Seul le siège de Georges demeure au balcon.

Granada: les sièges partent, mais Georges reste [VIDÉO]

Au balcon du Théâtre Granada, tous les bancs ont été retirés et descendus près de la scène afin d’être vendus. Tous, sauf un. Le siège de Georges, le fameux fantôme du Granada demeure bien vissé dans le plancher de la salle qui sera centenaire dans 10 ans.

Rappelons que Georges, un amateur d’opéra qui est décédé en plein spectacle, dans son siège, dans les années 1940, hante toujours la bâtisse. En effet, selon la légende, le gentil fantôme rôde encore en ce lieu, ce qui explique pourquoi son banc, le P13, demeurera dans la pièce.

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« Les gens vont maintenant pouvoir le reconnaître plus facilement, car il sera vraiment différent des autres, affirme la directrice du Granada, Suzanne-Marie Landry. On ne voulait pas s’en départir, car c’est sa place. C’est son Théâtre et l’on est chez lui en fait. »

Selon elle, le fantôme est toujours présent. « Il semblerait que Georges soit décédé dans le Théâtre. On ne connaît pas l’histoire exacte, il y a plusieurs spéculations là-dessus. On sait qu’il s’appelle Georges et qu’il se manifeste de différentes manières dans le Théâtre », décrit-elle.

Des histoires

Pour plusieurs citoyens, acheter un siège était une nécessité. Rosalie Nadeau ne pouvait pas passer à côté de cette offre. « C’est une salle assez exceptionnelle. J’ai joué ici étant jeune quand j’étais en théâtre. J’enseigne le théâtre et le français, donc cet endroit est important. De plus, c’est l’endroit du bal de nos finissants. Acheter un banc, c’est de mettre une partie du Granada chez moi et dans ma classe », explique-t-elle.

Guy Nadeau, lui, se remémore de lointains souvenirs, alors qu’il s’était installé au balcon pour écouter un spectacle, il y a plusieurs décennies. « Quand je suis arrivé en Estrie il y a 40 ans, c’est la première salle dans laquelle je suis venu. J’étais venu voir Paul Piché. J’étais au début de la trentaine et j’étais dans les aînés. J’étais gêné, je me sentais trop vieux pour aller voir Paul Piché! Et je suis toujours resté accroché à ce beau souvenir. Les bancs sont pour mettre dans mon garage », avoue-t-il.

Pour Suzanne-Marie Landry, nul doute, il fallait vendre ces bancs aux Sherbrookois. « On a réalisé comment les gens avaient un attachement profond envers le Théâtre Granada. Il y en avait qui avaient des histoires très touchantes. Une femme disait qu’elle avait vu les spectacles de l’orchestre symphonique alors qu’elle avait sept ans. Ça faisait plusieurs années qu’elle venait au Théâtre. C’est touchant de voir comment les gens sont heureux. Ils sont tous excités d’embarquer leurs bancs dans leur voiture. C’est leur salle », assure-t-elle.

Moment opportun 

La Ville a acheté les nouveaux sièges au coût de 15 000 $. Ceux-ci seront plus confortables et l’acoustique sera meilleure grâce au tissu qui les recouvre. « Aujourd’hui, si l’on faisait une commande de ce genre de bancs, ça coûterait certainement 90 000 à 100 000 $. Il y avait beaucoup de plaintes sur le confort. On veut que nos clients soient bien assis. C’était une préoccupation », commente Mme Landry.

« On est heureux, car on a pu acheter les bancs de Saint-Augustin-de-Desmaures, continue-t-elle. Ce sont des bancs très confortables, qui sont en érable et de la couleur du Théâtre. Les gens du balcon seront plus confortables. Évidemment, en 1929, les gens étaient plus petits. Là, ils seront deux pouces et demi plus haut. Au niveau acoustique, comme les bancs sont en bois et tissus, il y aura moins de réverbération. »

Est-ce que ces nouvelles pièces dureront aussi longtemps que leurs prédécesseurs? « Sûrement pas! 90 ans, c’est quand même très long, mais on espère qu’ils seront durables pour plusieurs années. C’est du très bon matériel », affirme-t-elle, le sourire aux lèvres.

Suzanne-Marie Landry