La salle de spectacles de Petite-Vallée que l'on aperçoit sur cette photo d'archives a été la proie des flammes peu après 5 h mardi. - Archives, Le Soleil

Incendie à Petite-Vallée : élan de solidarité jusqu'en Estrie

« À tou(te)s mes ami(e)s dans la communauté artistique et économique, on fait le plus gros show-bénéfice jamais vu et on reconstruit??? » C'est avec ces mots que le politicien Jean-Martin Aussant a lancé un appel sur sa page Facebook mardi à la suite de l'incendie de Petite-Vallée. À cette invitation, Louis-Philippe Hébert, un artiste du Canton de Cleveland dans le Val-Saint-François, répond « présent » et organise un rassemblement en Estrie.
Les artistes des Cantons-de-l'Est sont donc appelés à se manifester dans le groupe Facebook « Rebâtissons la Vieille Forge de Petite-Vallée ». « On sent une effervescence. Petite-Vallée est une vraie pépinière d'artistes et d'acteurs culturels qui ont un impact dans le milieu des arts et de la culture », déclare Louis-Philippe Hébert. « C'est un drôle de hasard puisque j'étais présent en fin de semaine dernière à Petite-Vallée. Alan Côté, le directeur, m'a fait visiter tout le théâtre et prévoyait des travaux d'agrandissement. »
« Le Festival en chanson de Petite-Vallée a eu une grande influence sur la vie de plusieurs artistes au Québec. J'ai donc lancé l'idée qu'un spectacle-bénéfice soit organisé dans chacune des régions de la province incluant Montréal et Québec. Le Théâtre Granada de Sherbrooke a déjà confirmé qu'il nous prêtera sa salle », ajoute Louis-Philippe, qui participait au Festival en chanson de Petite-Vallée en 1997, en même temps que l'auteur-compositeur-interprète Daniel Boucher.
Après les pleurs, les piliers du Festival en chanson de Petite-Vallée, leur président Alan Côté en tête, adoptent illico le mode « reconstruction », à la suite de l'incendie ayant détruit tôt mardi matin le théâtre de la Vieille forge, pivot d'un festival ayant acquis en 35 ans une renommée dépassant les frontières du Québec.
La salle de spectacles est une perte totale. Heureusement, le bâtiment était vide au moment de l'incendie et personne n'a été blessé. On ne sait toutefois pas encore ce qui a pu causer le feu. Une soirée pour les employés était organisée la veille. Les spectacles prévus à l'horaire dans les prochains jours pourront se tenir au Camp Chanson de Petite-Vallée.
Alan Côté et son équipe ont reçu mardi des centaines d'appels et de messages électroniques, pour partager la peine certes, mais aussi et surtout pour les rassurer quant à la solidarité à venir, solidarité qui se manifeste déjà dans la décision de reconstruire.
« J'ai reçu des appels des ministres Mélanie Joly, Luc Fortin, Christine Saint-Pierre, du député Gaétan Lelièvre et de nombreux artistes voulant montrer leur appui [...]. Je veux avoir des plans préliminaires la semaine prochaine. Après 35 ans, je sais ce que ça prend », assure Alan Côté.
La nécessité de reconstruire s'est imposée avant d'avoir les yeux secs.
« J'ai 35 ans de vie mis là-dedans. Je veux créer des souvenirs dans la tête du monde [...] Je pourrais dire après 35 ans : " J'ai donné ". J'aurai 56 ans demain [mercredi]. Mais les jeunes sont là et il reste 135 personnes à Petite-Vallée. Je ne peux pas lâcher. La Vieille forge, c'est un symbole, et le festival peut encore changer le profil démographique. À nous de prendre la balle au bond », lance-t-il d'un trait.
Le milieu corporatif s'est joint aux nombreux artistes mardi pour exprimer à l'équipe de Petite-Vallée qu'elle ne sera pas seule à reconstruire. Des gens de Quebecor et d'Hydro-Québec, partenaires de longue date du festival, ont notamment contacté Alan Côté.
« Jacques-André Dupont, du Groupe Spectra, m'a offert une salle gratuitement pour organiser un spectacle-bénéfice », signale-t-il notamment.
Alan Côté ne sait pas exactement combien la reconstruction coûtera, mais il risque une fourchette allant de 2 millions à 2,5 millions $. « La salle avait coûté 1,4 million $ en 2001. On a amélioré constamment, en rajoutant 300 000 $ en son et lumière. Ajoutons l'inflation ».
L'incendie a été détecté par le concierge peu après 5 heures mardi. La fumée venait du compartiment électrique. Le temps de donner l'alarme, après un bref effort d'extinction et tout le bâtiment s'embrasait. Il se résumait à un amas de braises fumantes deux heures plus tard.
Avec Le Soleil et La Presse Canadienne