La compagnie Grondair, de Saint-Frédéric en Beauce, ne laisse aucun appareil à Sherbrooke tant que la clientèle n’est pas au rendez-vous.

Grondair n’a toujours pas décollé de l'aéroport

Grondair annonçait en mars qu’elle offrait des services nolisés à l’aéroport de Sherbrooke. Un peu plus de trois mois plus tard, la compagnie aérienne attend toujours de transporter ses premiers passagers à partir de l’aérogare Gilbert-Boulanger. Une étude est toutefois en cours pour connaître les besoins réels des Sherbrookois.

« Nous avons un peu passé l’étape de la sensibilisation des clients par rapport à nos services. Les clients de Sherbrooke ne connaissaient pas beaucoup les services nolisés », explique Jonathan Bolduc, directeur au développement des affaires chez Grondair.

Lire aussi: Plus de trafic à l’aéroport

Un pas vers des vols commerciaux à l’aéroport

« Nous devons faire du marketing et de l’éducation. Les entreprises ont souvent des besoins pour une ou deux personnes. Quand ils comparent les prix avec des billets d’avion commerciaux, ils réalisent que l’avion nolisé coûtera deux fois plus cher. »

Il faut compter environ 1000 $ par heure de vol pour retenir les services de Grondair. Un vol pour Toronto coûterait donc environ 5000 $ dans un avion pouvant accueillir jusqu’à neuf passagers.

La Ville de Sherbrooke réalise toutefois une étude pour connaître les besoins réels en transport aérien dans sa communauté. « On cherche à savoir combien de billets d’avion chaque entreprise a achetés et la destination qui était visée. Avec ces données, nous espérons offrir des services plus appropriés cet automne. »

Jean-François Ouellet, directeur de l’aéroport de Sherbrooke, confirme que l’Université de Sherbrooke a déjà répondu au sondage et que les commerces et industries suivront. Les citoyens pourront aussi y répondre par la suite. « Nous validons les habitudes des gens de la région, et non leurs intentions. Dans le passé, on leur demandait plutôt le nombre de fois qu’ils prévoyaient prendre l’avion. Nous irons chercher des données très factuelles », dit M. Ouellet. « D’ici la fin de l’année, nous aurons un bon aperçu. »

Pourquoi une telle étude n’a-t-elle pas été réalisée avant? « C’est une bonne question, mais nous en sommes venus à la conclusion au printemps que pour la suite, ce serait la meilleure chose à faire. »

Aucune perte
Grondair, une compagnie de Saint-Frédéric en Beauce, ne laisse aucun appareil à Sherbrooke tant que la clientèle n’est pas au rendez-vous. Elle ne subit donc aucune perte.

« Nous avons eu beaucoup de demandes de soumissions, mais c’était souvent pour un ou deux passagers », rapporte Jonathan Bolduc. Les destinations souhaitées? Punta Cana, Vancouver, Val-d’Or, Rouyn-Noranda, Toronto et Anticosti, entre autres. « Nous n’avons pas les avions pour aller à Punta Cana. Nous sommes efficaces dans un rayon de 800 miles [environ 1290 km] autour de Sherbrooke. »

Le concept du partage de la facture entre plusieurs entreprises qui viseraient une même destination ne fonctionne pas non plus. Une application mobile pour chercher des partenaires de vol a été imaginée, mais elle n’a pas encore été mise en service.

« Nous continuons à mettre de l’énergie parce qu’on y croit et parce que nous n’avons pas fait beaucoup de marketing. Établir des vols réguliers vers Toronto trois fois par semaine, par exemple, sans l’étude qui est en cours, ce serait très risqué. Nous offrirons bientôt des avions plus petits, à trois ou quatre places, qui permettront de réduire les coûts de 25 %. Ce sera moins luxueux, les trajets seront un peu plus longs, mais ce sera moins cher. »

L’aéroport de Sherbrooke fait aussi affaire avec un courtier qui cherche le meilleur prix selon les besoins des clients. « Il se pourrait que Grondair soit désavantagée, mais on prend le pari que plus les Sherbrookois vont voler, plus ce sera profitable pour tout le monde. »

Grondair n’a pas établi d’échéance pour décider si elle demeure à Sherbrooke.

Jean-François Ouellet ne se dit pas inquiet que les entreprises sherbrookoises tardent à répondre. « Je pense que c’est juste une étape normale. »

À la Chambre de commerce de Sherbrooke, le président Claude Denis n’en a pas contre Grondair, mais estime que ses services ne répondent simplement pas aux besoins des entreprises d’ici. « Ce n’est pas la formule que nous souhaitons. Nous voulons des vols réguliers vers de gros aéroports pour pouvoir réserver un seul billet d’avion, avec escale, qui nous permettra de voyager partout dans le monde. Les vols nolisés, c’est assez dispendieux. Nous avons tout de même proposé de faire de la publicité pour Grondair et nous attendons son matériel. »