François Bonnardel, ministre responsable de l’Estrie à Québec

GCM: «Impensable» que ces journaux disparaissent, estime Bonnardel

Le gouvernement du Québec entend tout faire pour faciliter la pérennisation des journaux du Groupe Capitales Médias au-delà du 31 décembre. En entrevue avec La Tribune, le ministre responsable de l’Estrie et député de Granby, François Bonnardel, martèle qu’il est « impensable » que ces six journaux disparaissent et tend la main à d’éventuels investisseurs.

« Là je parle de ma région avec La Tribune et La Voix de l’Est [de Granby], mais c’est vrai pour tous les quotidiens de nos différentes capitales du Québec. Un journal, c’est plus qu’un pôle d’information. La Tribune, c’est un journal immensément important pour Sherbrooke. Perdre son quotidien, c’est perdre un peu l’âme d’une région alors on va tout faire pour soutenir La Tribune, trouver des investisseurs et trouver la façon dont on va pérenniser nos journaux et pas juste pour un an, mais à long terme. »

Quarante-huit heures après que le Groupe Capitales Médias ait demandé la protection des tribunaux contre ses créanciers et que le gouvernement provincial ait annoncé une aide d’urgence de 5 M$ pour le groupe de presse, le conseil de ministres se réunira mercredi et M. Bonnardel entend se montrer proactif.

« Ce sera le premier conseil des ministres depuis l’annonce d’hier [lundi] et je vais nécessairement parler à mon collègue [Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie] pour voir de quelle façon on pourra intervenir, quels seront les canaux idéals pour mettre en contact les différents intervenants et voir quelle forme cela prendra. Il y a de multiples possibilités qu’on pourra évaluer. »

François Bonnardel reste persuadé que des gens vont s’avancer pour ces journaux « qui sont dans l’existence de nos régions depuis tant d’années » et assure que son gouvernement « sera présent ».

Pierre-Luc Dusseault

Le fédéral et le citoyen

De son côté, le député fédéral de Sherbrooke Pierre-Luc Dusseault a voulu manifester publiquement son appui à La Tribune, « qui est une source d’informations régionales sans pareille mesure en Estrie », dit-il.

Dans une lettre ouverte publiée en page 14 de cette édition, le député néodémocrate écrit : « J’ai beaucoup de difficulté à imaginer notre quotidien local disparaître après plus de 100 ans d’existence. Un média qui a forgé l’identité sherbrookoise et qui a contribué à promouvoir les richesses de la reine des Cantons-de-l’Est ».

En entrevue avec La Tribune, il jette une partie du blâme sur le gouvernement de Justin Trudeau « qui a laissé les choses aller, notamment sur la question des géants du web ».

« Malheureusement, aujourd’hui, notre gouvernement continue à laisser aller une injustice fiscale qui favorise les plus grands de ce monde tels que Google et Facebook. Clairement le gouvernement voit bien la situation, la dénonce et se prononce pour les médias locaux, mais quand vient le temps d’agir, il est toujours absent des vraies actions qu’on doit prendre pour aider nos médias », dénonce le député néodémocrate.

Compétition inégale

« Ça fait des années qu’on aurait dû agir pour rectifier le tir et donner les outils aux médias traditionnels pour s’en sortir et trouver de nouvelles sources de revenus », continue M. Dusseault, en parlant d’une compétition inégale pour les médias traditionnels. « En sachant que les médias ne sont pas des entreprises privées comme les autres, puisqu’elles ont le mandat d’informer la population et de la tenir au courant de ce qui se passe dans sa communauté, niveler leur terrain de jeu serait la moindre des choses. »

Pierre-Luc Dusseault interpelle également le simple citoyen dans cette crise des médias.

« Il faut continuer à acheter le journal, c’est la première chose qu’un citoyen qui se sent concerné par l’enjeu doit faire. Et acheter de la publicité, aussi, pour ceux qui sont dans ce contexte. Il faut que chacun prenne sa part de responsabilité dans tout ça, ce n’est pas toujours juste au gouvernement d’intervenir. Et je suis content de voir qu’il y a une certaine mobilisation des citoyens, même à Sherbrooke, pour tenter de faire quelque chose. La situation précaire ne va pas s’effacer demain avec les 5 M$ allongés par Québec, c’est une solution à long terme qu’il faut trouver et si tout le monde peut contribuer à sa façon, c’est comme ça qu’on va en sortir gagnant. Ultimement, plus la communauté est impliquée et soutient son média local, plus grandes seront les chances de pérennité à long terme. »

Marie-Claude Bibeau

Bibeau ébranlée

De son côté, la députée de Compton-Stanstead et ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada, Marie-Claude Bibeau, avoue avoir été ébranlée en apprenant que le Groupe Capitales Médias se plaçait sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers.

« C’est difficile d’entendre une nouvelle comme ça. On est conscient que l’environnement n’est pas simple pour les médias en ce qui concerne les revenus de publicité, qui ont beaucoup changé. On salue donc le geste du gouvernement du Québec pour aider financièrement le Groupe Capitales Médias de façon urgente », souligne la ministre Bibeau.

Dans la foulée, celle-ci assure que le gouvernement auquel elle appartient croit en l’importance des journalistes en démocratie. Elle rappelle d’ailleurs que le gouvernement fédéral a mis deux fonds d’aide en place pour supporter les médias traditionnels.

« On a aussi un comité de travail avec plusieurs intervenants qui essaie de trouver la meilleure approche pour ce qui est du partage des revenus des géants du numérique. Quand on parle de grandes entreprises internationales, on ne peut pas improviser un plan d’action et on veut bien faire les choses. Cette question nous préoccupe clairement. Les députés ont porté le message à ce sujet », affirme Marie-Claude Bibeau.

Par ailleurs, Mme Bibeau confie investir « très peu en visibilité dans les médias sociaux. J’ai plutôt mis 32 000 $ dans les médias très locaux avec journalistes. Le journal local est important dans nos petites communautés, je le sais. Les gens le lisent d’un couvert à l’autre et c’est pour ça que je les appuie à la hauteur de mes moyens de députée. » Avec Jean-François Gagnon