Interdiction du plastique à usage unique : « L’impact dépendra de la liste »

« Les pailles, c’est très visible, mais ce n’est pas une grosse quantité de matière résiduelle. C’est sûr et certain que les pailles, c’est un fléau, mais si on les compare au demi-milliard de bouteilles d’eau qu’on consomme annuellement [au Québec], ou à l’ensemble des pots de yogourt individuels qui sont très peu recyclés, on n’est plus dans les mêmes attentes! »

Chargé de cours en gestion de matière résiduelle à l’Université de Sherbrooke, Mario Laquerre espère un peu plus d’ambition de la part du gouvernement Trudeau, qui annonçait lundi son intention de produire, dans deux ans, une liste de produits en plastique à usage unique qui seront interdits au Canada.

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Mario Laquerre accueille l’initiative avec un enthousiasme prudent. Il estime que l’efficacité de la mesure d’interdiction dépendra de ce qui sera retenu sur la liste. Si différents produits ont été évoqués par Ottawa (cotons-tiges, assiettes et couverts en plastique, récipients en polystyrène...), une attention particulière a été accordée aux pailles en plastique, qui seraient plus faciles à interdire.

Impact économique?

À la suite de l’annonce de lundi, le chef conservateur Andrew Scheer a soulevé l’inquiétude qu’une telle mesure pourrait avoir des conséquences économiques. M. Laquerre trouve plutôt pertinent de parler de changements : il y aurait certainement un effet négatif pour les producteurs de plastique, mais il y aurait probablement des effets positifs pour d’autres secteurs, en contrepartie.

Celui qui a occupé différents postes pendant plus de vingt ans à Recyc-Québec souligne par ailleurs que l’interdiction de produits à usage unique pourrait même avoir un impact financier positif pour les consommateurs : « Il y a une énorme quantité de plastique qu’on achète, qu’on utilise quelques secondes et qu’on jette. Pour le citoyen, toutes les fois où il jette un de ces produits-là, il l’a payé; donc si on le remplace par quelque chose de non jetable, peut-être qu’à la longue, on va économiser! »

Les Canadiens dépenseraient en effet des centaines de millions de dollars annuellement en produits faits de plastique jetable.

M. Laquerre déplore également que trop de restaurants et d’entreprises basent encore leur modèle d’affaires sur le jetable. « S’ils ne sont pas capables de s’autoréglementer, bien il faut que le gouvernement le fasse! Et c’est ce vers quoi il semble se diriger présentement. C’est un premier geste, ça ne devrait pas être le dernier. »