Jacques Baril est le seul député du Parti québécois à avoir été élu dans Arthabaska.

Jacques Baril rêve toujours de souveraineté

Cinq élections, deux référendums et un peu plus d'une dizaine d'années de retraite bien méritée plus tard, Jacques Baril rêve toujours de souveraineté et il se prend encore à croire que c'est possible, même si la cause est à son plus bas depuis belle lurette.
« Ça va revenir, j'en suis sûr. Il suffit d'avoir le bon gouvernement en place au bon moment. Si nous avions été au pouvoir pendant l'accord du lac Meech, le Québec serait un pays. Avec ce qui se passe depuis que le jeune Trudeau est au pouvoir, je ne serais pas étonné de voir ça de mon vivant », affirme l'agriculteur princevillois, toujours actif sur sa ferme.
L'ancien ministre délégué aux Transports ne se met pas la tête dans le sable : il y a moins de souverainistes purs et durs qu'en 1976 ou qu'en 1995 lors des rendez-vous ratés avec l'histoire. Il explique cette situation par une perte de confiance des gens envers la démocratie et les politiciens, ainsi que par une immigration constante.
« Il y a encore 60 % des francophones qui se disent souverainistes, fait-il remarquer. Ce n'est pas étonnant que le Parti libéral mise autant sur l'immigration. En 1995, nous avons perdu par 35 000 votes, ce n'est pas beaucoup. On s'est aperçu par la suite que nous nous étions fait voler ce référendum par des votes de non-résidants et par une propagande illégale du fédéral. Ça a démobilisé par mal de monde. »
La victoire du peuple
À 74 ans, Jacques Baril conserve un souvenir indélébile de sa toute première élection à l'automne 1976. On ne donnait pas cher de sa peau à cette époque, lui qui militait pour un parti qui n'avait fait élire que six députés et qui devait rivaliser face à l'ingénieur Denis St-Pierre.
« Le parti n'avait envoyé personne pour m'appuyer, il préférait se concentrer sur des circonscriptions prenables. Dans Arthabaska, c'était impensable », se souvient-il.
Contre vents et marées, M. Baril a été le quatrième député du Parti québécois à être confirmé ce soir-là, ce qui a évidemment fait sursauter le chef, René Lévesque, qui ne l'avait pas vu venir. C'est à ce moment qu'il a réalisé que quelque chose de gros s'annonçait. Le PQ devait faire élire 71 députés (sur 110) et prendre le pouvoir.
« Avant 1976, les politiciens étaient perçus comme des gens peu accessibles. Au PQ, la plupart des candidats étaient parmi le monde. Je me souviens qu'il y avait des gens qui retiraient leurs chapeaux pour me parler. Moi j'allais m'asseoir à leurs côtés quand je sentais qu'ils étaient mal à l'aise. Cette élection-là a changé beaucoup de choses », continue-t-il.
Jacques Baril a été réélu en 1981, après un premier douloureux échec du projet de pays. Insatisfait de la position de son nouveau chef, Pierre Marc Johnson, le sympathique Princevillois a décidé de se retirer une première fois de la scène provinciale en 1985 afin de devenir maire de sa municipalité.
« Il ne parlait plus de souveraineté, il voulait d'un Québec fort, un peu comme (François) Legault aujourd'hui. Je lui ai demandé comment il pouvait s'affirmer davantage que Jean Lesage, Maurice Duplessis, René Lévesque et même son père, Daniel. Il n'a pas aimé ça et je suis parti », raconte-t-il.
Influencé par son « bon ami » Jean Garon et par Jacques Parizeau, M. Baril est revenu sur sa décision en 1989, puis a été réélu en 1994 et 1998, chaque fois par des marges plus importantes. Il a choisi de prendre sa retraite en 2003. À ce jour, il est le seul député du Parti québécois à avoir été élu dans Arthabaska.