L’automatisation est assurément la voie de l’avenir selon Alexandre Moise.

« Il y aura toujours des humains »

Même si l’automatisation est de plus en plus présente dans les entreprises et les commerces, il restera toujours des tâches que seul un être humain peut accomplir, estime Alexandre Moise, professeur à l’école de gestion de l’Université de Sherbrooke.

« Ce n’est pas que les êtres humains ne travailleront plus, on n’est pas dans la société des loisirs, précise M. Moise. On prend des tâches qui ont moins de valeur ajoutée et on les amène vers la machine. Ça permet de mieux travailler. On peut remplacer des tâches humaines et permettre aux gens de faire autre chose comme un meilleur service à la clientèle par exemple. Il va toujours y avoir des tâches à faire qui vont nécessiter du jugement humain qu’une machine ne pourra pas faire. »

Malgré tout, l’automatisation est assurément la voie de l’avenir selon Alexandre Moise.

« La technologie est une extension du corps humain, mentionne-t-il. Un vélo est une extension des jambes. Je peux bien courir, mais à un moment donné j’atteins une certaine vitesse, donc j’ai un vélo. Une calculatrice est une extension de notre cerveau parce que faire la racine carrée de 328, ce n’est pas évident. C’est plus rapide et il y a moins d’erreurs et c’est ça l’objectif en fin de compte. Il y a aussi une pression du consommateur d’aller vers l’automatisation parce que ça réduit les délais d’attente et les coûts. Il y a plein d’avantages. »

Perte d’emploi à prévoir ?

Certains prévoient beaucoup de pertes d’emplois liées à l’automatisation. On peut penser aux restaurants qui emploient de moins en moins de caissières au profit de bornes de commandes automatiques ou aux guichets automatiques qui ont remplacé des êtres humains dans les institutions financières. Alexandre Moise estime toutefois que la perception et la réalité diffèrent parfois.

« Il faut faire attention parce que dans bien des cas ce sont des emplois qui ne sont pas comblés, souligne-t-il. Il manque de gens et on n’est pas capable de répondre à la demande. Il va y avoir plus de gens à la retraite que sur le marché du travail. On parle de deux travailleurs pour trois retraités ou même un pour deux. Ça va nécessiter des gens, mais on ne les aura pas. Imaginez toutes les personnes à la retraite qui font la file pour aller à la banque, ça n’a aucun sens. »

Ce ne sont pas tous les types d’emplois qui sont à risque de disparaître en raison de l’automatisation.

« Quand l’humain n’est pas assez rapide, on le remplace par la machine, ce n’est pas nouveau comme phénomène, poursuit M. Moise. Les standardistes ont tous disparu. Les recherchistes juridiques sont tranquillement en train de se faire remplacer par l’intelligence artificielle. Les études ont démontré que plus l’emploi exige un niveau de scolarité élevé et plus le salaire est élevé, moins il est à risque d’être automatisé. C’est plutôt dans l’industrie de la vente et des services qu’il y aura de l’automatisation. »

Nouveau contexte, vieux problèmes

Si des emplois s’automatisent, il y aura forcément des gens qui devront changer d’occupation ou être formés pour de nouvelles tâches. Or ce problème existe de toute façon déjà selon Alexandre Moise.

« Prends une ville en région où tout le monde travaille dans une usine et pour des raisons économiques, l’usine doit être délocalisée. Il se passe quoi avec ces gens-là? Tu fais quoi quand tu perds ta job à 52 ans? C’est le même phénomène avec l’automatisation. Le gouvernement a un rôle à jouer là-dedans pour anticiper. Il faut préparer les nouvelles générations aux métiers d’avenir. Il faut aider les gens à s’adapter. Et c’est aussi de prendre soin de ceux qui ne pourront pas se replacer. C’est le même problème qu’on a toujours eu. On a peur que ça se fasse dans des proportions beaucoup plus grandes qu’avant, mais la machine qui sera capable de tout faire n’arrivera pas demain matin, on va la voir venir. Il y a une réponse sociale à avoir.»

L’éternelle résistance au changement de l’être humain est également à prendre à compte. 

« Certaines personnes ont peur de perdre leur emploi, résume M. Moise. Si tu t’assois avec un analyste informatique qui doit développer un système qui va te remplacer, tu n’auras pas trop le goût de l’aider. J’ai entendu beaucoup d’histoires de la sorte, de gens qui sont à quelques années de la retraite. On vient les voir pour développer un système qui va les remplacer et ils faisaient exprès pour saboter ou ralentir le processus. »