Le tintamarre de la centaine de responsables de service de garde en milieu familial (RSE), jeudi matin, et les fanions mauves laissés devant le bureau du député de Saint-François à Sherbrooke visent à marquer leur ras-le-bol.
Le tintamarre de la centaine de responsables de service de garde en milieu familial (RSE), jeudi matin, et les fanions mauves laissés devant le bureau du député de Saint-François à Sherbrooke visent à marquer leur ras-le-bol.

Grève générale illimitée des RSE : la rémunération au cœur du litige

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Sherbrooke – Le tintamarre de la centaine de responsables de service de garde en milieu familial (RSE), jeudi matin, et les fanions mauves laissés devant le bureau du député de Saint-François à Sherbrooke visent à marquer leur ras-le-bol.

Débordées par une charge de travail grandissante et encore et surtout par une rémunération qu’elles estiment être sous le salaire minimum, les éducatrices sont en grève générale illimitée depuis le début de la semaine.

« Pour certains membres, il en va de la survie de leur service de garde en milieu familial », affirme la trésorière de l’Alliance des intervenantes en milieu familial de l’Estrie (ADIM-Estrie), Lisane Beauvais.

Les membres espèrent que cette pression exercée devant le bureau de la députée de la Coalition Avenir Québec (CAQ), Geneviève Hébert, puisse s’ajouter à la somme des manifestations tenues ailleurs au Québec, afin que les négociations avec le ministre de la Famille du Québec, Mathieu Lacombe, aboutissent.

« Personne ne travaillerait en bas du salaire minimum pour des semaines qui dépassent souvent les 50 heures. En plus de s’occuper de tout ce qui a trait au milieu de garde, nous devons planifier les journées avec les enfants en fonction du programme éducatif sans compter que nous devons aussi compléter le dossier de l’enfant qui s’est rajouté à la charge », explique Mme Beauvais.

Responsable d’un service de garde en milieu familial dans le secteur de Fleurimont, Caroline Allard affirme qu’elle s’appauvrit chaque année.

« Je perds de 500 $ à 1000 $ par année, ça n’a aucun sens. Nous n’avons jamais eu de rattrapage salarial », signale Mme Allard.

Lisane Beauvais mentionne que ces diminutions salariales combinées à l’épuisement ont un impact direct sur la désertion de la profession.

« Nous étions 1100 membres il y a cinq ans. Nous sommes rendus à 700. J’ai vécu les négociations depuis 30 ans et c’est pire que pire », estime Mme Beauvais.

Éducatrice à Orford, Caroline Bernard affirme qu’elles reçoivent le soutien des parents lors de cette négociation malgré la grève depuis le début de la semaine.

« J’ai des communications avec les parents tous les jours pour les informer de la situation. Les parents sont conscients de ce que l’on accomplit. Ils savent que ce que nous offre le ministre Lacombe est insuffisant », affirme Mme Bernard.

Cette dernière souligne qu’en plus des tâches qui ne cessent de s’alourdir, les mesures sanitaires liées à la COVID-19 complexifient la tâche.

« Personne ne travaillerait à un aussi bas salaire pour tout ce que nous faisons », affirme Caroline Bernard.

Grève de 24 heures à Lac-Mégantic

Par ailleurs, les responsables de service de garde (RSG) en milieu familial membres de la CSN sont en grève pour 24h, ce jeudi. Dans la région estrienne, elles sont une cinquantaine dans le secteur de Lac-Mégantic.

« Travailler dur une cinquantaine d’heures par semaine pour une paie de 35 heures, équivalant à 27 000 $ par année, c’est inacceptable, plaide Karine Morisseau, représentante du secteur des RSG de la FSSS–CSN. Ces conditions de travail dérisoires conduisent directement nos éducatrices à déserter la profession. Plusieurs centaines d’entre elles ont déjà cessé leurs activités. C’est à se demander si la stratégie gouvernementale, ce n’est pas de sous-payer nos éducatrices pour tuer le réseau des services de garde en milieu familial. Pourtant, ce réseau répond aux besoins des parents. »

Un processus de médiation a été amorcé entre l’instance syndicale et le ministère de la Famille. Des rencontres de médiation sont prévues les 25 et 28 septembre.

Selon la CSN, 12 000 places pour les enfants ont disparu depuis le début de la pandémie. La CSN représente 3000 RSG au Québec.

Le litige

La rémunération est au cœur du litige, maintenant, les autres points ayant été réglés, avait indiqué lundi la présidente de la FIPEQ, Valérie Grenon.

Selon le syndicat, la dernière offre du gouvernement équivaut à 12,83 $ l’heure, une fois les calculs faits à partir de la subvention reçue du ministère. La FIPEQ revendique 16,75 $.

Mais, en fait, ces responsables de services de garde en milieu familial ne sont pas rémunérées à l’heure ; elles reçoivent une subvention de 43 000 $ du ministère pour leur garderie à domicile. De plus, elles touchent les contributions parentales de 8,35 $ par enfant par jour, desquelles elles touchent 7 $ par enfant par jour. Si elles accueillent le maximum permis de six enfants, elles touchent donc 53 270 $.

La question est donc de savoir comment soustraire de ce montant leurs dépenses réelles, comment faire les calculs en fonction de leurs heures de travail - d’où les divergences quant à la rémunération réellement versée.

Le ministère assure qu’il se montre équitable et offre une rémunération convenable, d’autant plus qu’elles font le choix de travailler à la maison et qu’elles peuvent déduire au plan fiscal une partie de leurs dépenses : hypothèque, chauffage, électricité.

La CSQ et sa FIPEQ invitent le ministre à rendre publics les chiffres sur lesquels il se base pour effectuer ses calculs. Elles disent refuser d’être considérées comme du « cheap labour ». Et elles l’invitent à déposer de nouvelles offres.

Avec Isabelle Pion et La Presse Canadienne

« Personne ne travaillerait à un aussi bas salaire pour tout ce que nous faisons », affirme Caroline Bernard, éducatrice en milieu familial dans la région de Sherbrooke.