Le Cowansvillois Yannick Denis s’est vu imposer des peines totalisant 45 mois, mais équivalant à 20 mois en étant purgées de façon concurrentes.
Le Cowansvillois Yannick Denis s’est vu imposer des peines totalisant 45 mois, mais équivalant à 20 mois en étant purgées de façon concurrentes.

20 mois à l’ombre pour un trafiquant de drogue

Un trafiquant de drogue de Cowansville passera les 20 prochains mois derrière les barreaux, après quoi il sera sous probation pendant trois ans.

Yannick Denis avait plaidé coupable à quatre accusations reliées au trafic de stupéfiants, c’est-à-dire d’avoir possédé, dans le but de les revendre, 892 comprimés de méthamphétamine, 92 comprimés d’ecstasy, 104 comprimés d’alprazolam (Xanax) et un comprimé d’hydromorphone. Une perquisition avait eu lieu à son domicile de Cowansville en mai 2018, où un montant de 1730$ en argent liquide avait aussi été saisi, une somme obtenue par la vente de drogue.

Pour déterminer la peine à imposer à l’accusé âgé de 31 ans, le juge Serge Champoux a notamment consulté un rapport présentenciel faisant état du décès de son père alors qu’il est adolescent, et de la relation conflictuelle qu’il entretiendra par la suite avec sa mère avant d’être placé en centre d’accueil. «Le rapport parle de rancune, de sentiment d’abandon, d’émotions négatives en rapport avec sa mère», indique le document.

Si la consommation d’alcool et de drogues de l’accusé a commencé alors qu’il était adolescent, elle augmentera de façon significative lorsqu’il atteindra l’âge adulte et qu’il se mettra à fréquenter des «personnes consommatrices et aux valeurs laxistes», révèle aussi le rapport.

Celles-ci auront d’ailleurs une influence marquée sur M. Denis, décrocheur en raison de difficultés d’apprentissage et de l’intimidation subie en milieu scolaire. «Son mode de vie est plutôt oisif. Il travaille très peu, ou alors quelques fois dans des emplois non déclarés. Autrement, il est prestataire de l’État», note le juge Champoux.

Le juge sévère vis-à-vis l’accusé

Le juge Champoux n’a pas pris la situation à la légère, rappelant que le crime commis par Yannick Denis pouvait être punissable de l’emprisonnement à vie. Compte tenu des circonstances, la Couronne réclamait une peine de prison de 20 à 22 mois alors que la défense estimait que 90 jours derrière les barreaux, suivis d’une probation et de 240 heures de travaux communautaires, étaient bien suffisants.

Or, bien qu’il ne semble être affilié à aucune organisation criminelle connue, il est impossible que l’accusé fabrique lui-même la drogue qu’il possédait en grande quantité, a rappelé le magistrat, qui s’est montré sévère face au trentenaire toutefois en voie de reprendre sa vie en main, ayant procédé à «un certain assainissement de son réseau social» et s’étant installé chez un ami qu’il considère comme une influence positive. Il aurait également cessé toute consommation de drogue, sans aucune aide, et serait ouvert à suivre une thérapie, au besoin.

«Ces éléments sont toutefois récents et l’accusé demeure influençable, surtout dans la mesure où la quasi-totalité de ses nouvelles dispositions semble liée à l’influence positive de l’ami qui l’héberge», relève le juge.

«Il aurait cessé sa consommation de drogue, selon ce que j’en retiens, sans aide et sans thérapie. Si sa situation était aussi sérieuse, c’est-à-dire qu’il consommait depuis aussi longtemps, autant de drogue et avait un problème d’une telle ampleur, je suis surpris qu’il ait pu y mettre fin aussi facilement, ajoute le magistrat. De même, s’il lui était possible de cesser aussi abruptement sa consommation, pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt?»

Le juge mentionne que les anciens toxicomanes ayant réussi leur réhabilitation et ayant réintégré le marché du travail sont des «actifs pour la société». Compte tenu de son mode de vie oisif, «Yannick Denis, tel que décrit précédemment, fait difficilement partie de cette tranche de la société», indique du tac au tac M. Champoux.

L’accusé aurait principalement vendu de la drogue pour des raisons financières, entre autres pour payer sa propre consommation de drogue. Le rapport mentionne toutefois que l’introspection de l’accusé face aux activités illicites auxquelles il s’est livré était «embryonnaire» et qu’il minimisait les conséquences de ses gestes.

Un risque de récidive est donc toujours possible, stipule le rapport présentenciel, alors que M. Denis présente quelques antécédents criminels remontant aux années 2012 et 2013, pour possession de drogue ainsi que pour un vol et un complot, infractions lui ayant valu des amendes.

«Une personne qui est devenue elle-même un esclave de la drogue ne peut plus se contrôler et même sa capacité de résister à la tentation de se livrer à ce type de trafic en est certainement teintée», nuance l’homme de loi, qui a choisi d’imposer des peines totalisant 45 mois, mais équivalant à 20 mois en étant purgées de façon concurrente.