Michel Parent (à gauche) et Jacques Roy (à droite) sont devenus de grands amis à 75 ans grâce au programme d’Accompagnement personnalisé d’intégration communautaire du Centre de recherche sur le vieillissement.

Jumelé à une personne avec une déficience visuelle

Michel Parent a trouvé bien plus que de l’aide en participant à un programme de jumelage pour les aînés au Centre de réadaptation de l’Estrie (CRE). Il a trouvé un ami pour la vie en la personne de Jacques Roy.

Cette rencontre est venue de façon inattendue pour M. Parent.

« On m’a avisé qu’un Jacques Roy venait chez moi, raconte l’homme de 75 ans avec une déficience visuelle. Je ne savais pas qui c’était et je me suis même renseigné auprès de la responsable des bénévoles. Jacques est venu le lendemain et depuis ce temps, il m’a énormément aidé. »

Le programme d’Accompagnement personnalisé d’intégration communautaire (APIC) du Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie-CHUS consiste à aider les aînés avec une déficience visuelle. Un bénévole les accompagne à raison de 3 heures par semaine pour faire différentes activités comme aller manger au restaurant ou faire une marche. C’est grâce à ce programme mis sur pied avec le CRE que Michel et Jacques se sont rencontrés.

« Il m’a aidé psychologiquement juste en ayant quelqu’un avec qui jaser, souligne M. Parent. On s’est lié d’amitié presque en se voyant. On a jasé et c’est comme si on se connaissait depuis longtemps. Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu un ami. Je vis seul, mais avec Jacques maintenant je ne me sens plus seul. »

« J’ai été beaucoup aidé quand j’étais jeune et maintenant c’est à mon tour de le faire, résume Jacques Roy, lui aussi âgé de 75 ans. Au début je me sentais bizarre, mais à mesure que ça avançait je me disais que c’était tellement simple, tellement naturel. J’avais l’impression de ne rien faire et profiter de Michel. Ç’a abouti en une amitié plaisante. »

Le programme de jumelage est terminé depuis plusieurs mois, mais les deux hommes passent encore beaucoup de temps ensemble.

« On fait plusieurs petites choses, explique Jacques Roy. Je pense à un pique-nique par exemple. C’est nono, mais ça change le mal de place. On a fait quelques petits voyages aussi. »

« Quand j’ai des problèmes avec mes impôts, Jacques s’en occupe, lance Michel Parent avec le sourire. Jacques m’a permis de rencontrer un vieil ami à Coaticook aussi. Les liens d’amitié ne sont pas obligés de se faire à 15 ou 20 ans, ils peuvent encore être créés à 75 ans. »

Vers l’autonomie

En plus de celui entre Michel Parent et Jacques Roy, sept autres jumelages ont été mis en place entre septembre 2017 et août 2018. La période d’étude a été concluante si bien que des jumelages sont désormais faits à l’extérieur du cadre de recherche. Il y en a même quatre qui sont déjà en cours.

« Le projet de recherche a vraiment permis d’implanter une nouvelle intervention au Centre de réadaptation, souligne Caroline Pigeon, docteure en neuropsychologie. L’étude a montré que d’être accompagné pendant plusieurs mois a amélioré la qualité de vie, la pratique de loisir et d’activités sociales ainsi que le bien-être et la mobilité des aînés. Le sentiment d’être important pour quelqu’un m’a été rapporté par plusieurs aînés et aussi celui d’avoir envie de prendre plus soin de soi parce qu’on attend quelqu’un une fois par semaine. »

Le jumelage est d’une durée limitée, ce qui met l’accent sur le développement de l’autonomie de la personne aînée.

« On vise la pratique d’activités même après l’intervention, confirme Caroline Pigeon. À l’inverse des visites d’amitié par exemple, on encourage les bénévoles à faire sortir les aînés de chez eux. Ce n’est pas mieux que les visites, c’est juste une approche différente qui ne s’adresse pas aux mêmes personnes. »

Les CRE est d’ailleurs toujours à la recherche de bénévoles pour les jumelages.