L'explosion de l'usine Neptune Technologies et bioressources, dans le parc industriel de Sherbrooke, a eu lieu le 8 novembre 2012.

Il y a cinq ans, une explosion mortelle secouait Sherbrooke

Les Sherbrookois ont encore frais à la mémoire l’explosion mortelle survenue à l’entreprise Neptune Technologies et bioressources dans le parc industriel. Cinq années sont passées depuis la tragédie du 8 novembre 2012 qui a coûté la vie à trois personnes de façon tragique.

Au milieu de cette journée-là, tous les services d’urgence ont convergé vers le site de cette usine de la rue Pépin qui venait d’être lourdement endommagée par une explosion suivie d’un incendie.

Un déversement de l’acétone et sa propagation dans le corridor de l’usine sont survenus à la suite de modifications réalisées la journée même au système d’extraction d’huile de krill.

Une impressionnante colonne de fumée s’échappait des installations de Neptune. On craignait qu’un nuage toxique s’installe sur la ville et les environs. Dans un branle-bas de combat rarement vu à Sherbrooke, on a érigé un large périmètre de sécurité.

En fin de journée, on confirmait que trois personnes étaient décédées et qu’une trentaine d’autres travailleurs avaient des blessures. L’événement a coûté la vie à Marc Couture, Herman Guerrero et Abel Regalado-Calderin.

Daniel Gingras, des pompiers de Sherbrooke, se souvient évidemment bien de cette journée, dont la météo ressemblait à celle de mercredi. « J’avais pris congé pour la journée et j’ai été rappelé d’urgence au travail », raconte le directeur adjoint aux opérations. « C’était très insécurisant pour les premiers pompiers arrivés sur place en raison des risques d’explosions qui pouvaient se produire. »

« Tout le monde se souvient de cet événement. Ça marque toujours quand il y a des victimes. »

Les équipes du Service de protection contre les incendies de la Ville de Sherbrooke interviennent plus souvent pour des événements dans des résidences que dans le secteur industriel, fait remarquer M. Gingras. Une opération dans une usine chimique apporte son lot de stress. On avait commencé à revoir les méthodes d’intervention en industrie, mais l’explosion de Neptune a aussi permis d’améliorer les façons de faire. « Il faut la connaissance du milieu. Nous allons sur le terrain pour connaître de façon approfondie le parc immobilier pour être encore plus efficaces lors des interventions », dit-il.

« Nous faisons aussi beaucoup de formation. »

Douze déversements d’acétone

Dans son rapport d’enquête déposé en mai 2014, la CSST (aujourd’hui la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail [CNESST]) avait identifié douze déversements d’acétone mineurs par le passé et quatre majeurs au cours des deux dernières années avant l’explosion du 8 novembre 2012. Neptune avait été blâmée et avait dû payer une amende de 58 000 $.

Selon ce rapport, il y avait des manquements dans la conception et le contrôle du procédé lors du redémarrage des opérations provoquant un déversement incontrôlable d’acétone. Le rapport pointe également une contradiction entre la classification et les aménagements du bâtiment et son usage principal.

Enfin, des lacunes au niveau des compétences techniques du personnel générant des situations dangereuses avaient été identifiées.

L’entreprise Neptune Technologies et bioressources a aussi été condamnée à plus de 86 500 $ d’amende pour avoir enfreint la Loi sur la qualité de l’environnement du Québec. Ces constats d’infraction avaient été donnés à la suite de l’enquête faite en marge des tragiques événements.

L’entreprise avait plaidé coupable à cinq constats d’infraction.

Même si le certificat d’autorisation permettait la production d’huile de krill à partir d’un seul réservoir, l’entreprise a ajouté un réservoir additionnel pour augmenter la production et améliorer le procédé entre le 1er octobre 2011 et le moment de l’explosion le 8 novembre 2012.

En septembre dernier, on apprenait qu’aucune accusation criminelle ne serait déposée contre l’entreprise.

Après analyse du dossier d’enquête mené par le Service de police de Sherbrooke, le directeur aux poursuites criminelles (DPCP) a déterminé qu’il « ne peut pas être raisonnablement convaincu d’être en mesure d’établir la culpabilité de quiconque ».