JEVI croit être en mesure de répondre à tous les appels qu’elle recevra au cours des prochaines semaines.
JEVI croit être en mesure de répondre à tous les appels qu’elle recevra au cours des prochaines semaines.

JEVI suffit à la demande, mais craint pour son financement

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
L’appel du premier ministre François Legault de ne pas hésiter à demander de l’aide psychologique si le poids de l’isolement se fait trop important n’a pas provoqué de flambée dans la nombre d’appels acheminés au centre de prévention du suicide JEVI à Sherbrooke. La directrice générale Tania Boilar, qui s’attend néanmoins à un plus grand nombre d’appels dans les prochaines semaines, s’inquiète moins pour la capacité de réponse de son organisme que pour son financement.

« Normalement, on s’apprêtait à lancer notre campagne de financement qui nous permet annuellement de recueillir 115 000 $. Cette somme nous permet de garder les intervenants en poste. C’est 50 % de nos revenus annuels. On se demande quel impact ça aura. »

Au centre d’appels, une dizaine d’intervenants sont actuellement en poste. Ils parviennent à répondre à tous les appels, dont le nombre n’a pas augmenté encore depuis le début de la crise. « J’ai l’impression que les gens sont en train de s’organiser. Ils sont actifs. Mais ceux qui nous joignent nous parlent beaucoup de la situation actuelle. Dans les prochaines semaines, j’anticipe une hausse importante des appels. Nous n’avons pas de problèmes de ressources humaines parce que nous avons pas mal restreint tous nos services à la ligne téléphonique. »

Tania Boilar rappelle qu’il ne faut pas hésiter à téléphoner en cas de besoin. « C’est un bon moment pour diffuser des messages de prévention, de dire qu’il ne faut pas hésiter à demander de l’aide. Ça peut faire toute la différence du monde. C’est un petit pas qui peut être gênant au début, mais ce n’est pas menaçant. Nous répondons 40 heures par semaine. C’est notre travail de le faire. »

Tania Boilar

Le seul frein aux services pourrait être une contamination de ces intervenants, qui ne peuvent pas, pour le moment, faire du télétravail. « Nous sommes en train de bâtir un plan avec un comité d’urgence qui regroupe tous les centres de prévention du Québec. Notre partenaire, Info Sociale (8-1-1 option 2), prend beaucoup de nos appels, entre autres le soir et la fin de semaine, et nous donne un bon coup de main. Technologiquement, ce serait un défi de travailler à distance parce que notre système téléphonique fonctionne en cascade. Quand la première ligne est occupée, l’appel est basculé sur la deuxième ligne, ensuite la troisième. C’est difficile à organiser à plusieurs adresses différentes, sur des cellulaires. Nous regardons comment nous pouvons y arriver. »

C’est sans compter l’enjeu de la confidentialité. « Quand on est seul à répondre à un appel à la maison, il est plus difficile de réagir rapidement si on a besoin de contacter les policiers, par exemple. Il y a beaucoup d’enjeux éthiques. Je ne suis pas prête à dire qu’on passe au télétravail demain. »

L’éthique, c’est aussi de modifier le mode d’intervention. Par exemple, sachant qu’une personne peut être gênée de s’exprimer, de chez elle, en présence de membres de sa famille, les questions pourraient être différentes, plus fermées qu’à l’habitude. « Normalement, on évite les questions qui ne se répondent que par oui ou par non. Mais si on sent que c’est la meilleure façon de communiquer, nous nous adapterons à la situation. »

Enfin, le projet de centre de crise se retrouve en suspens pendant la pandémie de COVID-19, mais Tania Boilar ne laissera pas tomber le morceau. « Je vais me faire porteuse du dossier auprès du CIUSSS dès que la crise sera terminée. »

Si vous ressentez le besoin de parler ou de demander de l’aide, vous pouvez joindre JEVI au 819 564-1354.