Les petits et nouveaux joueurs devraient être mieux considérés auprès de la Financière agricole du Québec, grâce à un financement aditionnel de 24 M $ à cet effet.
Les petits et nouveaux joueurs devraient être mieux considérés auprès de la Financière agricole du Québec, grâce à un financement aditionnel de 24 M $ à cet effet.

Investissements pour l’autonomie alimentaire : une volonté saluée

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Les mesures additionnelles favorisant l’autonomie alimentaire du Québec changeront-elles la donne pour les petites fermes, qui représentent la moitié des exploitations agricoles de l’Estrie? Si l’UPA-Estrie salue une grande, mais imparfaite avancée, chez les AmiEs de la Terre de l’Estrie, on se montre « optimiste, mais prudent » face à l’orientation qui domine le budget, soit l’augmentation de la productivité.

« On n’est pas contre la vertu, c’est une bonne nouvelle, mais ma crainte, c’est que j’ai l’impression qu’on va favoriser beaucoup la grande production. Je ne sais pas si les petites fermes vont pouvoir en tirer profit », commente le président des AmiEs de la terre de l’Estrie, David Maurice, qui travaille avec de nombreux producteurs émergents dans le cadre de son Marché de solidarité.

« Ce ne sera sûrement pas parfait, mais c’est déjà un excellent départ, résume de son côté François Bourassa, président de l’UPA Estrie. Le point très positif de la pandémie a vraiment été la préoccupation pour se nourrir localement, tant pour le gouvernement que pour le consommateur. Ce sont des gestes qu’on ne voyait pas avant. »   Rappelons que jeudi, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontagne, a dévoilé ses grandes orientations pour l’utilisation du montant de 157 M$ dédié à l’autonomie alimentaire de la province, et qui avait été annoncé la semaine dernière par le ministre des Finances dans le cadre de sa mise à jour économique.

Parmi les priorités, on prévoit une importante enveloppe de 92,5 M$ sur deux ans pour soutenir la croissance de l’offre alimentaire et accroître la productivité des secteurs de l’agriculture et de la transformation alimentaire. L’injection de cet argent sera notamment dirigée vers la robotisation, l’automatisation et l’amélioration des standards de qualité des entreprises de transformation, mais aussi vers l’acquisition d’équipements et de technologies sur les fermes. 

Plus de risques

Pas vers l’avant remarqué : les petits et nouveaux joueurs devraient être mieux considérés auprès de la Financière agricole du Québec. Celle-ci recevra pour sa part 24 M$ afin d’accélérer les investissements du secteur. On affirme qu’elle prendra davantage de risques et interviendra davantage dans les dossiers complexes, tout en apportant une attention particulière aux entreprises en démarrage et aux secteurs émergents. 

L’UPA-Estrie « souhaite depuis longtemps » qu’on permette à davantage de nouveaux projets de naître. « Chaque fois que je rencontre les gens de la Financière agricole, je leur rappelle toujours de commencer leur exposé en écrivant leur mission, soit de promouvoir et développer l’agriculture au Québec, explique François Bourassa. Mais, souvent, ils ont souvent une philosophie d’assureur ou de prêteur comme les autres alors qu’ils devraient être plus ouverts au capital de risque. » 

La dernière part du gâteau, soit 23,4 M$, servira à bonifier les différents efforts de sensibilisation déjà engrangés auprès des Québécois pour promouvoir l’achat de produits d’ici. 

Pour ce volet précis, M. Maurice croit qu’il sera crucial de multiplier les petits points de service et financer les marchés publics, au même titre où le gouvernement devra s’assurer que les plus petits joueurs ont accès aux appels d’offres des institutions provinciales, qui doivent maintenant prôner davantage le local. 

« Si on pense achat local et qu’on veut approvisionner les Walmart et les Costco de ce monde, c’est là que ça ne devient pas évident, souligne M. Maurice. On va investir dans des grandes grandes fermes. C’est toute une transformation profonde de l’approvisionnement en alimentation qu’il faut planifier ou qu’il faut prévoir. On aura en plus l’occasion de jouer sur la question environnementale plutôt que de dire achat local pour achat local et soutenir les mécanismes d’agriculture à grande échelle. » 

« Le point très positif de la pandémie a vraiment été la préoccupation pour se nourrir localement, tant pour le gouvernement que pour le consommateur. Ce sont des gestes qu’on ne voyait pas avant », croit François Bourassa, président de l’UPA-Estrie.

Abattoirs 

Pour un meilleur accès à la viande locale, il faudra aussi que le gouvernement remédie à la question des abattoirs, qui manquent toujours de suffire à la demande dans la région, particulièrement à l’automne. « Pour avoir un abattoir qui soit rentable, je pense qu’il faudra se mettre plusieurs régions ensemble, analyse M. Bourassa. Au Québec, on a des règles plus sévères et qui sont appliquées avec plus de rigueur que le reste du Canada. Et ce n’est rien de comparable avec les États-Unis. C’est donc très difficile d’avoir un abattoir et d’être compétitif. À l’UPA, ça fait au moins trois ans qu’on a suggéré un projet-pilote pour que les producteurs qui font abattre dans un abattoir de proximité [NDLR : un abattoir qui n’est pas supervisé par un inspecteur en tout temps] puissent vendre leur viande au marché public et à leur ferme. Mais ce projet-là n’a toujours pas abouti. »