Karine Savary, conservatrice à la Société d’histoire de Sherbrooke et présidente du Regroupement des services d’archives privées agréés du Québec, déplore le sous-financement des centres d'archives à travers le Québec.

Inquiétudes dans les centres d’archives

Des centres d’archives québécois perdront une bonne partie de leur financement dans l’année à venir. Une restructuration du programme d’aide de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) fera passer de 32 à 25 les centres recevant du financement de leur part, alors que le nombre de centres d’archives agréés est en augmentation, venant de passer de 39 à 42.

« L’enveloppe budgétaire, qui est octroyée à la BAnQ par le ministère de la Culture, n’a pas été augmentée depuis des années, même pas indexée », souligne Karine Savary, conservatrice à la Société d’histoire de Sherbrooke. « La subvention est de 30 000 $ par année en moyenne. Ce n’est pas beaucoup pour toutes les activités que nous faisons, mais perdre cela, ç’a un gros impact sur le budget d’un centre d’archives », dit-elle.

Pour le moment, impossible de savoir quels centres seront touchés par les coupures. « Les dossiers seront évalués selon des critères très liés à la performance. Ça crée une sorte de cercle vicieux, parce que pour être performant, il faut du financement, et pour obtenir du financement, il faut être performant », déplore Mme Savary.

Dans la région, trois services d’archives font partie des 39 centres qui reçoivent du financement de la BAnQ : celui de la Société d’histoire de Sherbrooke, celui du Centre de ressources pour l’étude des Cantons-de-l’Est et celui de l’Archidiocèse de Sherbrooke.

Conserveront-ils tous leur financement? La question demeure. « Trois nouveaux centres ont été reconnus cette année au Québec, et on ne connaît pas leurs forces et leurs faiblesses, donc c’est difficile de savoir où on se trouve par rapport aux autres. Et en même temps, c’est épouvantable de se demander ça, parce qu’on ne veut pas qu’ils disparaissent à notre profit. Les centres sont importants partout dans la province. »

Manifeste et pétition

Mme Savary est aussi présidente du Regroupement des services d’archives privées agréés du Québec. Elle fait des pressions sur le milieu politique du mieux qu’elle peut depuis maintenant plusieurs mois. Le mot est parvenu aux oreilles de Gilles Desjardins, auteur de la série Les Pays-d’en-Haut, qui n’aurait pas pu faire son travail d’écriture sans le centre d’archives de la Rivière-du-Nord.

Il a donc signé, avec plusieurs autres personnalités du milieu artistique, le manifeste Ensemble, assurons le futur de notre passé, pour le financement, la reconnaissance et le maintien dans leur milieu des centres d’archives privés agréés. Le document demande tout particulièrement un financement adéquat pour l’ensemble de ces centres d’archives.

On peut trouver le manifeste ainsi qu’un lien vers une pétition à l’adresse facebook.com/mobilisationarchives/.

Généalogie et ovnis

Contrairement à la croyance populaire, ce ne sont pas les érudits d’histoire qui visitent le plus souvent les centres d’archives. Mme Savary affirme qu’à la Société d’histoire de Sherbrooke, des citoyens viennent fréquemment consulter les fonds d’archives pour toutes sortes de raisons.

« Il y en a qui viennent faire de la généalogie, des journalistes qui veulent connaître l’évolution de certaines causes, des gens qui se demandent tout simplement quel joueur des Canadiens avait compté tel but en 56... Certains deviennent des habitués, et chaque fois qu’ils ont une question, ils passent ou ils appellent », relate-t-elle. « On m’a même déjà demandé combien de briques ont été livrées quand l’Hôtel-Dieu a été construit, et j’ai pu répondre à la question! »

Les centres d’archives sont aussi utiles en urbanisme, en toponymie ou en environnement, par exemple, et représentent un endroit où les donateurs peuvent déposer leurs documents plutôt que de les écouler dans des bazars.

La fermeture d’un centre d’archives se ferait donc sentir par la population générale. « C’est l’histoire sociale qu’on retrouve ici. Les archives de journaux sont indexées sur toutes sortes de sujets, on a même une section sur les apparitions d’ovnis rapportées en Estrie au fil des ans! On pense souvent que les centres d’archives sont des endroits très sérieux, mais ce sont aussi des points accessibles et ouverts à tous », résume Mme Savary.