Mélissa Généreux
Mélissa Généreux

Inondations de 2019: le stress post-traumatique persiste chez les sinistrés

Un an après les inondations du printemps 2019, près d’un sinistré sur deux (44 %) est toujours aux prises avec des symptômes de stress post-traumatique. Cette proportion atteint même 56 % parmi ceux qui estiment ne pas avoir reçu un soutien adéquat avant, pendant ou après la catastrophe.

C’est ce que révèle une étude menée auprès de 3437 sinistrés, pilotée par la docteure Mélissa Généreux, de l’Université de Sherbrooke, en collaboration avec les professeurs Danielle Maltais, de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), et Philippe Gachon, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

L’enquête, dont la méthodologie a été calquée sur celle menée par la Santé publique de Grande-Bretagne (Public Health England), lors des inondations de 2013 et 2014, est l’une des plus importantes au monde dans le domaine en termes d’échantillonnage et de variables observées.

Parmi les 3437 sinistrés interrogés dans six régions du Québec, les chercheurs ont constitué un sous-groupe formé de 587 sinistrés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, où les crues printanières ont provoqué des dommages considérables.

Outre la proportion importante de sinistrés présentant des symptômes de stress post-traumatiques, les chercheurs ont observé que 21 % des répondants souffraient de trouble anxieux et 20 % de troubles divers tels que la tristesse, la fatigue et des problèmes de sommeil.

« Ce que notre étude démontre, c’est qu’à l’instar des autres grandes catastrophes, comme celle de Lac-Mégantic, les impacts psychosociaux sur les populations, qu’ils soient de modérés à sévères, persistent longtemps après une catastrophe », souligne Dre Généreux.

Au stress premier que provoque la catastrophe elle-même, il est important de tenir compte du stress secondaire qu’engendre l’absence ou le nombre insuffisant de mesures adéquates de soutien disponibles dans les jours et les mois suivant la catastrophe.

« Il ne faut pas sous-estimer le stress secondaire Dre Généreux. Quand on pense à toutes les démarches qu’un sinistré doit faire après une catastrophe, auprès de son assureur, de sa banque, ainsi que les nombreux formulaires à remplir, etc. Et après qu’ils ont fait tout ça tout seuls, qu’ils sont épuisés, on leur demande s’ils ont besoin de l’aide d’un psychologue ou s’ils veulent des antidépresseurs… »

Or, selon les témoignages recueillis auprès des sinistrés, ces derniers ont surtout manifesté le besoin d’obtenir un soutien adéquat compte tenu de leur situation. L’étude démontre en effet que la détresse est moins élevée chez les personnes ayant reçu suffisamment de soutien moral, social ou financier.

Dans cette optique, Dre Généreux soulève l’idée de mettre sur pied dans chaque municipalité une ressource rattachée aux sinistrés. « Dans la mesure où les municipalités obtiendraient l’aide financière que cela nécessite, il serait intéressant qu’un sinistré puisse être rattaché à une personne-ressource. Cette ressource pourrait coordonner toutes les démarches au lieu de laisser le sinistré courir à gauche et à droite, ce qui crée du stress et de l’anxiété qui persistent longtemps après la catastrophe. »

Dre Généreux a indiqué que la démarche de consultation utilisée dans le cadre des inondations de 2019 servira aussi à mesurer les effets psychosociaux de l’actuelle pandémie de coronavirus.