L'auteure-compositrice-interprète Amélie Larocque compte parmi les signataires de la lettre parue sur le site du Voir et sur la page Facebook FEM pour dénoncer le sexisme auquel les femmes ont face dans l'industrie de la musique. « Je considère qu'en tant que femme, il y a une trame de fond d'inégalité. Mais celle-ci est présente dans toutes les sphères de la société », constate-t-elle. -

Industrie de la musique : où sont les femmes?

Cent trente-cinq femmes issues du milieu musical ont décidé d'unir leur voix pour dénoncer le sexisme auquel elles font face dans l'industrie de la musique.
« Entre chanteuses, musiciennes, auteure-compositrices-interprètes, techniciennes et autres intervenantes féminines du milieu, nous nous entendons toutes pour dire que le sexisme existe bel et bien dans l'industrie de la musique que la plupart d'entre nous l'avons vécu, à un moment ou à un autre : ne serait-ce que par les préjugés véhiculés quant à nos connaissances de la technique ou de l'équipement, par la remise en doute de notre talent, de notre expérience ou de notre pertinence », peut-on lire dans une lettre cosignée entre autres par Ariane Moffatt, les Soeurs Boulay, Catherine Durand, Pascale Picard, Klô Pelgag, Lisa Leblanc, Safia Nolin, et bien d'autres.
Le collectif d'artistes s'offusque de la faible représentation des femmes dans les programmations de festivals.
« Souvent moins de 30 % et même 10 % dans certains festivals, alors qu'à la Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec, dans le volet Chanson, on recense 42 % de femmes inscrites et 49 % à l'Union des artistes », est-il écrit dans la lettre partagée abondamment sur les réseaux sociaux.
Les musiciennes dénoncent également le peu de reconnaissance accordée aux femmes par leurs pairs.
« L'automne dernier, nous nous indignions de constater que la dernière femme à avoir remporté le trophée d'auteure-compositrice de l'année à l'ADISQ était Francine Raymond, en 1993. »
Les cent trente-cinq femmes soulignent aussi les inégalités quant aux salaires, à la longévité des carrières et les conséquences négatives de la maternité des femmes pour l'industrie.
« Faut-il en plus que les femmes partent avec un désavantage dû à leur genre? » questionnent-elles.
Briser des mécanismes
Amélie Larocque compte parmi les signataires de la lettre parue sur le site du Voir et sur la page Facebook FEM - pour « Femmes en musique ». La Sherbrookoise, auteure-compositrice-interprète, a accepté d'embarquer dans le mouvement en guise de solidarité avec ses consoeurs.
« Je considère qu'en tant que femme, il y a une trame de fond d'inégalité. Mais celle-ci est présente dans toutes les sphères de la société », tient à préciser d'entrée de jeu l'artiste.
Elle-même ne considère pas avoir été victime de sexisme au travers des années.
« Mais je pense qu'il y a des mécanismes à défaire », admet-elle.
Entre autres, dans la représentation des femmes dans les programmations de festivals.
« Je suis convaincu qu'il n'y a personne qui agit de mauvaise foi. Il n'y a pas un homme qui dit : ''moi, je ne veux pas de femmes ici''. Je pense que c'est simplement une habitude que l'on doit briser », affirme la chanteuse.
Dans la lettre publiée par le collectif, il est question de quotas afin d'atteindre la parité dans la représentation homme-femme sur les scènes du Québec. Questionnée à ce sujet, l'artiste sherbrookoise admet souhaiter ardemment que l'industrie n'ai pas à se rendre jusque là pour que les femmes retrouvent la place qui leur est due.
« Je ne peux pas croire que l'on va devoir arriver à ça... On doit juste être attentif, ouvrir l'oeil sur les différents talents et ne pas être dirigé par nos automatismes, c'est-à-dire l'embauche automatique d'un homme. »
Déjà, la discussion serait un pas dans la bonne direction, selon Amélie Larocque.
« Juste de s'en rendre compte, de réaliser qu'il y a beaucoup plus de femmes dans le monde de la musique que l'on en voit dans les spectacles c'est un premier pas. En parler, entre femmes, mais dans le milieu également va nous permettre de briser cette habitude que nous avons de nous tourner vers les hommes », exprime-t-elle.
Jean-Pierre Beaudoin
Suzanne-M'arie Landry
Sexisme dans le monde de la musique? Oui mais non...
Oui ou non, les femmes victimes de sexisme dans le monde de la musique? La Tribune a demandé à deux directeurs de programmation dans des festivals sherbrookois : Suzanne-Marie Landry et Jean-Pierre Beaudoin.
La réponse : oui, mais non.
La première est directrice de programmation pour le Sherblues, le second décide qui sera sur les planches de la Fête du lac des Nations.
Mme Landry n'est pas étonnée de l'initiative du collectif d'artistes féminines.
« Il s'agit d'une situation généralisée dans les toutes les sphères de la société. Mais effectivement, en musique, c'est très rare de voir plusieurs femmes musiciennes sur scène alors qu'il y en a beaucoup au Québec », affirme celle qui est également directrice générale du Théâtre Granada.
Pour l'édition 2017 du Sherblues, Mme Landry a réussi à programmer une soirée exclusivement féminine grâce à présence des Jalouses du blues. « Et nous avons plusieurs autres femmes en prestation », précise-t-elle.
C'est donc possible d'avoir autant d'artistes féminines que masculins dans une programmation de festival?
« Bien sûr! Mais ça demande plus de recherche. Il faut sortir des sentiers battus et ne pas simplement regarder les gros noms que les agences nous proposent. Mais on trouve toujours », explique Mme Landry, pour qui c'est « naturel » de veiller à la parité.
À l'inverse, le directeur artistique de la Fête du lac des Nations considère que l'offre de spectacle féminin n'est pas suffisante.
« Je n'arrive pas à la parité puisque l'offre de spectacle de femmes n'est pas assez grande. Si je pouvais avoir autant d'hommes que de femmes, j'en serai réjoui, mais ce n'est pas le cas », affirme M. Beaudoin qui ne considère pas que le monde de la musique souffre de sexisme.
L'édition 2017 du festival bien connu des Estriens offrira 24 spectacles sur la scène du bistro SAQ et la Grande scène Loto-Québec. De ce nombre, six mettent en lumière des femmes et les 18 autres sont tenus par des hommes.
« On a toujours le souci d'avoir des femmes dans notre programmation à la Fête du lac, mais je ne peux pas en inventer non plus. À talent égal, on laisse toujours de la place aux femmes », soutient M. Beaudoin, qui est dans le milieu depuis 30 ans.
Surpris par l'initiative du collectif d'artistes, M. Beaudoin se dit même insulté par les propos tenus dans la lettre.
« On m'accuse d'être sexiste d'une certaine façon alors que ce n'est pas le cas. Je n'ai pas à être visé », affirme le directeur, en précisant que certaines des signataires, dont les Soeurs Boulay et Fanny Bloom, se retrouveront sur la scène de la Fête du lac cet été.
Plus de directrices, plus d'artistes féminines?
Selon Mme Landry, une plus grande présence des femmes dans les postes de direction pourrait ouvrir la porte à plus de représentation des femmes sur les scènes.
« Je m'apprête à produire mon 150e festival et je peux encore compter sur les doigts de la main les femmes qui font mon boulot », illustre-t-elle.
« Les femmes sont généralement coordonnatrices dans ce genre d'événement, mais s'il y en avait plus, peut-être aurait-elle le souci d'avoir plus de femmes dans leurs programmations », croit Mme Landry.
Chose certaine, elles invitent les artistes à approcher les directeurs, à former des collectifs pour des spectacles. Bref, être proactive pour améliorer leur situation.
« Juste d'en parler ne changera pas les choses », prévient-elle.