le cabinet d’avocats Kugler Kandestin à déposer une seconde version de sa demande en Cour supérieure.

Dans la première version de la demande d’action collective, une victime présumée, un homme aujourd’hui âgé dans la cinquantaine, soutenait que le père Jacques Desgrandchamps l’avait agressée sexuellement à de nombreuses reprises durant son adolescence.

La seconde version de la demande pointe quant à elle un total de neuf pères qui auraient commis des agressions sexuelles au Collège Servite, situé à Ayer’s Cliff. Un total de quelque vingt victimes ont contacté Kugler Kandestin pour raconter les sévices que ces derniers leur auraient infligés.

La nouvelle version du texte fait valoir que le père Bernard Lajeunesse allait «souvent chercher des enfants au dortoir pour les amener dans sa chambre». Il aurait enseigné différentes matières au pensionnat.

Un élève aurait notamment été agressé à de nombreuses reprises par le père Lajeunesse. Ce dernier aurait commencé en effectuant de «simples attouchements, puis des fellations jusqu’à ce que, un soir, il tente de le sodomiser. L’enfant de 12 ans serait alors parti de la chambre en pleurant et en criant dans l’aile des pères.»

Par la suite, même s’il n’avait raconté cet épisode traumatisant à personne, l’enfant aurait été convoqué dans le bureau du directeur général, lequel l’aurait enjoint d’oublier ce qui s’était produit sans quoi on l’expulserait de l’école. Il n’aurait pas été réadmis au Collège Servite l’année suivante.

Bernard Lajeunesse aurait enseigné durant 27 ans au Collège Servite. Il serait par la suite devenu vicaire au sein de différentes paroisses dans la région de Montréal.

Un autre élève se serait fait masturber à maintes reprises par le père André Cotton, dont la chambre était attenante au dortoir des pensionnaires. Au bout d’un certain temps, cet adolescent aurait «eu le courage de dire à son agresseur d’arrêter». Son intervention aurait eu pour conséquence qu’on lui retire le droit de poursuivre ses études au Collège Servite en quatrième secondaire.

Selon les informations contenues dans la demande de recours collectif, André Cotton accueillait souvent des adolescents de première, deuxième et troisième secondaire dans sa chambre. Il aurait œuvré pendant au moins deux décennies au Collège Servite avant de quitter le Canada pour devenir missionnaire en Afrique.

Dans sa demande, Kugler Kandestin émet l’hypothèse que plus de cent anciens élèves ont subi des agressions sexuelles au Collège Servite.

L’avocat Robert Kugler estime que la nouvelle version de la demande de recours collectif est «sûrement plus forte» parce que plus étoffée que la première. Il croit également qu’en nommant publiquement les noms de nouveaux agresseurs présumés son cabinet encouragera des victimes supplémentaires à sortir de l’ombre.

D’après les informations obtenues par La Tribune, trois des religieux ciblés par la nouvelle demande d’action collective, dont le père Lajeunesse, sont déjà décédés. Ceux qui sont toujours en vie auraient été relevés de leur «ministère pastoral» sur-le-champ une fois les allégations rendues publiques.

Par voie de communiqué, les Servites de Marie ont assuré, vendredi en fin de journée, «traiter cette affaire avec la plus grande attention et condamner tout comportement abusif de nature physique, psychologique ou sexuelle. Commes les tribunaux ont été saisis d’une requête, nous réserverons nos commentaires pour la cour»,