Le padre Alain Larochelle, aumônier pour la Légion royale canadienne, accompagné de l’archevêque Mgr Luc Cyr de l’archidiocèse de Sherbrooke, ont présidé la cérémonie devant une basilique-cathédrale Saint-Michel presque comble.

Jour du Souvenir: des histoires aussi douloureuses que nombreuses

Les commémorations du jour du Souvenir à Sherbrooke ont encore une fois soulevé des histoires aussi douloureuses que nombreuses. Alors qu’elles revêtaient cette année un caractère spécial pour les 75 ans du débarquement de Normandie, elles ont aussi été l’occasion de rêver d’un jour où ces sacrifices ne seront plus nécessaires.

Les cadets et régiments de la ville se sont mobilisés, dimanche, pour tenir une parade officielle qui les a d’abord menés jusqu’au cénotaphe de la rue King. Au pied du monument, des couronnes commémoratives ont été déposées par différentes organisations afin de saluer les soldats tombés à la guerre. Le cortège a ensuite emprunté la rue Wellington Nord où un dais d’honneur était installé pour que les dignitaires reçoivent le salut des troupes.

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Juste avant la parade, le capitaine Alain Larochelle, padre, aumônier pour la Légion Royale Canadienne et invité d'honneur, accompagné de l’archevêque Mgr Luc Cyr de l’archidiocèse de Sherbrooke, ont présidé une cérémonie devant une basilique-cathédrale Saint-Michel presque comble.

« Il y a eu des guerres atroces, il y en aura encore, a prononcé Mgr Luc Cyr lors de son homélie. Il y en aura le moins possible j’espère, mais les temps de guerre marquent toujours des populations entières. [...] Nous ici, cet après-midi, en ce jour du Souvenir, nous partageons un même désir qu’un monde de paix s’établisse. Et c’est à chacun et chacune de nous de vivre, de jouer son rôle au niveau municipal, provincial, fédéral; à tous les niveaux de services et d’autorités, pour que la paix règne. Pour que les familles soient réunies et en paix. Nous ici, en ce jour du Souvenir, nous ne pouvons pas oublier les 65 millions déplacés dans le monde actuellement. »

Enseigner avec les histoires de guerre

Réserviste depuis 30 ans, le lieutenant-colonel Martin Barrette, commandant adjoint du 4e groupe des services de santé des forces armées canadiennes, conjugue sa vie de militaire et son métier d’enseignant en philosophie au Cégep de Sherbrooke. Ses expériences passées, notamment lors de missions en Bosnie-Herzégovine et en Afghanistan, lui permettent d’aborder avec ses étudiants la matière sous une autre perspective.


« Ce n’est pas toujours parfait, mais c’est nettement mieux ici qu’ailleurs dans le monde. »
Martin Barrette

« J’aborde avec eux les thèmes des droits et libertés, indique le Coaticookois. Je leur montre des exemples que j’ai vécus dans le passé et ainsi de suite. Je peux leur parler de la misère que j’ai pu voir à l’étranger. Ce que j’ai vu en Afghanistan, ce que j’ai vu en Bosnie, je suis capable d’en parler avec les étudiants et c’est du concret, ce ne sont pas de fausses nouvelles. »

La pertinence d’occuper des fonctions militaires est toujours bien présente pour celui qui se remémore avec le sourire la différence qu’il a pu faire ailleurs, malgré la difficulté des environnements qu’il a côtoyés.

« C’est d’aider à assurer la sécurité de nos voisins, de notre famille, de notre pays. On est chanceux puisqu’on est dans un pays ou les droits et libertés sont accordés à tout le monde. Ce n’est pas toujours parfait, mais c’est nettement mieux ici qu’ailleurs dans le monde », explique-t-il en rappelant qu’il est important de reconnaître que les différentes guerres font encore de jeunes vétérans au pays.

Trois frères, deux couronnes

Ce jour du Souvenir en était un particulier pour Nathan Chouinard et ses frères Loïc-Augustin et Louis-Félix. Si Nathan, 11 ans, avait été désigné pour porter la couronne des Amputés de Guerre jusqu’au bas du cénotaphe, ses deux frères ont sauvé la mise pour transporter la couronne orpheline de la Légion canadienne — filière 010, fils et filles.

Nathan voyait cette première expérience comme l’occasion d’honorer l’organisme qui le soutient au quotidien, lui qui compose avec une maladie génétique rare, l’ectrodactylie.

Ses mains et ses pieds présentent ainsi des malformations, mais rien qui l’empêche d’envisager joindre les cadets. « Je me débrouille quand j’ai des problèmes », dit-il d’un ton confiant.

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Alphonse Pelletier, vétéran de la Guerre de Corée, a toujours refusé de tuer.

Alphonse Pelletier: refuser de tuer, dans l’armée

 « Je ne me sentais pas capable de tuer », confie le vétéran de la guerre de Corée Alphonse Pelletier. Bien connu pour son sens des convictions, le Sherbrookois de 89 ans a même écopé de 24 heures d’enfermement lorsque le temps a été venu pour lui de désobéir aux forces armées canadiennes. 

« Lorsque je me suis enrôlé, la guerre n’était pas encore déclarée, explique-t-il. J’étais orphelin, j’avais toujours aimé être en groupe, c’est pour ça que je suis entré dans l’armée », explique le Pistolois d’origine, quelques heures après avoir procédé à la mise au jeu de la partie du Phœnix contre l’Armada, dimanche après-midi, à l’occasion du jour du Souvenir. 

Quand il a appris que son groupe, le 1er Bataillon Royal 22e Régiment, serait déployé en Corée, ses camarades lui ont conseillé de discuter avec son commandant. C’est ainsi qu’il l’a confronté.  

« Au bout de 24 heures de détention, ils ont discuté de mon cas. Mon dossier était là pour prouver que j’étais un bon soldat. Ils ont voulu savoir si c’était parce que j’avais peur. J’ai répondu à mon commandant : “ Avec tout le respect que je vous dois, je n’ai pas plus peur que vous et j’ai aussi peur que vous. ” Il a été très compréhensif, et il m’a demandé si je voudrais venir quand même s’il m’offrait un poste de brancardier. J’ai accepté et ça faisait l’affaire de tout le monde. »  

Au printemps 1952, à 22 ans, M. Pelletier a donc quitté le pays pour atterrir en plein conflit entre les deux Corées. « Je ne regrette pas. Ça a été une formation formidable », indique celui qui a vécu une année de camaraderie qu’il se rappellera toujours. 

Il se souvient encore plus vivement des moments difficiles, comme lorsqu’il a secouru un grand ami souffrant de blessures superficielles, mais qu’un éclat d’obus oublié dans sa plaie a brusquement emporté le lendemain. « En l’emportant à la base, il m’avait dit : “ en revenant au Québec, il faut que tu viennes me voir chez moi. Comme dans le temps ”. J’ai rêvé à lui pendant des années. Il me demandait pourquoi je n’étais pas venu. » 

Il se remémore aussi sa première journée là-bas lorsqu’un brancardier, qui terminait sa mission le lendemain, a offert à un ami de récupérer un soldat blessé à sa place. « Ça ne faisait pas dix minutes qu’il était parti qu’un obus est tombé directement sur son ambulance. C’est le genre de chose qui nous pogne. On a beau dire que c’est notre travail, mais on ne sait pas ce qui va nous arriver. » 

À son retour, il a milité une dizaine d’années auprès de Vers demain, un organisme revendiquant une réforme économique.

« C’est vraiment ça qui m’a aidé. J’avais une petite amie avant de partir et quand je suis revenue, elle s’était mariée avec un autre », raconte-t-il.

L’organisme lui a même offert une autre chance d’aimer. Il y a rencontré son épouse actuelle, avec qui il fête cette année 55 ans de vie commune.