Pour la première fois, les troupes sont parties du manège militaire et se sont engagées dans les rues de Sherbrooke pour la parade, le moment fort de la journée.

Hommage aux disparus

Voilà 100 ans que l’Armistice est signé, marquant la fin de la Première Guerre mondiale. Le régiment des Fusiliers de Sherbrooke s’est chargé d’organiser les commémorations de ce jour du Souvenir, où vétérans, militaires et différents corps de cadets ont participé à la cérémonie, ainsi qu’à la parade. Cette cérémonie était d’ailleurs revisitée cette année; pour la première fois, elle prenait place dans les murs mêmes du manège militaire, plutôt qu’à la cathédrale.

Celle-ci s’est vue plus inclusive, où tous les militaires et personnes civiles pouvaient se sentir invités, peu importe leur religion. 

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À la cathédrale, il y avait toujours cette allusion à la religion catholique, et Sherbrooke était le seul endroit au Canada où il y avait une cérémonie religieuse avant de faire la parade. Les membres des régiments pratiquant une autre religion ou les athées pouvaient se sentir mis à part.

Pour la première fois, les troupes sont donc parties du manège militaire et se sont engagées dans les rues de Sherbrooke pour la parade, le moment fort de la journée.

Quelques survivants des dernières guerres faisaient partie des centaines de spectateurs rassemblés au centre-ville. Pour ces gens, ce sont aussi les visages de leur famille perdue parmi les victimes civiles qu’ils ont en tête. Le Polonais Christian Jelowicki, maintenant installé à Lennoxville, est parmi ceux-là. Il s’est évadé d’un camp de concentration à tout juste 4 ans. 

« C’était en décembre 1942, ma mère et ma grand-mère étaient dans la résistance polonaise en France. Elles faisaient sortir les gens à travers les Pyrénées. Chaque année c’est important de venir, j’ai beaucoup de membres de ma famille qui sont décédés pendant la Deuxième Guerre mondiale, ou ils étaient tués par les Ukrainiens, ou ils étaient tués par les Allemands, ou ils étaient tués par les Soviets. »

La foule présente malgré le froid

C’est au coup de 11 h 11 que les troupes, descendues sur la rue King Ouest près du Cénotaphe de Sherbrooke, ont procédé à la minute de silence émouvante, dédiée à ceux ayant perdu la vie au combat.

Des prières en lien direct avec la centième année de l’Armistice se sont fait entendre.

« Comme Canadiens, on a un devoir de mémoire, de se rappeler du sacrifice que les militaires ont fait pendant les différents conflits », rappelle le capitaine Joey Thibault, officier des affaires publiques. 

Le froid n’a pas arrêté les nombreux civils venus assister à la parade. 

« La cérémonie du 11 novembre est un bien court moment, comparativement à l’énorme sacrifice consenti par les militaires canadiens au fil de l’histoire. C’est pourquoi il est important pour moi de prendre part à cette cérémonie, année après année », partage Marc Nadeau, engagé auprès des corps cadets depuis plusieurs années.

M. Nadeau avait d’ailleurs deux jeunes filles dans la parade, qui étaient toutes deux impatientes de prendre part à l’événement significatif. 

Une cérémonie inclusive

L’initiative de déplacer la cérémonie du jour du Souvenir vers le manège militaire vient du commandant du régiment des Fusiliers de Sherbrooke en poste depuis 2017, le lieutenant -colonel Alexandre Grégoire. Si ce dernier avoue la résistance exprimée envers son idée au départ, le commandant se dit très satisfait du résultat, ayant reçu que des commentaires positifs.

« Quand je suis devenu commandant, j’avais mes idées. J’ai eu beaucoup de réflexions par rapport à comment est le régiment présentement, et où je veux l’amener pendant les trois prochaines années. J’avais entre autres la vision d’accepter la diversité. Je suis catholique, à la cathédrale c’est beau et majestueux. Je trouvais ça très joli. Mais j’avais un problème parce que j’ai des gens qui sont de confessions différentes, ou des athées qui refusaient d’entrer dans la cathédrale. Ça mettait des gens de côté », explique lieutenant-colonel.

Le lieutenant-colonel Alexandre Grégoire

Les militaires ont aimé l’aspect inclusif, puis de faire la cérémonie entre les murs d’un lieu d’entrainement représentatif rendait le moment spécial. 

« On supprime le côté eucharistique de la chose. On fait une célébration spirituelle, unificatrice pour tous. C’est un peu dans l’air du temps. C’est un de nos mandats, que chaque personne se sente bien dans notre organisation », ajoute-t-il.

Cette idée de diversité et d’inclusion s’aligne avec sa vision de dirigeant. Depuis un an, Alexandre Grégoire met l’accent sur l’entrainement innovateur des soldats, sur de meilleures collaborations entre les régiments et sur une meilleure gestion de personnel. 

« “On a toujours fait ça de même”, c’est la phrase que j’essaie de ne pas entendre. On veut s’assurer que les gens changent leur façon, la société a changé et on a plus les mêmes soldats qu’on avait. On a la chance d’avoir des soldats très éduqués contrairement à l’époque. Ça a changé. À Sherbrooke, on a une terre fertile pour le recrutement, pour avoir des soldats d’exception. Il faut qu’on arrive à bien vendre ce qu’on offre », explique-t-il.