Johanne Fleurant est directrice à la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’ Estrie.
Johanne Fleurant est directrice à la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’ Estrie.

Hausse des signalements de 28 % à la DPJ de l’Estrie

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
L’année 2019-2020 aura été l’année de tous les défis pour la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie. L’organisation vouée à la protection des enfants vulnérables a dû composer avec une hausse encore soutenue du nombre de signalements et avec la pandémie qui a sorti les enfants de leurs milieux de garde et des écoles.

La DPJ de l’Estrie a reçu 7744 signalements durant l’année 2019-2020. Il s’agit d’une augmentation de 28 % par rapport à l’année précédente.

Cela fait plusieurs années que les signalements sont à la hausse année après année au Québec. L’Estrie se démarque toutefois du reste de la province, alors que les données provinciales pour 2019-2020 font état d’une hausse de 12 % par rapport à l’année précédente.

« L’année dernière, c’était l’année suivant le décès de la petite fille de Granby, donc on sait qu’il y a eu une augmentation de signalements qui peuvent être attribués à cet événement », a expliqué en point de presse Johanne Fleurant, directrice de la DPJ Estrie.

Cette dernière a présenté mercredi le bilan de son organisation en même temps que tous les directeurs des autres DPJ régionales au Québec.

« L’année 2019-2020 a amené son lot de défis aux directeurs de la protection de la jeunesse du Québec. Confrontées en fin d’année à l’amorce de la pandémie, les DPJ et leurs équipes ont dû rapidement adapter leur offre de service et leurs pratiques pour continuer de répondre aux besoins des enfants, des jeunes et de leur famille », a-t-elle mentionné.

Durant les trois mois du confinement au Québec en mars, avril et mai, la DPJ de l’Estrie a reçu 5,7 % de signalement de moins que pendant les mêmes trois mois de l’année précédente. « Cela a cependant donné lieu à 11 signalements retenus de moins que l’année précédente », a-t-elle nuancé.

Ailleurs au Québec, les signalements ont diminué de 20,5 % durant les trois mois de la pandémie.

Listes d’attente réduites

La DPJ de l’Estrie est sous le feu des projecteurs après la mort d’une petite fille bien connue de ses services au printemps 2019 à Granby. Rappelons les faits. La fillette de Granby a trouvé la mort en mai 2019. Dans les mois qui ont suivi, plusieurs enquêtes différentes ont été menées pour mettre en lumière les manquements dans ce dossier. Entre autres, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a conclu à de nombreux manquements des services publics « à toutes les étapes du processus clinique et légal qui visaient à protéger la jeune victime ».

La DPJ de l’Estrie a été placée sous la tutelle d’un mandataire spécial en mars dernier par le ministre délégué aux Services sociaux, Lionel Carmant, responsable des dossiers de la jeunesse. Le mandataire spécial, Richard Deschamps, est toujours présent à la DPJ de l’Estrie. Il a cependant quitté pendant une partie de l’année pour retourner travailler dans sa fonction de président-directeur général du CISSS Montérégie-Centre afin d’y gérer la pandémie.

Dans la dernière année, la DPJ de l’Estrie a travaillé sur plusieurs plans afin de diminuer ses listes d’attente, qui sont divisées en trois parties à la DPJ.

Il y a d’abord la réception et le traitement des signalements. Au 31 mars 2018, il y avait 648 signalements en attente. Au 31 mars 2019, il y en avait 685. Au pic, le 15 mai 2019, peu après le drame de Granby, il y avait 896 dossiers en attente de traitement à la DPJ

« En date d’aujourd’hui, il n’y a plus de liste d’attente », souligne Mme Fleurant.

Une fois terminée la réception des signalements, vient ensuite l’étape de l’évaluation et des orientations. Au 31 mars 2018, il y avait 331 dossiers en attente et 407 au 31 mars 2020. Or au 21 septembre (lundi), il en restait 151.

« Nous avons fait un blitz majeur depuis la mi-mars pour diminuer la liste d’attente dans ce secteur », explique la directrice de la DPJ de l’Estrie.

Vient ensuite l’application des mesures, où la liste d’attente s’est stabilisée avec 35 dossiers en attente.

Année charnière

Hausse des signalements, drames familiaux, Commission spéciale sur les droits des enfants et sur la protection de la jeunesse, rapport du Vérificateur général du Québec : la dernière année en aura été une charnière dans l’histoire de la protection de la jeunesse au Québec.

« Plus forts ensemble! » est le thème qui a été choisi pour ce 17e bilan qui veut mettre en lumière l’importance du travail en partenariat et rendre hommage à ses artisans.

« Qu’il s’agisse du soutien apporté par la voisine, par l’enseignante à l’écoute attentive ou par les intervenants et organismes d’horizons variés, chaque action bienveillante compte et s’additionne les unes aux autres pour tisser le filet de protection sociale essentiel au bien-être des enfants », a indiqué la directrice de la protection de la jeunesse en Estrie.

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La DPJ en bref…

  • 48,2 % des enfants pris en charge par la DPJ en Estrie sont demeurés dans leur milieu familial en 2019-2020.
  • 633 adolescents ont reçu des services dans le cadre de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, ce qui représente une augmentation de 1,4 % par rapport à l’an dernier.
  • En Estrie, vingt enfants québécois ont été adoptés et trois adoptions ont eu lieu à l’international. Ces nombres sont similaires depuis cinq ans en Estrie.
  • Les personnes ayant été adoptées au Québec ont plus de facilité à retrouver leur famille biologique depuis le 16 juin 2018, date où sont entrées en vigueur l’ensemble des dispositions de la Loi modifiant le Code civil et d’autres dispositions législatives en matière d’adoption et de communication de renseignements. Ces changements à la loi ont modifié certaines règles de confidentialité entourant l’identité des personnes adoptées et des parents d’origine ayant donné un enfant en adoption.

En Estrie, ces changements à la loi ont eu de grands impacts. En 2016-2017, 27 personnes avaient fait une recherche d’antécédents, un autre service pris en charge par la direction de la protection de la jeunesse. Ce nombre a augmenté de façon importante dans la dernière année, avec 102 demandes de recherches d’antécédents.

  • L’augmentation du nombre de demandes d’antécédents a mené à 69 retrouvailles entre les enfants et leurs parents biologiques, là aussi en hausse par rapport aux années précédentes.
  • Parmi les points positifs du bilan 2019-2020 de la DPJ de l’Estrie, on retrouve :

- La diminution de l’utilisation des mesures judiciaires;

- Le virage technologique : tous les intervenants ont un portable et un cellulaire;

- La mise en place d’un programme d’orientation et d’intégration des nouveaux employés sur deux ans;

- La formation de plus de 2500 partenaires des milieux scolaires, CPE, organismes communautaires, médecins, policiers…

  • Des enjeux sont toujours présents alors que l’année 2020-2021 est bien entamée à la DPJ de l’Estrie :

- L’augmentation significative de jeunes intervenants avec peu d’expérience en protection de la jeunesse;

- Les délais judiciaires qui sont en lien avec la pandémie;

- La pénurie de main-d’œuvre…