Claude-Auguste Piant lors de son arrestation.

30 mois de prison pour Piant

Claude-Auguste Piant, ce Français de 62 ans qui était venu au Québec pour entreprendre une relation avec une adolescente de 15 ans, a été condamné, lundi, à 30 mois de prison à Sherbrooke.
Après réflexion sur la suggestion commune des avocats au dossier, la juge Claire Desgens de la Cour du Québec a accepté la peine où Piant devra purger encore 25 mois et demi, une fois la détention provisoire déjà purgée retranchée.
La juge a indiqué que le crime reconnu par Piant pouvait s'apparenter en quelque sorte à du tourisme sexuel.
« Bien que clémente, cette peine m'apparaît raisonnable, justifiée et appropriée même si elle aurait pu être plus élevée », a indiqué la juge Desgens.
Claude-Auguste Piant est détenu depuis le lendemain de son arrivée au Canada.
Le Français d'origine a admis sa culpabilité aux accusations de leurre informatique, d'incitations à des contacts sexuels et de contacts sexuels sur une personne âgée de moins de 16 ans, de même que de production et de possession de pornographie juvénile et d'avoir transmis du matériel sexuellement explicite à une personne de moins de 18 ans.
En présentant cette suggestion commune avec l'avocat de la défense Me Jean-Guillaume Blanchette, la procureure aux poursuites criminelles Me Joanny Saint-Pierre a tenu compte du fait que la victime n'aura pas à venir témoigner.
Les avocats et le tribunal ont également tenu compte du plaidoyer de culpabilité rapide, des remords et des regrets de l'accusé ainsi que de la jurisprudence en semblable matière.
« Une fois que la peine de mon client sera expirée, il devrait se voir interdit de territoire au Canada en vertu de la Loi sur l'immigration et sera expulsé du pays. Il ne pourra remettre les pieds au pays », explique Me Jean-Guillaume Blanchette.
Les faits reprochés à Claude-Auguste Piant se sont produits entre mai 2015 et septembre 2016, après sa rencontre virtuelle avec une adolescente de 14 ans de Sherbrooke sur un site de jeu en ligne.
Originaire de la région de la Lorraine en France, Piant a été arrêté au lendemain de son arrivée à Sherbrooke, sur le terrain de la résidence familiale de l'adolescente. Depuis son arrestation le 11 septembre dernier, il se retrouve derrière les barreaux pour diverses accusations de nature sexuelle relative à l'adolescente maintenant âgée de 15 ans.
Claude-Auguste Piant a confirmé à une enquêteuse du Service de police de Sherbrooke qu'il était prêt à avoir une relation sexuelle complète avec l'adolescente qu'il était venu rejoindre à Sherbrooke même s'il la savait mineure.
L'accusé a manifesté l'intention de suivre une thérapie derrière les barreaux afin de comprendre ce qui a pu le pousser, lui un homme dans la soixantaine, à tomber amoureux d'une adolescente et à l'entraîner dans cette spirale virtuelle.
Rappelons que selon les motifs du mandat de perquisition émis pour fouiller le logement que Piant avait loué à Sherbrooke, et dont La Tribune a obtenu copie, l'accusé explique être tombé amoureux de l'adolescente après six mois de relation virtuelle.
Sur son profil Facebook le 6 septembre, Claude-Auguste Piant avait annoncé son départ vers le Canada.
« Vous êtes un dangereux prédateur »
« Comment avez-vous pu manipuler autant ma fille ? Vous êtes un dangereux prédateur. »
La mère de l'adolescente de 15 ans victime de Claude-Auguste Piant a livré le fond de sa pensée avant l'imposition de la peine au délinquant sexuel.
Lors d'un émouvant témoignage au tribunal, elle a exprimé les conséquences des gestes criminels de Piant sur sa fille et sa famille.
Tant la victime que sa mère sont suivies par des psychologues.
« Ma fille avait un brillant avenir. Depuis cet incident, elle refoule ses sentiments et ne veut pas en parler. C'est la loi du silence. Trois mois, c'est très long », a exprimé la mère, dont le courage a été souligné par la juge Claire Desgens de la Cour du Québec.
Revenant sur les événements et la relation virtuelle avec Piant, la mère de famille a mentionné qu'elle avait toujours fait confiance à sa fille.
« Vous avez créé chez une adolescente de 15 ans de l'anxiété, de la peur, de l'isolement, de la confusion et un refoulement d'émotions [...] Vous avez suivi vos bas instincts, vos besoins primaires. Pour nous, cette histoire ne sera jamais finie », a exprimé la mère de la jeune victime.
Dans la lettre, cette mère de famille a mentionné qu'elle appliquerait la devise du Québec, « Je me souviens », envers le criminel français.
« Vous êtes un être ignoble. Nous allons nous rappeler de vous, Monsieur Piant. »
La juge Desgens a souhaité à la famille de la victime de pouvoir rebâtir une bonne relation avec leur fille.
La procureure aux poursuites criminelles Me Joanny Saint-Pierre a lancé un message général concernant les crimes de nature sexuelle sur Internet.
« Dans les dossiers de leurre informatique, nous avons tendance à penser que ce n'est pas dommageable parce que ça se passe derrière un écran, ce qui est totalement faux. Les conséquences pour cette famille et cette jeune fille ont été énormes. Ça peut avoir comme conséquence de faire éclater des familles à plusieurs niveaux. Les impacts émotionnels et physiques sont énormes chaque fois et c'est comme ça dans tous les dossiers de leurre informatique [...] Aucune peine ne pourra ramener ce que la plaignante, ses parents et la famille ont perdu », estime Me Saint-Pierre qui rappelle que la famille de la victime a été consultée avant que la suggestion commune de 30 mois soit présentée au tribunal.
Claude-Auguste Piant a présenté ses excuses à la victime et à sa famille.
Sortant de son mutisme pour la première fois depuis le début des procédures, il a soutenu ne pas être venu au Canada pour des raisons sexuelles.
« Le virtuel est parfois dramatique [...] J'en avais rien à foutre du sexe. Je voulais avoir du bonheur avec cette jeune fille et découvrir le Québec. Je m'excuse pour ce que j'ai fait », a mentionné Piant, qui n'a pu retenir ses sanglots.
En imposant la peine, la juge Desgens s'est exprimée directement à l'accusé.
« Ici, toutes les formes de crimes sexuels avec des enfants sont très graves et traitées de façon sérieuse. Vous avez porté atteinte à l'intégrité sexuelle d'une adolescente à une période cruciale de son développement », a mentionné la juge Desgens en rappelant qu'il y avait une certaine forme de préméditation dans ce crime où Piant a tout quitté en France pour venir rejoindre une adolescente de 15 ans.