Samuel Gignac, Gabriel Girard et Rambiie sont trois des sept membres d'IntervenantGamer.

IntervenantGamer : une ressource dans le jeu vidéo

Gabriel Girard, un éducateur spécialisé mieux connu sous le nom d’IntervenantGamer est une source de lumière dans le monde du jeu vidéo. Les joueurs vivant des problèmes personnels peuvent aller, de manière anonyme, se confier à l’éducateur spécialisé de formation ou à l’un des sept autres membres de son équipe.

À la suite de la diffusion du documentaire Bye traitant du suicide du fils d’Alexandre Taillefer, Gabriel Girard s’est demandé s’il aurait pu faire une différence dans sa vie. « Il y a un moment où son fils demande l’aide d’un streamer sur Twitch et ce streamer n’aurait pas répondu à cet appel. Je me suis dit “si ce service avait été offert à ce moment, est-ce que ça aurait été différent ?” Je n’ai pas l’intention de sauver le monde, mais si on est capable de sauver une vie, on va le faire. »

« On va être là pour répondre si une personne a besoin de parler ou de briser l’isolement social, explique-t-il. Notre rôle, c’est d’être là à ce moment-là, de l’écouter et de le référer aux références appropriées. »

Samuel Gignac, un travailleur social qui est aussi intervenant pour l’équipe, aimerait briser les tabous. « Le projet IntervenantGamer semble vouloir prendre une instance de plus en plus importante au Québec. Il faut pousser dans cette direction et démystifier le fait que ce n’est pas parce qu’on joue aux jeux vidéo qu’on est isolés dans notre chambre et qu’on mange des crottes au fromage. Ce n’est pas la réalité. Internet est un outil d’intervention plutôt qu’un défi qui amène un isolement social », assure-t-il.

Des intervenants étaient à Sherbrooke à l’événement La console qui console, présenté au Centre de foires jusqu’à dimanche. IntervenantGamer était le diffuseur officiel des activités.

Santé mentale

Quels genres de problèmes vivent les jeunes qui utilisent les services d’IntervenantGamer ? « C’est assez large. Personnellement, ce que je vois, c’est des problèmes de santé mentale comme la dépression. Il y a beaucoup de personnes qui se questionnent par rapport à leur orientation sexuelle », explique M. Gignac.


« L’isolement, l’intimidation, les problèmes familiaux, quelques un parlent d’idées suicidaires, ça arrive. Il y en a qui ont l’idée de s’enlever la vie », enchaîne son collègue.

D’ailleurs, le Centre de prévention du suicide de Québec collabore avec InterventionGamer. « Ils nous ont formés pour intervenir auprès des personnes suicidaires, indique M. Girard. Quand j’ai ces types de cas, je sais comment agir. Le temps qu’on réfère, on va être capables de rester présents et faire ce qu’il faut. Dans des cas d’idées suicidaires, on est beaucoup plus proactifs. On va appeler directement la police ou le centre de prévention du suicide pour se faire “backer” dans ce que l’on fait. »

Le but est d’amener les gens à nommer la réalité. « Souvent, sous le couvert de l’anonymat, derrière un pseudo, c’est plus facile de la nommer. Une fois que c’est fait, on dirait que ça enlève une barrière pour aller vers une autre ressource, comme un intervenant scolaire, en CLSC ou une ligne d’écoute », analyse M. Gignac.

Positif

 Des amitiés peuvent se créer entre les joueurs, qui se soutiennent les uns les autres. « Il y a des fois où le moment qu’ils viennent passer sur la chaîne IntervenantGamer, c’est le seul moment positif de leur journée. Parfois, on n’a pas besoin de faire autre chose qu’être là. Avec le sentiment d’appartenance qui se crée, les gens se reconnaissent entre eux. Si on se rappelle que telle personne avait de la misère, les autres s’en rappellent aussi. Ils vont apporter leur soutien. C’est une communauté soudée », décrit Samuel Gignac.

« Quand une personne a le courage d’en parler sur le chat, il y a une vague d’amour qui sort. Les gens disent “j’ai vécu la même chose que toi, tu n’es pas seul” », exprime-t-il.

OBNL

L’objectif de Gabriel Girard est de créer un OBNL avec l’idée d’IntervenantGamer. « Pour offrir un service d’aide plus officiel, être plus présent. On est là-dedans. Pour la première année, je veux prouver que la demande est là. Après, c’est plus facile d’aller chercher des subventions », considère-t-il.

+ UNE LIGUE POUR BRISER L'ISOLEMENT

Les mercredis à 18 h 30, les amateurs de Super Smash Bros. Ultimate se réunissent au parc André-Viger pour jouer ensemble. Ce rassemblement permet non seulement de s’amuser, mais également de briser l’isolement des joueurs. 

« La communauté SSB Sherbrooke existe depuis la quatrième génération du jeu et nous sommes rendus à la cinquième, explique le membre du CA de SSB Sherbrooke, Michael Schoolcraft. C’est un jeu de combat, c’est une série qui existe depuis 1999. Moi, je cherche à aider les joueurs à s’intégrer à la communauté. On prône le respect, l’humilité et le développement. Autant le développement de la communauté, mais le développement personnel des joueurs », explique celui qui tenait une aire de tournoi au Centre de foires à l’occasion de La console qui console. Des joueurs de Montréal et de Québec sont d’ailleurs venus à Sherbrooke pour cet événement. 

Les joueurs ont donc l’occasion de se rassembler physiquement pour jouer à la place de le faire en ligne. « On a certainement des personnes un peu plus renfermées, introverties. On le sent souvent chez les adolescents en particulier. Ce n’est pas une période facile de la vie. Sans s’immiscer dans leur vie personnelle, c’est une façon de les encourager à voir des gens, sortir et respirer. Tout le monde sait que ça fait du bien de se changer les idées parfois. Smash est là pour ces gens, et on est très contents d’offrir cette opportunité, plutôt que de rester isolé chez soi », considère M. Schoolcraft.

« Parfois, on a une deuxième plage horaire de disponible dans la semaine à des fins d’entraînement, ajoute M. Schoolcraft. On fait un peu de coaching. Il y a des joueurs moins bons, on les aide à devenir d’excellents joueurs », résume-t-il, réjoui.