Contrairement aux taxis et aux véhicules commerciaux, les transporteurs n’auront pas la chance de repousser le paiement de leurs immatriculations.
Contrairement aux taxis et aux véhicules commerciaux, les transporteurs n’auront pas la chance de repousser le paiement de leurs immatriculations.

Immatriculation : des camionneurs veulent un report de paiement

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
Contrairement aux taxis et aux véhicules commerciaux, les transporteurs n’auront pas la chance de repousser le paiement de leurs immatriculations, déplore le président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), Marc Cadieux.

« Le Québec est la seule province canadienne à ne pas fournir de report au niveau des immatriculations, s’est insurgé M. Cadieux jeudi en entrevue téléphonique avec La Tribune. Beaucoup de compagnies ont décidé depuis hier de ne plus immatriculer les camions s’ils ne sont pas exploités à un certain pourcentage, ce qui a mis sur la table beaucoup plus de congédiements de chauffeurs au cours des derniers jours. Ça continue tous les jours. »

« Quand on parle de profitabilité, actuellement, les transporteurs veulent payer leurs coûts, poursuit M. Cadieux. Ils ne veulent pas perdre d’argent, mais s’ils n’en font pas, ils vont quand même garder leurs employés au travail. Ça va permettre de ne pas repartir à la case zéro pour l’embauche. Ça coûte très cher d’embaucher. Les transporteurs essaient dans la mesure du possible de garder leurs employés au travail. Toutes les administrations canadiennes ont fait quelque chose. »

Selon lui, ce report serait « l’oxygène » demandé au gouvernement pour passer au travers de cette tempête et de garder des travailleurs. « Même si on a des diminutions significatives, ce report aurait permis de garder beaucoup plus de camions immatriculés et de camionneurs potentiels », précise le PDG de l’ACQ.

Une première demande officielle par écrit a été envoyée au gouvernement le 18 mars. Depuis, l’ACQ réitère sa demande dès qu’elle le peut. « Ils nous ont demandé des arguments économiques, on leur a fourni. Le ministère des Transports est au courant, tout comme le ministère des Finances, de l’Économie et de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. On est passés partout », assure Marc Cadieux.

Concrètement, un report du paiement des immatriculations permettrait aux entreprises de garder des employés. « Si j’ai une vingtaine de camions que je peux garder à rouler et que j’ai trois ou quatre jours d’ouvrage, je vais les garder. Mais si ça me coûte les plaques, je vais être dans le rouge. Je ferais mieux de mettre mon employé à pied et de retirer l’assurance sur mon camion », image le PDG de l’ACQ. 

« J’ai de la misère avec le mot héros. Ce n’est que le mot, la définition ne suit pas. [...] On est reconnus dans des déclarations, mais pas sur le terrain » 

Une chose est sûre, s’il manquait environ 4000 camionneurs sur les routes il y a quelques semaines, l’industrie ne peut plus parler d’une pénurie de main-d’œuvre. « Il y a énormément de nos chauffeurs qui sont sur le chômage », explique-t-il, ne sachant pas exactement combien d’entre eux ont été mis à la porte depuis le début de la crise de la COVID-19. 

De son côté, le ministre des Transports, François Bonnardel, a décliné la demande d’entrevue de La Tribune

« En ce qui concerne le paiement de l’immatriculation pour les camionneurs, nous sommes conscients des défis rencontrés par l’industrie du camionnage. Nous sommes d’ailleurs en communication avec ses représentants. Nous avons voulu répondre aux enjeux les plus urgents, soient ceux de l’industrie du taxi ainsi que des transporteurs commerciaux, durement impactés par la crise. Par ailleurs, l’industrie du camionnage est admissible au PACTE d’Investissement Québec, mis en place par notre gouvernement, afin d’avoir accès à un appui financier pour pallier à un manque de liquidité », s’est contentée de commenter son attachée de presse par courriel. 

La Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) a référé La Tribune au cabinet du Bonnardel.