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Tommy Brochu
La Tribune
Tommy Brochu
Les gens de Q&T Recherche n’ont pas voulu qu’un photographe m’accompagne au vaccin, puisque la couleur entre le vrai produit et le placebo divergent. Il y aurait donc eu un risque de savoir quel produit m’a été injecté.
Les gens de Q&T Recherche n’ont pas voulu qu’un photographe m’accompagne au vaccin, puisque la couleur entre le vrai produit et le placebo divergent. Il y aurait donc eu un risque de savoir quel produit m’a été injecté.

J’ai été vacciné... à 83 pour cent

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CHRONIQUE / Je voulais aider à la lutte contre la pandémie de COVID-19 qui a foutu en l’air mon année 2020, un peu comme la vôtre, fort probablement. Comme jeune journaliste, je n’ai pas beaucoup d’options : je ne suis pas assez fort pour aller donner un coup de main à nos anges gardiens en CHSLD et je n’ai aucunement la vocation d’infirmier. La solution que j’ai trouvée? Me faire vacciner... dans le cadre d’une étude clinique.

À 23 ans et en bonne santé, je suis peut-être l’un des premiers Estriens à avoir été vaccinés. Peut-être dis-je bien. Par le biais de l’entreprise Q&T Recherche, je me suis porté volontaire pour tester le candidat-vaccin de Medicago, un produit québécois qui tentera de freiner la COVID-19.

J’ai donc fermé les yeux sur ma phobie des aiguilles et sur le fait que je suis un peu hypocondriaque pour me faire injecter ce produit, actuellement à la deuxième phase de test. 

Les 612 volontaires en Amérique du Nord, dont je fais partie, ont une chance sur six de se faire injecter un placebo, donc cinq chances sur six (83,3 pour cent) de recevoir le vrai vaccin. Je saurai dans les prochains mois quel produit j'ai reçu. 

Une seule infirmière sait quelle solution a été injectée dans mon bras. Les médecins et les autres employés de Q&T sont dans le néant, tout comme moi.

D’ailleurs, je tiens à préciser que, comme tous les autres volontaires, je reçois une indemnité pour l’étude. Comme je suis rémunéré et dédommagé par La Tribune lors du projet et pour conserver mon intégrité, l’argent qui m’est remis par Q&T sera donné à des œuvres de bienfaisance à la fin du processus. La moitié ira à Moisson Estrie, l’autre à la Fondation Rock-Guertin. 

Les chèques varient entre 60 et 90 $ par rendez-vous, selon la durée. En tout, environ neuf visites sont nécessaires.

Risques

Les risques sont présents, mais minimes. Outre quelques effets secondaires et désagréments possibles comme de la douleur au point d’injection, une enflure ou une fièvre, on nous explique qu’un risque théorique que la vaccination puisse rendre l’infection à la COVID-19 plus grave existe, mais que cela serait étonnant. La possibilité de développer une maladie auto-immune à cause de l’adjuvant est aussi présente, mais très faible.

Sans parler de risque, Q&T Recherche parle d’un « pari » en acceptant qu’un journaliste rapporte son expérience. « Il peut y avoir un effet secondaire malheureux. Sur 650 participants, ça peut très bien aller, sauf pour un. Mais le un en question, c’est peut-être vous (le journaliste). Et vous rapportez votre expérience, pas celle des autres. S’il arrive un pépin, vous le rapportez. On est à l'aise avec le pari », me lance en entrevue le pharmacien Pierre Gervais, président directeur général de Q&T Recherche, assurant que le produit est sécuritaire.

« Ce n’est pas laissé au hasard, poursuit-il. Il y a une chance d’avoir un effet secondaire. Mais la probabilité d’avoir des bénéfices personnels ou sociétaux est plus grande. » 

Avant tout

Les candidats pour la deuxième phase des tests doivent être en bonne santé. À la première visite, on se fait analyser de fond en comble par une infirmière et un médecin (prise de sang, test d’urine, calcul de la pression, pouls, mesure du poids, de la taille, vérification des ganglions, etc.).

Les consignes sont précises : l’indice de masse corporelle (IMC) (NDLR une division de la taille et du poids) d’un participant doit être sous la barre des 30, ce qui correspond à un léger excès de poids.

Durant ce premier rendez-vous, l’infirmière nous explique comment se passera la recherche, qui s’étalera sur 14 à 16 mois.

Vaccination

La vaccination arrive exactement deux semaines plus tard, dans mon cas. Un rendez-vous de deux heures est prévu avec l’équipe de Q&T. On reprend les mesures d’IMC, on effectue à nouveau certains tests dans une salle, un prélèvement sanguin dans une autre et ensuite, c’est l’heure de la première dose. 

Il ne se passe pas 30 secondes pour que le produit soit injecté et l’aiguille retirée du bras. Honnêtement, ça fait moins mal qu’une prise de sang.

On passe ensuite à une salle de conférence, où la directrice des opérations nous explique nos devoirs. 

Durant sept jours, je devrai prendre ma température, me tâter les ganglions et noter tout effet secondaire que je pourrais ressentir. Je devrai également répondre à un questionnaire quotidiennement, idéalement à la même heure.

Je fais de la fièvre? J’ai mal à la tête ou au bras? J’ai des frissons ou un sentiment d’inconfort? Je le note dans une application téléchargée sur mon téléphone intelligent. Les infirmières ont accès à mes réponses et peuvent m’appeler s’il y a quoi que ce soit. J’ai également accès à un numéro de téléphone pour rejoindre une infirmière 24 h sur 24, sept jours sur sept. 

Je prends deux comprimés parce que j’ai mal à la tête? Je dois l’écrire dans un journal papier. 

Après

Quelques heures après le vaccin, j’ai constaté une douleur au bras gauche, celui qui s’est fait piquer.

Au lendemain de ma vaccination, une infirmière m’a contacté par téléphone pour me poser des questions sur mon état. Le surlendemain, techniquement, j’aurais dû me rendre à nouveau chez Q&T Recherche, où j’aurais dû subir une troisième prise de sang depuis le début du processus. 

Techniquement. Parce que, comme je suis malchanceux, mercredi matin, j’ai commencé à ressentir des symptômes s’apparentant à un rhume qui courrait dans mon entourage — merci Chloé! — Congestion nasale, légère toux, mal de gorge... Juste assez pour que l’équipe de Q&T me demande d’aller passer un test de dépistage de la COVID-19. 

Je repartirai la roue le 4 janvier, alors qu’une deuxième dose du candidat-vaccin (ou du placebo) me sera injectée. En espérant ne pas attraper un autre rhume d’ici-là!

Vous avez des questions ou des commentaires sur mon expérience?
Écrivez-moi au tommy.brochu@latribune.qc.ca.