La boutique Glori.us habille une vingtaine de hockeyeurs professionnels. Surtout des joueurs des Penguins, des Blues et du Lightning pour le moment. Mais le nom de Jean-François Bédard circule et bientôt, il pourrait devenir l’habilleur « officiel » de la LNH.

Glori.us, habilleur « officiel » de la LNH?

SHERBROOKE — Qu’ont en commun Kristopher Letang, Sidney Crosby, David Perron, Louis Domingue et Adam Erne? Ce sont tous des joueurs de la Ligue nationale de hockey qui portent fièrement des habits faits sur mesure par la boutique Glori.us.

Jean-François Bédard habille une vingtaine de hockeyeurs professionnels. Surtout des joueurs des Penguins, des Blues et du Lightning pour le moment. Mais son nom circule et, bientôt, il pourrait devenir l’habilleur « officiel » de la LNH.

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Quand Glori.us a ouvert sa boutique de Saint-Lambert en mars 2017, Jean-François développait son offre de vêtements sur mesure depuis deux ans. Des complets accessibles faits de tissus d’entrée de gamme. « Mes forces sont ma connaissance du design et la prise de mesures. J’ai développé une technique de prise de mesure complètement nouvelle. C’est différent dans l’interprétation et l’application de la mesure et l’appréciation de la silhouette du client », explique-t-il, ajoutant que sa technique avantage celui qui pèse 100 livres autant qu’un autre de 350 livres.

« Le sportif de 350 livres n’est pas nécessairement gras. Il ne veut pas avoir un complet dans lequel il flotte. Et les joueurs de hockey ont souvent d’immenses cuisses, d’énormes fesses et mollets, mais des petites tailles. Ils ne peuvent pas mettre du prêt-à-porter et avoir une coupe fit. Les proportions ne fonctionnent pas. Tu dois tricher dans les mesures pour que les proportions fonctionnent », explique celui qui se souvient du moment où il a vu pour la première fois le pantalon confectionné pour Crosby.

« Sur le cintre, c’était n’importe quoi! C’était tellement large au niveau des cuisses. Je me suis dit que je venais de rater ma chance d’habiller un des meilleurs joueurs de l’histoire. Finalement, je suis monté à Ottawa, car il jouait contre les Sénateurs. J’étais vraiment stressé. Il a mis le pantalon et a dit : ‘‘Man, t’es qui toi? C’est vraiment nice. C’est ma faute j’ai pris un peu de cuisses depuis le camp d’entrainement, peux-tu me donner un peu plus de lousse, mais sinon c’est parfait.’’ »

Un premier, puis un deuxième...

Le premier joueur qu’il a habillé était Frédérick Gaudreau, en 2017, alors que le hockeyeur patinait parfois pour les Predators de Nashville, parfois dans la Ligue américaine. « C’est un gars de Bromont. On avait des amis en commun. C’est la première fois que j’ai vu la shape d’un joueur de la Ligue nationale. »

L’été suivant, le joueur du Canadien Charles Hudon demande à Glori.us de lui confectionner un habit pour son mariage. « Le gars joue dans le Canadien et l’habit, c’est pour son mariage. Double pression », se souvient le verbomoteur passionné.

« Même période, un client de Saint-Lambert me dit que je devrais faire des habits pour son chum Kris Letang. Moi je savais que Kris achetait du sur-mesure depuis des années et j’ai dit à mon client que s’il était heureux avec son tailleur, il devait le garder. »


« Kris [Letang] est un gentleman. Il a la réputation de bien s’habiller, d’être élégant. Il a accepté que je prenne et publie une photo sur les réseaux sociaux. Et là, ça a explosé. Une bombe! Dans les heures qui ont suivi, des joueurs de la LNH se sont abonnés à mon compte Instagram. »
Jean-François Bédard

Un vendredi soir, 19 h, le cellulaire de Jean-François sonne. Numéro masqué. C’était Kris Letang qui demande s’il peut passer à la boutique le mardi suivant. La rencontre dure 3 heures. Letang commande trois complets. Il donne carte blanche à Glori.us.

Quatre semaines plus tard, lors de la livraison, le joueur des Penguins est ravi. Il commande deux autres habits. « Kris est un gentleman. Il a la réputation de bien s’habiller, d’être élégant. Il a accepté que je prenne et publie une photo sur les réseaux sociaux. Et là, ça a explosé. Une bombe! Dans les heures qui ont suivi, des joueurs de la LNH se sont abonnés à mon compte Instagram. »

Finalement, les coéquipiers de Letang aiment tellement les vêtements de Glori.us que le défenseur demande à Jean-François de se déplacer à Pittsburgh en septembre 2018. « J’allais là pour faire un pitch de vente. Un peu cowboy. J’avais aucune vente garantie. De toute façon, je ne peux pas vendre aux États-Unis. Pour les ventes, je rencontre les gars quand ils sont sur la route, à Montréal ou Ottawa. »

L’exercice a été concluant. Letang l’a invité à l’aréna. Phil Kessel, Jake Guentzel, Sydney Crosby manifestent leur intérêt. « Ça a cliqué. À cause de mon jeune âge, ma passion. »

« J’étais dans l’avion de retour de Pittsburgh et un joueur de Tampa Bay, Louis Domingue, m’écrit pour me demander si je veux aller rencontrer l’équipe la semaine suivante. » C’est ainsi qu’il habillera Mathieu Joseph, Danick Martel et Adam Erne.

« Une bonne stratégie »

« Finalement, Dave Perron, qui joue à St Louis, vient jouer à Montréal et j’ai des habits pour lui. Il me dit que tous les entraineurs de l’équipe veulent des complets et que Jake Allen et Alex Pietrangelo seraient probablement intéressés. »

« Là, j’ai compris que c’était une bonne stratégie de les rencontrer quand ils jouent contre le Canadien ou les Sénateurs. Ils ont plus de temps quand ils sont sur la route, car ils sont loin de leur famille. »

Même si plusieurs joueurs de hockey se font offrir des vêtements gratuitement, Glori.us n’a jamais donné de complet aux vedettes de la glace. « Mon client qui rentre dans ma boutique, je ne lui donne pas de vêtements. Pourquoi je les donnerais à des joueurs de hockey? Je leur dis que s’ils viennent avec moi, c’est pour mes connaissances et mon service à la clientèle, pas pour la gratuité. Moi, je vends mon temps et de la simplicité », note le commerçant, précisant que les prix des complets vendus aux joueurs de la LNH varient entre 1000 $ et 3000 $.

Es-tu bilingue? « Non, même pas. Mais je dis aux joueurs : vous allez comprendre 70 % de ce que je dis, mais vous économisez 30 % sur mes prix puisqu’ils sont en argent canadien », note en riant celui qui habille aussi des joueurs qui ont quitté la glace. Pendant l’entrevue, Steve Bégin a téléphoné. Vendredi, il livrait un premier habit à Patrick Roy.

« En même temps, les gars sont habitués. Quand un Russe ou un Finlandais débarque dans le vestiaire, ils ne comprennent pas tout ce que le nouveau joueur raconte », ajoute-t-il.

Jean-François Bédard ne joue pas au hockey. « Je sais patiner, mais je ne sais pas freiner. » Mais c’est un fan. Il regarde les matchs, suit les statistiques. Il a maintenant accès aux vestiaires, aux loges, aux coulisses de la LNH.

Mais s’il devait choisir entre habiller les joueurs de hockey ou les clients de ses deux boutiques, il choisirait sans hésiter ceux qui l’ont vu évoluer et qui l’ont encouragé depuis ses débuts en 2007.