La mairesse de Cookshire-Eaton, Sylvie Lapointe, a demandé au maire de Sherbrooke, Steve Lussier, s’il était à la bonne place comme président de Valoris.

Gestion de Valoris : les élus de Cookshire déçus

Les élus de Cookshire-Eaton ne sont pas sortis rassurés de la séance du conseil d’administration de Valoris, jeudi, séance plus courue qu’à l’habitude. La mairesse Sylvie Lapointe, qui avait déjà déploré l’annulation d’une rencontre avec le président Steve Lussier, a demandé au maire de Sherbrooke s’il était à sa place à la tête de l’organisme.

Flanquée des conseillers Mario Gendron et Louise Gosselin, la mairesse de Cookshire-Eaton a déploré manquer d’information alors qu’elle travaille à boucler le budget 2020 de sa municipalité. Le budget de Valoris doit être présenté le 4 octobre.

« Je sais que vous nous avez donné une estimation des hausses de tarifs pour les deux prochaines années, soit environ 2 % par année, mais en 2019, nous avons connu deux hausses successives qui totalisent 78 %. Nous sommes à préparer notre budget 2020, mais nous sommes un peu réticents à utiliser les taux que vous nous avez donnés. Est-ce que ça restera comme ça? » a interrogé la mairesse Lapointe en période de questions.

« Ce sont des prévisions. Le gouvernement est en train de revoir la Politique québécoise de la gestion des matières résiduelles. Nous n’avons aucun contrôle là-dessus. Nous vous avons fait une belle présentation hier (mercredi). Nous sommes en train de monter une belle structure et vous serez satisfaits du travail qui aura été fait », a répondu le vice-président de Valoris, Robert Roy.

Au cours de la réunion, le directeur général Denis Gélinas a mentionné que l’étude budgétaire de Valoris commencerait le 11 septembre et que les résultats seraient présentés en octobre.

Rappelons que la mairesse de Cookshire-Eaton avait demandé une rencontre avec le président de Valoris, le maire de Sherbrooke Steve Lussier, mais qu’elle avait été annulée à la dernière minute. « Nous reverrons nos façons de communiquer incessamment. Pour ce qui est des réponses à vos questions, nous les donnerons aux 14 municipalités membres en même temps pour qu’elles aient la même version », a dit M. Lussier.

« Vous dites qu’il faut travailler pour le présent et l’avenir, mais le passé, c’est 44 M$ de dettes. Monsieur Lussier, êtes-vous à la bonne place comme président du conseil d’administration? » a demandé Sylvie Lapointe.

« Je pense que oui. Le maire de Sherbrooke n’avait jamais été à la table du conseil d’administration de Valoris et il a tout intérêt à être ici. Je suis fier d’être le président et je compte le demeurer. »

Mme Lapointe a aussi craint que la collecte de matières compostables entraîne une baisse du tonnage des matières à enfouir à Bury, ce qui pourrait aussi entraîner une baisse des revenus. Denis Gélinas a affirmé que les coûts d’enfouissement devraient diminuer si la quantité à enfouir diminue et que la chaîne de tri du bac noir pourrait éventuellement être convertie en tri pour les matières recyclables. « Peut-être alors qu’une réflexion devrait être faite pour regrouper les activités de Récup Estrie dans des installations modernes ici. Nous avons de l’espace que l’autre régie n’a pas. Mais nous ne sommes pas rendus là. »

Le conseiller Mario Gendron s’est dit étonné que M. Lussier soit surpris de la sortie publique de la municipalité de Cookshire-Eaton. « Les tarifs ont augmenté de 78 % en 2019 et la vérificatrice générale qualifie la gestion de Valoris de troublante. Ces dépenses ont des répercussions sur notre budget. Nous devons couper ailleurs. Vous en êtes où dans votre plan de redressement? »

Steve Lussier a indiqué que plusieurs recommandations de la vérificatrice générale avaient été mises en place et que le plan de redressement était en cours d’application. Il n’a toutefois pas donné davantage d’information sur le sujet.

La conseillère Louise Gosselin n’était pas plus impressionnée des réponses obtenues. « Je pensais sortir d’ici rassurée mais je ne le suis pas. Nous avons été très déçus de ne pas pouvoir vous rencontrer. C’était un manque de respect envers nous et nos citoyens. Je suis aussi surprise de voir l’ampleur des dépenses d’administration alors que les lignes de tri ne fonctionnent pas. J’aurais préféré poser mes questions à notre rencontre, mais je n’ai pas le choix de le faire publiquement. Je suis très inquiète que les revenus ne suivent pas l’étalement de la dette à long terme. »

Steve Lussier a cherché à la rassurer. « Je peux dire que nous travaillons. »

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Évelyne Beaudin

Beaudin rabroue Lussier à son tour

 Évelyne Beaudin a tenu parole et s’est adressée aux membres du conseil d’administration de Valoris, jeudi, pour demander d’obtenir en temps réel les documents qui permettent au C.A. de prendre des décisions. Mme Beaudin, à l’instar de ses acolytes de Cookshire-Eaton, est ressortie sans réponses satisfaisantes. 

« Je suis venue pour faire un suivi de ma demande au conseil municipal du 2 juillet de partager les documents avec les élus des villes concernées que vous recevez. Nous ne voulons pas prendre votre place, mais participer à la réflexion » a résumé l’élue sherbrookoise.

Le président de Valoris et maire de Sherbrooke, Steve Lussier, a indiqué que le sujet n’avait pas encore été abordé en atelier de travail et qu’il serait ramené au prochain conseil d’administration. Il plaide une question de temps et de priorités. 

Mme Beaudin a aussi rabroué le maire de Sherbrooke, qui rapportait faire un compte rendu régulier de la situation de Valoris à ses collègues sherbrookois. « Peu importe ce que vous dites, nous n’avons pas de comptes rendus mensuels. Les documents que j’ai demandés lundi avaient pourtant été partagés avec les élus de la MRC du Haut-Saint-François. Je suis un peu jalouse de ces élus qui semblent avoir plus d’information que nous. »

Le directeur général de Valoris, Denis Gélinas, a mentionné que plusieurs informations réclamées étaient diffusées publiquement sur le site du centre de valorisation des matières résiduelles.

« M. [Robert] Roy fait une rencontre une fois par mois avec les 14 maires de la MRC. C’est sécurisant. À Sherbrooke, nous sommes maintenus dans l’obscurité » plaide à nouveau Mme Beaudin.

« Je suis toujours disposé à répondre à toutes les questions des membres du conseil. M. Rémi Demers a d’ailleurs affirmé qu’il n’avait jamais eu autant d’information concernant Valoris », a rétorqué Steve Lussier.

« Je ne pense pas que nous devions nous péter les bretelles parce que nous faisons mieux qu’avant, alors que nous étions des cancres de l’opacité »,  a répondu Évelyne Beaudin.

Steve Lussier a indiqué qu’il parlerait désormais de Valoris dans son mot du maire à toutes les séances du conseil municipal. « Je prends les commentaires positivement. Je vais regarder avec M. Roy sa façon de fonctionner pour voir commenter on pourrait s’améliorer à Sherbrooke. »

Évelyne Beaudin a aussi déploré qu’aucune information ne filtre sur le plan de redressement des activités de Valoris. « C’est parce qu’il n’est pas complet, mais beaucoup des actions recommandées par la vérificatrice générale sont en application. C’est tout de même plus complexe que ça. »

Enfin, elle a tenté de comprendre pourquoi Valoris ne se qualifiait pas pour les redevances de Recyc Québec qui sont pourtant versées à Récup Estrie. « Les compensations sont liées à la collecte des matières qui sont acheminées au centre de tri. Il faut que ce soient des matières déposées dans le bac de recyclage alors que nous traitons le bac noir. »

Une révision de l’organigramme fonctionnel de Valoris devrait par ailleurs être réalisée d’ici octobre.