François Legault

Image des chefs en temps de crise : Legault fait mieux que Trudeau

François Legault est en train « d’écrire » le guide des bonnes pratiques en matière de communication en temps de crise. C’est la métaphore du professeur de communication de l’Université de Sherbrooke Marc D. David, spécialiste de la communication du risque et de la crise, pour décrire le travail exemplaire du premier ministre du Québec. En contrepartie, le premier ministre canadien Justin Trudeau donne l’impression d’être dépassé, selon lui.

Selon M. David, François Legault a été le dirigeant canadien le plus proactif en gestion de crise. « D’entrée de jeu, il a fait tout ce qu’il fallait faire. » Le discours a été adapté, tant dans la forme que dans le contenu. Le bon ton a été utilisé pour passer des messages rassurants. Le fait de tenir des points de presse quotidiennement est aussi une stratégie gagnante. 

Dans le même sens, la présence de la ministre de la Santé, Danielle McCann, et du directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, renforce le message. « M. Arruda parle avec son cœur. Il a toutes les compétences, mais s’il avait été froid et distant, ça n’aurait pas suffi. Ce qui fait que tout le monde le suit, c’est qu’il a un côté humain. »

Marc D. David salue aussi les partis d’opposition, qui contribuent à la clarté et à la limpidité du message en travaillant avec M. Legault. 

Le message lancé aux influenceurs de propager le message, mais pas le virus, aura aussi été un bon coup pour le gouvernement Legault, même si, de l’avis du spécialiste, la stratégie paraissait risquée. « J’ai été surpris de cet appel. Le problème qu’on a en ce moment, ce n’est pas la désinformation, mais la mésinformation. D’interpeller tous les vecteurs de communication était risqué, mais il a gagné son pari. C’est une tactique qui n’aurait pas fonctionné s’il n’y avait pas eu Mme McCann et M. Arruda pour transmettre l’information. 

« M. Legault a démontré une vision d’ensemble. Il a été très bien conseillé par son équipe. On ne sent pas la même chose à Ottawa. »

Marc D. David rapporte que la stratégie de Justin Trudeau est perçue comme en étant une « attentiste », en réaction aux décisions de Donald Trump. « Ça ne veut pas dire que c’est le cas, mais c’est la perception. Il y aurait par exemple eu des mesures faciles à implanter rapidement dans les aéroports au début de la pandémie... On ne sent pas le travail d’équipe à Ottawa. »

Les mesures aux aéroports sont un symbole fort parce que ces points d’entrée au pays sont des vecteurs de la propagation du virus. « Le fait qu’il soit confiné à la maison n’aide M. Trudeau, mais on aurait pu faire une plus grande place à Chrystia Freeland, qui est vice-première ministre et qui est très respectée. On n’a pas vu beaucoup Patty Hajdu, la ministre de la Santé, non plus. On a l’impression que Justin Trudeau est isolé dans son cabinet, qu’il est dépassé par les événements. »

Dans les circonstances, les autorités ont néanmoins raison d’éviter de parler de la durée potentielle de mesures en place et du nombre de morts projeté. « On veut éviter les excès dans tous les sens. Mais le gouvernement est extrêmement transparent dans les circonstances. »

Enfin, les mêmes principes s’appliquent à l’échelle municipale, où le maire Steve Lussier a été moins présent dans les médias qu’a pu l’être Valérie Plante à Montréal. Il a toutefois diffusé une vidéo en ligne en soirée jeudi. « Les rumeurs et les perceptions se créent rapidement. Quand l’élu ne prend pas la parole, les gens vont la prendre à sa place. Il faut montrer qu’on a la situation en main, mais si on n’a rien à dire, il ne faut pas parler inutilement non plus, sinon on perdra l’intérêt des gens. Communiquer pour communiquer, c’est contre-productif. »