Le docteur en biochimie et cofondateur d’Immune Biosulotions, Frédéric Leduc, a conclu un partenariat avec Johnson et Johnson.

Guérir le cancer avec des œufs de poule ?

Guérir le cancer à l’aide d’œufs, c’est ce que le docteur en biochimie et cofondateur d’Immune Biosulotions, Frédéric Leduc, tente de faire depuis six ans. Actuellement, le produit de l’entreprise sherbrookoise est testé sur des animaux.

« Les anticorps, ce sont des protéines que notre système immunitaire produit, explique M. Leduc. Ce sont un peu les missiles guidés de notre système immunitaire. Depuis plusieurs dizaines d’années, les chercheurs les utilisent comme microdétecteurs. Il y avait un besoin de faire des anticorps plus efficaces et c’est de là que nous avons créé l’entreprise. »

« Au début, on faisait des outils de recherches principalement et maintenant, on fait des médicaments, poursuit-il. On utilise le système immunitaire de la poule pour créer de bons anticorps qui vont avoir une action dans le corps humain. On travaille actuellement sur plusieurs projets, dont deux avec l’Université de Sherbrooke en oncologie. On est en train de développer des anticorps qui viennent combattre le cancer du sein ou de la prostate. On fait littéralement du médicament. »

« On fait les premiers tests avec les anticorps que la poule produit directement, on les extrait à partir du jaune des œufs, ensuite on va chercher l’ADN (le plan de l’anticorps) et l’on va le transformer pour faire des anticorps qu’on appelle « humanisés ». On change des morceaux par des morceaux humains pour que le corps puisse s’en servir comme une arme », vulgarise le docteur en biochimie.

« On combat le cancer, assure-t-il. On reconnait quelque chose qui est unique au cancer. Les anticorps ont une double action : ils aident le système immunitaire à trouver les cellules cancéreuses et à les éliminer, mais ils ont eux-mêmes une action : quand ils se lient aux cellules cancéreuses, ça amène la mort cellulaire, donc ça tue les cellules cancéreuses. Oui, on peut s’en servir pour la détection, mais réellement, on est plus dans l’action. »

La technique utilisée s’apparente à la chimiothérapie, mais déclenche moins d’effets secondaires. « Quand on parle de chimiothérapie, c’est un agent qui tue les cellules qui se dupliquent rapidement, mais ça a des effets secondaires importants, car d’autres cellules se reproduisent rapidement. Avec notre anticorps, on est capable de viser presque uniquement les cellules cancéreuses avec beaucoup moins d’effets secondaires », précise Dr Leduc.

Le médicament est actuellement testé sur des animaux. « En juin dernier, le Consorsium québécois pour le développement du médicament a appuyé deux de nos anticorps qui sont actuellement en évaluation préclinique. C’est la phase juste avant d’être testé chez les humains. On a deux anticorps en oncologie testés sur des animaux. Ça avance très bien, ça prend énormément de temps avant de se rendre chez les patients, mais on est sur la bonne voie avec ces deux-là », se réjouit Dr Leduc.

« C’est un domaine actif, en pleine explosion, continue-t-il. On a développé toutes sortes de technologies pour faire ça de manière efficace et rapide pour passer d’une idée à un médicament testé sur des patients en l’espace de quelques années. »

L’ACET

Sans contribution de l’Accélérateur de création d’entreprises technologiques (ACET), l’entreprise ne serait pas ce qu’elle est. « Probablement que l’entreprise n’existerait pas sans l’appui de l’ACET. Ça nous a pris énormément de temps avant de convaincre des gens. Partir des entreprises technologiques et particulièrement en science de la vie, ça coûte des millions de dollars. D’avoir un appui très tôt dans notre développement a été magique, car ça nous a permis d’avoir d’autres collaborateurs et de monter l’entreprise morceau par morceau », commente M. Leduc, ajoutant qu’il collabore avec les jeunes pousses.

De plus, l’entreprise a récemment conclu un partenariat avec une grande entreprise américaine. « Nous avons annoncé un partenariat avec Johnson et Johnson, afin de développer de nouveaux médicaments. On a vraiment le vent dans les voiles. Ça représente beaucoup de crédibilité et c’est une belle illustration des efforts que toute l’équipe a faits. C’est un travail d’une communauté au complet. Le plus important pour nous est d’avoir un impact sur la santé humaine. Cette collaboration va nous approcher encore plus près du but de sauver des vies », résume-t-il.