« Nos ados sont très solides. Moi vraiment, je leur lève mon chapeau. Ils sont incroyables, ils font de grands efforts pour la plupart. Mais même nos grands ados les plus solides commencent à flancher », affirme la pédiatre Marie-Claude Roy.
« Nos ados sont très solides. Moi vraiment, je leur lève mon chapeau. Ils sont incroyables, ils font de grands efforts pour la plupart. Mais même nos grands ados les plus solides commencent à flancher », affirme la pédiatre Marie-Claude Roy.

« Grande détresse » chez les ados

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Les adolescents sont très nombreux à se présenter « en grande détresse » dans les salles d’urgence des hôpitaux estriens. Le nombre de jeunes en état de détresse, aux prises avec des troubles alimentaires ou des idées suicidaires est plus élevé que jamais. « Je n’avais jamais vu autant de cas de détresse et des cas aussi sévères », s’alarme la pédiatre Dre Marie-Claude Roy.

Le portrait des enfants hospitalisés en pédiatrie a radicalement changé entre novembre 2019 et le même mois cette année. La pédiatre se dit très inquiète de l’état des jeunes Estriens qu’elle soigne. « Nos ados sont très solides. Moi vraiment, je leur lève mon chapeau. Ils sont incroyables, ils font de grands efforts pour la plupart. Mais même nos grands ados les plus solides commencent à flancher. Il faut dire qu’on leur demande depuis des mois de faire exactement le contraire de ce qu’ils devraient faire à leur âge. Les adolescents devraient sortir, s’émanciper de leur famille, et on leur demande au contraire de rester leur cellule familiale », mentionne la pédiatre du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui est aussi membre du conseil d’administration de l’Association des pédiatres du Québec.

Dans ce contexte, elle est cependant soulagée par l’annonce de jeudi par le gouvernement de François Legault : « Avec l’enseignement à distance, on évite la perte de contact prolongée entre les jeunes et leurs enseignants et ça, c’était vraiment important », dit-elle.

Rappelons les faits : jeudi en fin de journée, le gouvernement Legault a annoncé qu’il y aurait de l’enseignement à distance pendant quelques journées avant Noël (entre deux et cinq jours selon les centres de services scolaires) pour les enfants du primaire et du secondaire. Le retour sur les bancs d’école se ferait à la date prévue pour les enfants du primaire. Les élèves du secondaire auront toutefois des cours à distance jusqu’au 11 janvier. Objectif : avoir une période de quarantaine avant et après les journées où les rassemblements familiaux seront permis (du 24 au 27 décembre).

Chaque journée en classe augmente la motivation

Le plan proposé par le gouvernement est donc un excellent compromis, estime la Dre Roy, puisqu’il permet de concilier les besoins de ceux qui ont besoin de contacts avec leurs familles, tout en protégeant les milieux scolaires des éclosions. Mais les fêtes devront se dérouler de façon responsable.

« Si on fait quatre fêtes différentes en quatre soirs, nous sommes très à risque. Chaque famille devra viser un équilibre, cibler des situations où le côté humain est très très important. Par exemple, ça va si on choisit de voir les grands-parents parce qu’on en a besoin, et parce qu’eux aussi en ont besoin pour passer l’hiver. Ensuite, est-ce qu’on a vraiment besoin de faire trois soupers entre amis? Je ne le crois pas. Collectivement, on doit faire des choix », dit la Dre Roy. 

« Ce n’est même pas une question, c’est une réalité : il y aura une autre vague en janvier. La question est de savoir si elle sera grosse ou catastrophique. Si on est à plus de 2000 cas par jour le 11 janvier, est-ce qu’on va vraiment rouvrir les écoles secondaires dans ce contexte? Ça demeure une vive inquiétude pour nous. Par contre, on sent que le ministre de l’Éducation a à coeur que les élèves soient en classe. L’école, c’est plus que de l’enseignement académique. C’est aussi de la socialisation, c’est tout aussi important », estime la pédiatre.

« On sait déjà qu’il y aura davantage de décrochage de nos ados dans les prochaines années. Or c’est prouvé : chaque jour en classe augmente la motivation des élèves. Collectivement, on doit tout mettre en oeuvre pour que le retour en classe ait lieu le 11 janvier comme prévu. »

La Dre Roy rappelle que les écoles sont responsables d’une petite partie des éclosions en cours au Québec. En Estrie, on rapportait jeudi 19 éclosions dans tous les milieux d’enseignement (du primaire à l’université) sur 80 éclosions actives, soit 25 % de toutes les éclosions.

« On s’attaque aux enfants comme s’ils étaient les seuls porteurs de la COVID-19 dans notre société. Les autres éclosions sont ailleurs, qu’est-ce qu’on en fait? » se demande-t-elle.

« Pendant ce temps, on ne parle pas des graves lacunes qui demeurent dans les CHSLD. Le réel problème du Québec, il est là en ce moment. Il y a encore du personnel qui se déplace d’un CHSLD à un autre, entre autres. Le Québec doit mieux protéger ses aînés », clame-t-elle.